L'AUTORITÉ MILITAIRE
Mais nous pensions aussi à l'autorité militaire elle-même. Elle a besoin d'être pour vaincre et, pour èlre, d'être respectée. Intérim du Correspondant ne peut pas ignorer de quelles obscures et sourdes embûches les Allemands de l'ratérieur l'environnent de toutes parts.
Cette autorité victorieuse, elle est née, nous l'avons connue. La Marne, l'Aisne, l'Yser, le Grand-Couronné l'avaient constituée fortement. Le régime des compétitions politiques, toujours effaré et tremblant à l'idée des grandes autorités militaires ou même de la confiance naturelle de la nation dans son armée a tout fait, depuis quinze mois environ, pour miner et saper cette puissance. Le grand crime de Millerand est d'avoir fait beaucoup de sacrifices pour la maintenir et n'avoirpas souffert qu'on la mît en cause. L'histoire lui en fera honneur un jour'. Son successeur, peut-être moins au fait des perfidies du gouvernement d'opinion, est occupé à d'autres travaux de refonte et de réorganisation administratives.
1. Depuis, en novembre 1917, Gustave Hervé a anticipé sur l'histoire.
Cet aspect du côté moral de la guerre lui apparaîtra tôt ou tard, mais en ce moment on peut dire que la semence de destruction et de discrédit a libre cours. On n'en voit pas encore l'efïet. Mais les causes sont au travail : causes puissantes dans l'État, causes officielles, causes liées à l'être des institutions et qui, on sapant la haute armée, rendent service au régime en tentant de faire oublier son imprévoyance et ses négligences d'autrefois. Rappelez-vous ce document du rapport Ilumbert (191/i) où l'on voit face à face ce que demandaient les Services de la guerre, ce que supprimaient les Minisires, ce que le Parlement rayait encore de ces projets déjcà réduits. Nous pourrions rappeler de même les campagnes populaires du parti socialiste contre les armements ou la métallurgie militaire et navale. Les divers responsables de tant de folies et d'erreurs se jugent couverts et sauvés par tout ce qui peut être écrit, dit ou murmuré contre-de commandement.
Justement parce que nos chefs militaires sont obligés à la plus inégale des luttes et doivent lutter avec une préparation de dix-huit mois, doublée d'une improvisation de dix-huit autres mois, contre l'effort continu et méthodique, cohérent et unifié d'une pré paralion de près de 50 ans faite par les deux plus' puissantes monarchies de l'Europe, nos parlementaires d'avant-garde sont trop heureux de pouvoir diminuer le mérite de cet effort et de pouvoir tourner contre lui les murmures irréfléchis. Il y a donc de ce côté et en bonne logique parlementaire, démocratique et républicaine, il doit y avoir une érosion continuelle de l'autorité. Sans la réunion du Parle-
nienl, cela serait à peine sensible, il suffirait de tenir la presse, ce qui a été facile en septembre, octobre, novembre et décembre 1914. Avec le Parlement, c'est très difficile, et le sera de plus en plus.
Dire, dès lors, comme le fait le Correspondant, que l'autorilé sera au victorieux, c'est ne rien dire, quand il s'agit surtout de prévenir le mal que fait le Parlement aune autorité qui est nécessaire à la victoire.