‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 306 sur 325 · LE RÉVEIL NATIONAL · texte numérisé non relu

LE RÉVEIL NATIONAL

cher de nos cœurs... C'est vous que j'accuse, gentilshommes et seigneurs dégénérés : l'amour de la patrie devrait enflammer vos âmes, il s'est éteint en vous; vous aviez le devoir d'être le guide de vos concitoyens et le soutien de la gloire de votre pays, vous l'avez livré et trahi ; ...vous n'avez de pensée que pour vos caprices et vos plaisirs; l'insolence, l'orgueil, l'injustice et l'avarice ont envahi et perdu vos âmes... Vos descendants rougiront de votre souvenir : périssent à jamais vos noms qui ne laisseront que honte et tristesse ! »

Kinsky, Hanke et Tham sont à cette époque les plus connus des apologistes de la langue bohème, non les seuls, et autour d'eux des groupes actifs d'écrivains patriotes, de fonctionnaires libéraux, de prêtres éclairés, s'efforcent d'attirer l'attention du souverain sur ses véritables intérêts, qui lui ordonnent de ménager les sympathies slaves. Ils ont déjà des partisans assez nombreux parmi le peuple et même dans la petite bourgeoisie : les tracasseries du gouvernement, le poids des impôts, les envahissements d'une bureaucratie hautaine réveillent le souvenir des siècles où la Bohême formait un état indépendant, et le culte de la langue nationale se rattache à ces vagues regrets. Les fêtes magnifiques qui accompagnèrent le retour à Prague de la couronne de Saint-Venceslas, prirent ainsi un caractère nettement tchèque. Quand les commissaires qui l'escortent arrivent àTchaslav, ils sont reçus en grande pompe aux portes de la ville par le clergé, le conseil municipal, l'élite de la bourgeoisie, les enfants des écoles, une bande de musiciens magnifiquement vêtus, qu'a envoyés le prince Auersperg; ils entrent dans la ville au son des cloches et au bruit des canons, acclamés par deux mille habitants, harangués en tchèque par le bourgmestre. Le peuple, dès qu'il n'est plus uniquement absorbé par sa détresse matérielle, sent l'humiliation de la condition subordonnée où on veut le réduire. Les premières brises du vent qui souffle de l'Occident, commencent à ranimer dans son âme le goût de la vie et le besoin de la liberté, qui ne peut être

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