ÉTRANGE « UNION SACRÉE
Ainsi M. Mathiez a vu « les organes du centre allemand » élever le reproche de tiédeur ; il a vu d'autre part les mêmes termes chez M. Collin, qui reprenait à ce sujet la plus vieille, la plus incontestable tradition française, celle qu'on peut aussi bien saisir dans Athalie. Cette rencontre, aussi innocente et fortuite que possible, suffit à M. Mathiez : le langage de ce protestataire alsacien est lié par les soins de M. Mathiez à celui du Centre allemand!
Mais ce n'est pas tout. M. Mathiez continue :
Répétés, avec une opportunité douteuse, par un ecclésiastique messin, qui vient chez nous faire la leçon aux Français, ils revêtent (ces reproches) un caractère étranger.
Cela est proprement odieux. C'est l'odieux même. Ainsi un ecclésiastique messin, qui « vient chez nous », n'y serait plus, chez lui? Faisant « la leçon aux Français », il ne serait donc plus un Français lui-môme? Et le plus arbitraire rapprochement avec les discours du « fameux Erzberger » dont personne ne se souciait en France avant la guerre suffirait à donner un « caractère étranger » aux effusions cordiales et patriotiques de cet enfant de notre Lorraine ?
J'ai fait des reproches terribles à M. Clemenceau : je ne l'ai pas traité d'Allemand. Il m'est arrivé d'accuser les chefs socialistes d'une invraisemblable et folle confiance dans la Germanie. Je ne les ai jamais dépossédés de leur qualité de Français. D'un bond, M. Albert Mathiez aura fait disparaître toutes les distinctions, toutes les différences, tous les ménage- Maurhas. — IV 20
ments dus entre citoyens. Et il nous reproche de manquer à l'union sacrée î
J'avoue que j'hésite à caractériser de semblables paroles. Non, cela est un peu trop dur. On ne ratifie pas les traités de Francfort par passion anticléricale. M. INIat liiez, que je plains de tout mon cœur, se figure de bonne foi que les doléances historiques de l'abbé Collin et de Dimiersur d'anciennes fausses manœuvres de politique intérieure représentent des accrocs aux sentiments intimes qui nous sont commandés devant l'ennemi : comment ne voit-il pas quelle méconnaissance, je ne dirai plus de l'union, mais de l'unité française représentent ses propres paroles? Il ne sait plus que Metz fait partie de la France ! Et sa haine des catholiques et des royalistes rend presque saisissable sa triste nostalgie des divisions de 4 795 et 1794 en pleine guerre étrangère : comme si ce luxe permis à la florissante patrie de Danton et de Mirabeau pouvait l'être à la France ratatinée par cent vingt ans de démocratie!
Je n'ajouterai qu'une chose, qu'il faudra redire probablement : M. Albert Mathiez est digne de grande pitié.