LES DERNIÈRES RÉSISTANCES
et notre pitié s'accroît ici de l'humilité des victimes qui tombent obscurément et sans gloire pour ne pas démentir les ancêtres et ne pas laisser prescrire les titres de la conscience.
« Il y a beaucoup d'autres choses qu'a faites le Christ, dit l'Évangile, et s'il fallait les écrire toutes, Je crois que le monde entier ne pourrait contenir le livre qui les renfermerait. C'est vrai aussi de l'Antéchrist, et il a mis dans ses crimes tant de force et de malice que le monde pourrait à peine en contenir le récit. » La parole de Comenius est confirmée par les textes et, malgré l'appui du gouvernement et des soldats, la restauration catholique ne s'accomplit qu'avec une extrême lenteur. C'est en i632 cependant que s'arrête l'Histoire des persécutions, et il est vrai qu'à ce moment, la victoire officielle de Rome est complète. Le cri de détresse qui montait vers le ciel va peu à peu en s'affaiblissant ; on dirait un champ de bataille sur lequel s'est étendue la nuit, et elle n'est plus troublée que par les râles suprêmes des agonisants et les pas étouffés des rôdeurs qui dépouillent les cadavres, tandis que la grande voix du dernier évêque de l'Unité appelle sur les victimes la pitié céleste: « O Dieu! regarde-nous, si misérables! L'ombre de la mort s'est abattue sur nous. Nous sommes comme des brebis condamnées à l'abattoir. Réveille-toi, Seigneur. Pourquoi dors-tu?.. Pourquoi caches-tu ton visage et oublies-tu nos misères? Israël n'est plus qu'un troupeau désespéré qu'ont dispersé ses ennemis. Remplis tes promesses, ô Dieu de vérité, aie pitié de tes serviteurs ! » C'est le cri que poussait sur le Golgotha celui au nom de qui des disciples insensés répandaient autour d'eux la mort et l'épouvante, le cri que de siècle en siècle répète l'histoire : Mon Dieu ! Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné !
Mais non, l'Antéchrist n'a pas vaincu. « Ne pleurez point et n'ayez point de tristesse, avait dit Paul Stransky à sa femme et à ses enfants en se séparant d'eux. L'Éternel a permis ce temps d'épreuves, priez-le, pour qu'il ne soit pas trop long. » Stransky et ses compagnons d'exil ne