VERDUN
sant confiance, en lui accordant trêve de contrôle et suppression provisoire d'examen et de critique, le Parlement fait confiance... mais à nul autre qu'à lui-même; môme en vacances, le Parlement ne cesserait pas d'être, par double et triple délégation, le Gouvernement.
On comprendrait à la rigueur la permanence de tous les autres parlements européens qui représentent les électeurs auprès de souverains constitutionnels qui ne sont pas élus. Le souverain-né d'Italie, de Belgique, de Paissie, de Prusse, d'Autriche, symbolise le passé et l'avenir de chacun de ces pays : leurs nationaux vivants peuvent exiger d'être représentés auprès de lui pendant la guerre pour en vérifier les contre-coups. Mais en France, ni les Français morts, ni les Français à naître ne sont symbolisés au sommet de l'État ; ni l'avenir ni la tradition, n'ont chez nous d'organe spécial. Le pouvoir exécutif est, comme la Chambre et les Ministères, l'elTct de l'élection légale, il est comme les autres pouvoirs, le fruit de la volonté du présent. C'est bien le moins qu'on laisse à cette volonté, déjà suffisamment variable et mobile, le degré d'unité et de durée qu'elle comporte selon l'esprit des institutions qui la règlent.
Un vote, deux votes, dix votes ont fait confiance au gouvernement. Que ce soit acquis, entendu, convenu une bonne fois ! Qu'on s'en aille sans recommencer indéfiniment à se ballotter au scrutin! Sans doute, en bonne logique il n'y aurait pas raison suffisante de s'arrêter dans cet admirable jeu renouvelé des Grecs, qui l'ont bien payé. Mais en pratique la
raison existe, claire et qui se suffit bien : l'ennemi.
PARLEMENTAIRES ET ÉLE'CTEURS
Dira-t-on que le Président a été élu par une vieille Chambre? Mais, outre que les ministres ont été désignés par la Chambre actuelle, voilà un argument singulièrement dangereux contre cette Chambre. A-t-elle été élue pour la guerre? Son mandat n'élailil pas teinté d'un pacifisme déprimant? N'a-t-ellc pas dû réagir contre la volonté de ses électeurs? Sans doute, elle a fort bien fait Mais de quel droit?
On pourrait certes la justifier du point de vue des textes constitutionnels de 1875 forgés, comme on sait, par des c orléanistes » qui n'admettaient pas le mandat impératif. Mais, en droit démocratique tout pur, une Chambre pacifiste qui fait la guerre est dans son tort. Sa loi la condamne. Elle se justifie par la nécessité, le patriotisme, la France? Eh! bien, la France, le patriotisme, la nécessité qui nous interdit de voler aux urnes pour discuter, contrôler, réélire ou ne pas réélire nos députés, les mêmes raisons et les mêmes causes qui défendent ce député contre l'électeur doivent défendre le ministre contre le parlementaire et interdire aux députés l'exercice de leur mandat aux dépens du gouvernement. Tout ce qui est dit contre l'appel au corps électoral vaut contre l'appel au Parlement. Tout ce qu'on dit pour le Parlement vaudrait pour les élections. Faire des élections en un tel moment paraît une entreprise peu recommandable. Tenir séance de la Chambre, traduire les ministres devant les commissions tombe sous les mêmes reproches.