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est bientôt menacée en fait. Les États, assez occupés à se défendre sur leur propre terrain, ont renoncé à exercer, comme ils l'avaient essayé à plusieurs reprises auparavant, le moindre contrôle sur les administrations auxquelles le roi remet l'expédition des affaires qui relèvent exclusivement de lui. Le Conseil privé, la Chambre aulique et le Bureau de la guerre étendent rapidement leurs attributions et soumettent à leur surveillance les administrations locales correspondantes; ainsi se prépare, très lentement il est vrai, mais par un progrès constant, la substitution de ministères spéciaux dont la compétence s'applique à l'ensemble de la monarchie, aux anciennes directions dont les pouvoirs étaient complexes et s'arrêtaient aux limites d'un groupe de pa3^s, — ce qui est le principe même de la centralisation.
Restaient cependant les questions sur lesquelles les diètes devaient être entendues et qui passaient par l'intermédiaire de la Chancellerie '. Elle demeurait l'expression et la forteresse de l'autonomie nationale : malheureusement, éloignée de la patrie et en contact constant avec la cour, elle ne défendit les intérêts dont elle avait la charge qu'avec une énergie intermittente, moins par la faute des Chanceliers eux-mêmes que par celle des bureaux ; ceux-ci se recrutaient parmi des bureaucrates de carrière, qui, assez peu instruits des traditions particulières, leur préféraient les coutumes usitées dans le reste de la monarchie. L'unité pénétra ainsi peu à peu dans la jurisprudence et la pratique administrative, et Marie-Thérèse supprima ensuite sans difficulté sérieuse les administrations autonomes, qui ne semblaient plus que les témoins inutiles d'une époque disparue.
I. Ferdinand au début s'était réservé le choix des conseillers chargés d'expédier les affaires tchèques. Son successeur, comme sur beaucoup d'autres points, se montra plus conciliant, et, à partir de 1637, la Chancellerie jouit d'une autorité beaucoup plus large qu'on ne serait tenté de le supposer. — La question qui est capitale pour l'histoire constitutionnelle de la Bohème, a été étudiée avec une admirable clarté par Tchélakovsky, Les registres nationaux et étrangers des diverses chancelleries, aulique, tchèque et autrichienne, Prague i8go.
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Comme les envahissements du centralisme furent très lents et qu'ils étaient moins encore la suite d'un plan longuement prémédité que de la pression logique des faits, ils ne provoquèrent le plus souvent que de tardives résistances. La masse de la noblesse n'accepta pas sa déchéance, mais beaucoup de ses membres, — les plus riches et les plus illustres, — passaient près de la cour la plus grande partie de leur vie et étaient en mauvaise posture pour soutenir leurs compatriotes, si même ils n'étaient pas les instigateurs des innovations les plus radicales.
De plus, la poussée unitaire ne rencontrait pas dans toutes les parties du royaume une résistance également solide. La Silésie, où, grâce à Breslau, dominaient les influences germaniques et dont les rapports avec les autres provinces de Bohême n'avaient jamais été ni fréquents ni cordiaux, ne s'intéressait nullement aux droits de la couronne de Saint-Venceslas ; elle se rapprocha toujours plus de l'Allemagne, vers laquelle l'attiraient la géographie, les intérêts de son commerce et les espérances des protestants, encore très nombreux dans la province ; les Slaves, qui constituaient une partie importante de la population, ne se composaient que de serfs, indifférents aux affaires politiques et dont l'influence à cette époque était absolument nulle. Les Moraves, qui avaient avec la Bohême de vieilles traditions communes et parmi lesquels les Slaves étaient en très grande majorité, restèrent longtemps plus jaloux de leurs privilèges et défendirent à plusieursrepriseslaconstitution avec une courageuse franchise; mais leurs remontrances, ils les envo3^aient à Vienne et c'est de Vienne qu'ils recevaient les réponses ; ils s'habituaient à voir dans la capitale de l'Autriche l'arbitre de leur destinée. Les Tchèques ne sont pas placés dans des conditions géographiques aussi favorables que les Magyars: une des raisons qui expliquent le succès de ces derniers en face de races qui ne sont ni moins bien douéesni moins avancées et qui ont l'avantage du nombre, c'est qu'ils occupent le centre d'une vaste plaine où vient battre
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la vie commune et qui de tous les côtés ouvre à leur propagande un large champ d'action. En Bohême, les montagnes de la périphérie n'ont pas toujours arrêté la pénétration étrangère et elles ont ralenti ou gêné l'unification nationale et favorisé le séparatisme. Ces inconvénients étaient naturellement surtout sensibles à une époque où les voyages étaient très lents et les mo3ens de communication fort imparfaits. Aussi, en face du danger croissant qui menaçait leur indépendance, les Bohèmes, affaiblis et sans cohésion, n'opposèrent à l'action de la ro3'auté qu'une force d'inertie ou des récriminations incohérentes et vaines.
