‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 49 sur 325 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

gS LES DERNIERES RESISTANCES

retrouvèrent jamais leur patrie, mais leurs souffrances éveillèrent l'horreur de tous ceux qui étaient capables de réflexion et de pitié et furent plus funestes au catholicisme que ne l'eussent été leurs victoires ; de leur martyre est sortie la condamnation de l'intolérance. — « Les Protestants sont hérétiques, dites-vous, écrivait au xviii'' siècle un des défenseurs de la liberté de conscience en Bohême, et nous ne le sommes pas. C'est-à-dire que tu crois qu'ils se trompent, mais eux aussi croient que tu te trompes et les imbéciles parmi eux te traitent à leur tour d'hérétique. Cessez de vous injurier mutuellement, et qu'entre nous tous règne la paix du Christ. Si tu crois que tu as la véritable foi, remercie le Seigneur et joins à cette foi l'amour du prochain. Car pour moi, je ne puis croire que tu aies la véritable foi, situ n'en montres pas les fruits :or, la charité est le premier et le meilleur de tous ces fruits. Que vous ont fait les missionnaires?medemande-t-on. — Amoi personnellement, rien, mais à la patrie, et à moi par conséquent. Je ne hais personne, je ne hais même pas l'Ordre des Jésuites, mais je hais ce que hait tout honnête homme « '. Ce que haïssait Prochazka, c'était la violence en matière de foi, c'était ce Ferdinand II, un des plus grands malfaiteurs de l'humanité qui, sans entrailles et sans réflexion, achetait son salut par la ruine de son royaume et la suppression de son peuple, c'étaient les Inquisiteurs qui pour barrer la marche au progrès, entassaient les cadavres et les décombres. Et c'est justement pour que tout cela ne fût plus jamais possible, pour que la persécution parût dans tous les cas abominable, pour que la piété ne pût plus revêtir cette forme sacrilège, que les martyrs tchèques ont souffert. Par eux, la Bohême est vraiment devenue la créancière de l'humanité.

Peu s'en fallut qu'elle ne mourût de son dévouement. L'extrême misère estune grande corruptrice, qui supprime

I. F. Prochazka, Préface de la traduction du Chevalier chrétien d'Erasme, Prague, 1787, p. ix et xix.

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