L'ENQUÊTE DU « MATIN
Le Malin a ouvert, ces jours-ci, une enquête sur le rôle du Parlement pendant la guerre. La réponse du jeune députe d'Orthez, M. Léon Bérard, ancien soussecrétaire d'État aux Beaux-Arts, portait les lignes suivantes sur la nature toute négative, toute critique des objections faites au régime parlementaire :
Je voudrais bien savoir, au surplus, écrit M. Bérard, ce que les détracteurs de l'institution parlementaire nous recommandent de positif et de concret touchant à la direction politique dans le temps de guerre, et s'il en est parmi eux — à l'exception du seul M. Maurras — qui proposent quelque changement nouveau et profond à un peuple qui a fait depuis cent vingt ans toutes les expériences politiques imaginables? Cet antiparlementarisme négatif est une des particularités les plus curieuses de ce temps.
Il n'est pas très gênant d'être seul avec tous les royalistes de France. Ils sont de plus en plus nombreux et, pour la qualité, la compagnie pourrait être plus mauvaise.
M. Léon Bérard a bien raison sur un premier point. Si les royalistes ne sont pas les seuls à être antiparlementaires, ils sont les seuls à posséder un programme antiparlementaire qui tienne, qui ne soit pas un simple « à bas! » et propose un changement « positif », « concret », « nouveau », « profond », CCS quatre épilhètes du choix le plus juste
et le plus heureux. Où nous croyons que M. Léon Bérard commet une méprise, c'est sur le genre des expériences qu'a tentées la France. Elle a certainement fait le tour de tout ce qu'on peut s'imaginer dans l'ordre (ou plutôt le désordre), de ce que RaJaelais appellerait l'Antiphysie, Timaginalion des systèmes contraires à la nature. Soumettre l'action guerrière à ce régime de palabrage incessant est une de ces insanités souveraines faites pour couronner dignement l'édifice des idées de 1789 et de 1848. Du zénith de l'absurdité et du contresens, il reste donc à faire retour à la nature. Et c'est ça qui sera nouveau. Nouveau et beau. Cela vieiidra. On peut compter que cela vient. L'antiparlementarisme négatif, stérile par lui-même, a la force féconde d'orienter vers autre chose que lui.