L EMIGRATION
tir pour l'exil ; d'autres cherchèrent des prétextes, adressèrent des suppliques à l'Empereur, implorèrent des adoucissements et des délais, en un mot, ils firent ce qu'ils purent ». Très souvent les familles se divisèrent : « Les amis étaient séparés de leurs amis, les frères de leurs
frères, les parents de leurs enfants, le mari de sa femme
Nous avons vu encore avec nous dans l'exil des maris dont les femmes n'avaient pas voulu se résigner à tout abandonner pour le Christ, et des femmes qui, pour garder leur foi à Christ, avaient quitté leur mari apostat, » Les plus héroïques ne s'éloignaient pas sans espoir de retour, restaient groupés dans le voisinage de la frontière qu'ils repassaient au moindre prétexte. Les seigneurs étaient protégés par leurs liens de parenté et d'amitié avec tel ou tel haut fonctionnaire, les pasteurs par la piété de leurs ouailles. Aucune réconciliation n'était possible entre les spoliateurs et leurs victimes, qui formaient une population flottante, exaspérée, prête à tout, assez analogue aux bandes de proscrits qui en Grèce, pendant la guerre du Péloponèse, rendirent vaine toute tentative de rapprochement. Ces exilés, exaltés par le malheur et par le fanatisme, essayaient de communiquer leur fièvre aux hésitants, aux timides, à cette multitude, qui à toutes les époques constitue la majorité, qui recule devant les sacrifices extrêmes et souffre de sa faiblesse. Ils ne prendraient certainement aucune initiative; leurs sympathies du moins n'étaient pas douteuses et il suffirait pour les entraîner d'un appui extérieur. Les émigrés tchèques s'attachèrent à obtenir des protestants étrangers l'appui qui leur était indispensable pour provoquer dans le pays une nouvelle insurrection.
Par trois fois, ils crurent toucher au but ; d'abord quand, en iG3i-i632, après les premières victoires de Gustave Adolphe, les Saxons entrèrent dans Prague et rétablirent pour un moment le culte protestant, un peu plus tard en i633-iC34, quand ils se crurent sûrs de la connivence de Waldstein, et enfin, en 1648, la veille même du traité de Westphalie, lors du hardi coup de main du général