CHANCELIER
moyens de le substituer aux coutumes nationales ; pour cela il était nécessaire que les tribunaux suprêmes des divers pays perdissent leur souveraineté. Les appels des tribunaux de Bohême furent jugés en dernier ressort par la Chancellerie bohème, dont l'influence fut ainsi très étendue. Auparavant, le chancelier prenait rang dans le groupe des grands-officiers, mais ses fonctions exigeaient qu'il suivît le roi, et comme, depuis la Montagne-Blanche, celui-ci ne séjourna plus que très rarement à Prague, le chancelier devint l'intermédiaire nécessaire entre le monarque et la Lieutenance ; il fut chargé de lui transmettre les instructions du souverain et de s'assurer qu'elles étaient exécutées; il réduisit par conséquent à une sorte de dépendance ses anciens collègues et la chancellerie royale devint en même temps qu'une haute cour de justice un ministère du pays dont relevèrent les administrations locales.
Ces modifications entraînèrent peu à peu des conséquences très graves pour le royaume. Après la constitution de 1627, comme auparavant, la Bohême reste un état distinct, indépendant et autonome : quand Ferdinand parle de son droit de conquête, cela ne signifie en rien la soumission du pays à des étrangers ; les diverses provinces de la couronne de Saint-Venceslas continuent à former un ensemble politique, plus ou moins solidement uni, mais absolument séparé des autres possessions des Habsbourgs ' ; on a pu même dire que le résultat immédiat du nouveau régime avait été de fortifier l'unité du royaume ". S'il est ainsi certain que, même après 1627, la Bohême n'est encore rattachée aux divers domaines qui constituent les possessions des Habsbourgs que par les liens de l'union personnelle, son indépendance, incontestée en principe,
1 . Un habitant de Vienne est un étranger à Prapuc, non un habitant de Brcslau ou de Brno; jusqu'à Maric-Thcrèse, il n'y a pas de noblesse générale autrichienne et jusqu'en 1848, il n'y a pas de citoyen autrichien.
2. Le tribunal d'appel, dont relevaient les tribunaux municipaux, étendit en effet son autorité, non plus seulement sur la Bohcine, comme auparavant, mais sur la Moravie. L'autorité de la Chancellerie aulique, jusque là fort contestée, fut aussi désormais reconnue dans tous les pays de la couronne.