LES ORDRES MONASTIQUES
ont pétri de leurs mains savantes et douces la jeunesse de la nation.
Ils donnent le signal du mouvement de construction qui couvre le royaume de somptueuses églises et de riches monastères et on retrouve dans leurs premiers monuments quelque chose de Tampleur magnifique de leurs desseins qui, quelque abominables qu'ils nous paraissent, ne sortaient pas d'une conception vulgaire et exigeaient des âmes vigoureuses. Le style jésuite, avec ses pompes frelatées et ses grâces pataudes, ses vierges parées et ses anges mondains, son mauvais goût théâtral, son absence de sincérité et sa recherche du trompe-l'œil, est d'une date postérieure, quand l'heure des combats héroïques est passée et que les maîtres commencent à subir l'influence des détestables méthodes qu'ils représentent. Au début, les édifices qu'ils élèvent, comme l'église de Kommotau, d'une sévérité un peu froide, saisissante en somme dans l'ensemble par sa tenue et son unité, rendent bien l'énergie d'une volonté qui marche à son but, dédaigneuse des ménagements et des obstacles. Une impression analogue se dégage de Saint- Nicolas, de Prague, l'œuvre de ce Christophe Dientzenhofer, qui a laissé en Autriche des marques si profondes de son génie; aucun souvenir ici de l'art inquiet et mystique, qui traduisait les élans de l'âme tourmentée par les angoisses de l'au-delà; solidement assise sur le sol, elle symbolise à la fois la tranquillité d'une croyance qui ne cherche plus et d'un Ordre qui a vaincu toutes les rivalités.
Ce qui manque à cet art, c'est justement la poursuite d'un idéal nouveau et aussi l'accent individuel ; ce sont des imitations savantes et graves d'un style étranger. De là, la décadence très rapide, la convention qui succède à l'énergie, la recherche d'ornements frivoles destinés à dissimuler l'absence de pensée créatrice, le mauvais goût de la richesse qui s'étale. Les vertus des premiers jours sont désormais inutiles et dégénèrent : les martyrs font place à des directeurs retors, peu à peu avilis par la morale plate et vulgaire qu'ils enseignent; l'épique fureur des conquis-