Les transformations administratives, par lesquelles se préparait la formation d'une monarchie unitaire que Marie- Thérèse et Joseph II essayèrent plus tard de définir et de compléter, entraînèrent la subordination de l'élément slave. Non pas qu'il faille accuser les Habsbourgs de fanatisme pangermaniste, comme en général les haines de races sont à cette époque assez atténuées; ils jugeaient simplement plus commode et plus convenable que leur propre langue fût celle de leurs sujets. L'allemand au xvr' siècle avait certainement gagné du terrain en Bohême et réparé en partie les pertes qu'il avait subies pendant le siècle précédent. Les nobles, inquiets de ces progrès, tenaient la main à ce que les prescriptions qui établissaient la suprématie officielle du tchèque, fussent rigoureusement observées, et la loi de i6i5 faisait de la connaissance du slave la condition de l'exercice des droits politiques- Les acquéreurs des biens confisqués réclamèrent contre ces règlements et la nouvelle constitution ordonna, puisque le royaume n'était pas habité seulement par des sujets de même race, que le tchèque cesserait désormais d'être exclusivement employé dans les tribunaux, les registres publics ou le parlement '.
I. A cause de la véhémence des passions provoquées par le conflit des langues en Bohème, j'indique les principaux articles de la Charte de 1627 relatifs à la question. Art. B 12, les procès pourront être conduits et
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Les Allemands ne se contentèrent pas longtemps de l'égalité et nous en avons la preuve dans un fait symbolique qui jette une lumière crue sur leurs intentions. La nouvelle Charte devait être promulguée en allemand et en tchèque, mais le texte allemand ferait foi ; on ne poussa que jusqu'à la dix-septième feuille l'impression de l'édition slave et l'allemand devint bientôt la seule langue administrative '. La transformation fut très rapide à ce point de vue en Moravie, où le cardinal Dietrichstein, qui cumula jusqu'en i636 les plus hautes fonctions politiques et religieuses, ne savait pas le tchèque et où, dès lôSg, le haut tribunal du pays n'emploie que l'allemand ". Bientôt même en Bohême, la langue nationale est réduite à un rôle subordonné et tend à n'être plus qu'un patois de paysans.
On a résumé l'œuvre de Ferdinand en disant qu'il avait fait d'un pays utraquiste un pays catholique, d'un royaume constitutionnel une monarchie absolue, d'un état indépendant une province de l'empire autrichien, d'une région slave une région bilingue en droit et allemande en fait. C'est de beaucoup dépasser la mesure, mais il est vrai qu'il avait eu le désir de ces changements et qu'il les avait rendus
les jugements rendus en allemand ou en tchèque. Art. C 2, la langue sera celle du défendeur. D 47, le tribunal du pays comprendra une chambre allemande et une chambre tchèque. I 6, les registres publics recevront des actes allemands et tchèques. — Le Tchèque conservait encore une certaine supériorité : les patentes qui convoquaient les Diètes et qui nommaient les officiers du royaume étaient rédigées ;en tchèque, de même que les propositions royales au Parlement; peu à peu l'allemand prit une place prépondérante dans les discussions et l'antique domination du tchèque ne fut plus représentée que par quelques formules. — V. Soltch, La nationalité et son importance dans la vie publique (Prague, 1881), p. 285 et sq.
1. Sauf naturellement les instructions qui s'adressaient directement au peuple.
2. Chembéra, dans le Journal de la Matitse Morave, 1871. — Dietrichstein remplit d'étrangers les chapitres, de sorte qu'aucun Morave n'arrive après lui à l'évéché d'Olmûltz. C'est sous lui qu'apparaissent les premières inscriptions allemandes dans le registre des hefs, la dernière inscription tchèque est de i665. En 1762, le juge des ticfs demande à l'évèque que l'on supprime les derniers vestiges du tchèque : aucun assesseur ne sait complètement le morave et l'allemand est si supérieur ! L'évûque lui donne satisfaction et on hésite à le blâmer quand on voit ce qu'était devenue cette langue que Zérotyn appelait » naturelle, précieuse, ancienne et renommée « .
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possibles. Il n'avah pas supprimé du coup le régime national et féodal; il avait facilité toutes les usurpations postérieures. L'histoire de la Bohême, de 1G18 à 1848, n'est que le développement de ces germes de despotisme, de centralisation et de germanisation, dont le progrès est ralenti et gêné, non complètement arrêté, par les résistances nationales.