I. Gindely, Gegenreform., p
LES FAUX-MONNAYEURS 5 y
analogues. C'est comme un assourdissant tapage de déménagements, au milieu duquel se perdent la malédiction et les sanglots des veuves et des orphelins que l'on jette à la mendicité et à l'exil, des vieillards que l'on envoie mourir sur les routes, loin de la tombe des ancêtres. Pour faciliter leurs opérations, Liechtenstein et Michna constituent avec un juif, Bassevi, et un marchand étranger, de Wite, un syndicat de faux-monnayeurs et ils obtiennent de Ferdinand, pour quelques millions, le privilège de racheter les anciennes monnaies et de les refondre : au lieu de 32 florins, on frappera 79 florins au marc d'argent. Quelques personnes s'effraient de la perte énorme que subira le fisc, de la ruine complète des condamnés à qui on paiera en monnaie dépréciée les sommes qui leur reviennent, de la perturbation universelle. On éclaire leur conscience en les intéressant au syndicat, et pour maintenir ses bénéfices, celui-ci vole l'Empereur, dépasse les clauses du traité qu'il a sollicité, abaisse encore la valeur réelle des monnaies qu'il met en circulation. Personne n'en veut plus, l'argent se cache, les transactions s'arrêtent, les paysans refusent de vendre leurs produits ; quand, au mois de mai 1623, le syndicat liquide ses opérations, on dirait qu'un cyclone s'est abattu sur le pa3's : le mal est si profond que les voisins en souffrent et que les princes allemands se plaignent auprès de Ferdinand. Le souverain, pour réparer le désastre, ne trouve rien de mieux qu'une banqueroute, dont les suites sont d'autant plus fâcheuses qu'on essaie de la dissimuler et qu'on la traîne en longueur. Personne ne sait plus ce qu'il possède : procès des créanciers contre leurs débiteurs, procès des anciens propriétaires contre les nouveaux acquéreurs, procès du fisc contre tout le monde : quelques-uns durent encore à la fin du siècle. Le trésor réclame aux héritiers de Liechtenstein dix millions de florins, à ceux de Michna près de quatre millions, et sans doute ces comptes de restitu ■ tion ne sont guère moins fantaisistes que ceux du consortium lui-même; du moins, ils donnent une idée du désordre qui règne alors dans les finances et il faut bien que toutes ces
réclamations ne soient pas fausses puisque le fils de Liechtenstein restitue plus d'un million '.
A la fin de 1623, plus de 600 confiscations avaient été prononcées : la commission n'avait épargné que ceux qui étaient notoirement catholiques, fort peu nombreux, et ceux qui ne possédaient rien. De cet immense butin, le trésor ne recueille que quelques miettes. Les domaines sont vendus à vil prix entre quelques associés, donnés, sans que les administrations financières soient seulement averties. LaChambreaulique de Vienne s'étonne de ne recevoiraucun compte, la Chambre de Prague n'est pas mieux renseignée; telle est la confusion qu'on ne parvient même pas à dresser un tableau général des confiscations prononcées. Quant aux anciens propriétaires, même ceux qui ne sont condamnés qu'à la perte d'un quart de leur bien, ils essaient en vain de ramasser quelques pauvres débris de leur ancienne richesse. D'abord, le prix auquel on évalue leurs domaines est beaucoup trop bas ', puis on les cède à une somme souvent bien inférieure au prix fixé; on soustrait ensuite de la somme qui reste due au condamné des taxes plus ou moins fortes, et c'est alors seulement que, dans le cas le plus favorable, on le paie avec une monnaie dépréciée; à la place d'une fortune, il reçoit un morceau de pain. Encore ce ne sont laque de très rares privilégiés, la plupart n'obtiennent que des délégations sur le trésor, sont ajournés d'années en années, obligés de consentir à des réductions; des procès se greffent sur des procès. Quelques-unes de ces misérables familles poursuivent encore au milieu du xvm* siècle le règlement de leurs créances; les autres n'existent plus.
Les seigneurs ne sont pas les seuls atteints. La bourgeoisie, au milieu de sa décadence politique et économique, conservait cependant quelques traces de son ancienne prospérité, les villes gardaient une certaine autonomie, et leurs habitants, dont beaucoup étaient instruits et fiers de leur