‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 26 sur 325 · Bilek, cxiv · texte numérisé non relu

Bilek, cxiv

LES CONFISCATIONS Sg

origine, ne montraient aucune tendance a se convertir. Pour briser leur résistance, on confisqua les biens des communes : d'après les calculs de Bilek, ils représenteraient ajourd'hui une valeur d'environ 5o millions de francs ; naturellement, elles conservèrent leurs dettes. Elles eurent en même temps à faire face aux dépenses énormes de la guerre, à payer les contributions que leur imposaient tous les régiments de passage, il leur fut impossible de tenir leurs engagements ; les anciens habitants, réduits aux abois, disparurent. La destruction de la bourgeoisie bohème fut le corollaire et le complément de celle de l'aristocratie.

D'après les calculs très précis de Bilek, les biens réellement confisqués furent estimés par la commission à 3o millions de florins, mais leur valeur exacte était certainement au moins de loo millions de florins. Suivant la proportion admise généralement, cela donnerait aujourd'hui plus d'un milliard de francs. Sur 926 domaines seigneuriaux, près de 5oo furent confisqués, parmi les autres 25o n'ont qu'une faible étendue, si bien qu'un tiers à peine des terres demeura entre les mains des anciens maîtres ' ; Gindely remarque qu'il faudrait remonter jusqu'aux invasions pour trouver un exemple d'un bouleversement aussi radical. En Moravie, la commission, présidée par le cardinal Dietrichstein, mit d'abord la main sur les biens de ceux des rebelles qu'elle avait condamnés ou qui avaient pris la fuite, puis elle appliqua aussi le système du pardon général : 3oo personnes furent frappées, i38 domaines saisis ; on en calcule le prix à cent millions de francs au moins de notre monnaie. La Silésie fut protégée momentanément par la capitulation que lui avait accordée l'Electeur de Saxe, mais ce ne fut guère qu'un répit et les catholiques prirent leur revanche un peu plus tard.

I. Bilek, p. cxLviii. Quelques critiques catholiques ont contesté ces chiffres, mais sans apporter défait précis. Il n'est naturellement pas impossible que dans une œuvre aussi vaste que celle de Bilek, il se soit glissé quelque double emploi. Ces erreurs ne sauraient être que très rares et ne modifieraient en rien le résultat général.

6o LES CONFISCATIONS

Les pillards ne s'étaient pas contentés des terres, ils avaient saisi les créances, les mobiliers, les bijoux. Au XVI® siècle, beaucoup de nobles, fort riches et très épris d'art, avaient réuni de magnifiques collections : elles furent saccagées, l'argenterie fondue, les meubles et les tableaux dispersés au loin. Les guerres hussites avaient déjà mutilé bien des édifices et anéanti quelques-uns des legs les plus intéressants des âges précédents, mais c'est au milieu des déprédations qui accompagnèrent la Restauration catholique que sombrèrent presque toutes les oeuvres qui rappelaient l'éclat de la civilisation tchèque au moyen âge et celles dont la Renaissance avait paré le pays ; les oeuvres d'art les plus précieuses furent détruites ou livrées aux étrangers; on eût dit que les vainqueurs avaient la volonté d'effacer jusqu'à la mémoire d'un passé qui ne réveillait en eux que des sentiments de colère et d'indignation. Aujourd'hui dans les demeures des grands seigneurs tchèques, les meubles, les bijoux sont modernes, et bien rares ou bien misérables sont les épaves de l'époque où leurs prédécesseurs tenaient en échec le pouvoir souverain '.

Comment cette horde d'aventuriers faméliques aurait-elle pris quelque intérêt aux traditions nationales? Ils arrivent d'un peu partout, belges, italiens, espagnols, allemands; un coup de main heureux, un mariage lucratif, la faveur de quelque confident de l'Empereur suffisent à transformer un batteur d'estrade en grand seigneur. De ce moment date la fortune des Buquoy, des Clary de Riva, des Aldringen, des Trauttmansdorf, des Metternich, des Marradas, des Verdugo et de vingt autres dont le nom seul crie l'origine. Ces gens-là ne pouvaient avoir d'amour pour le peuple qu'ils ne connaissaient pas et qui détestait en eux les favoris d'un souverain plus imbécile encore que cruel ; ils amenaient avec eux une tourbe de serviteurs faméliques, qui pillaient à leur exemple et dont l'autorité s'appesantissait impitoyable sur les paysans dont ils ne comprenaient

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