‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 78 sur 221 · EN ATTENDANT · texte numérisé non relu

EN ATTENDANT

Ouand on a compris, je veux dire quand on a vu cela, on se rend compte qu'il n'y a pas de plus pressantes nécessités générales pour l'État français que mettre enfin un terme à celte course au pouvoir souverain, déchaînée du moindre village, aboutissant aux Assemblées, aux Ministères et à l'Elysée; que rien, dis-je, n'est plus pressant, selon la très sage vue de Renan, que de « séquestrer » ce pouvoir supérieur, de le soustraire à l'élection, de le rendre

à Ihérédité naturelle, à l'histoire, et de détruire ainsi un régime que M. Marcel Sembat a parfaitement défini par l'habileté à la lutte intérieure et rincapacité aux luttes extérieures.

En guerre, certes, on fait ce qu'on peut. On s'accommode de ce que Ton a. Il n'y a pas à reviser la Constitution sous le feu ennemi, et le plus simple comme le plus sage est de s'arranger du gouvernement empirique de ceux qui sont là. Mais quand les esprits réfléchis, comme M. Léon Bérard, font apparaître qu'on a le choix entre le mécanisme condamné du présent et des revisions profondes atteignant à leur source les fausses conceptions de l'autorité démocratique, il n'y a qu'à les approuver.

Je ne vois d'ailleurs pas que ces réserves hautes et sages de l'esprit critique, les doive arrêter d'agir. Les royalistes ne s'en sont pas privés depuis dixhuit mois. Ils ont rendu au salut public et par conséquent à l'autorité établie des services quotidiens, estimés scandaleux par les deux anarchies de la droite et de la gauche, et cela ne les a pas empêchés de faire pour plus tard toutes leurs réserves ni de répandre en vue de cet avenir de restauration bienfaisante un enseignement qui n'a pas cessé un seul jour. Rien n'est plus naturel que d'admettre l'une ou l'autre branche, républicaine ou royaliste, du dilemme de M. Léon Bérard sans tomber dans aucun quiétisme politique ni finir en simple Girondin, guillotiné sans phrases par le Robespierrot Accambray, comme l'en menace Capus.

Page 1