WALDSTEIN ET GUSTAVE-ADOLPHE
roi m'envoie quelques régiments ; beaucoup d'officiers inférieurs se joindront à moi; ceux qui résisteront, on leur coupera la tête ; nous confisquerons les biens des Jésuites, de Martinits et de Slavata et nous chasserons l'Empereur en Italie ; ce que je veux, c'est la ruine des maisons d'Autriche et d'Espagne; pour moi, je ne demande rien; la besogne terminée, nous nous arrangerons. — Il n'y a rien là qui ne soit très conforme aux désirs de Waldstein, sans que la précision apparente de ces menaces démontre que le duc eût pris dès lors son parti; une invasion en Bohême était probable, il s'arrangeait pour n'avoir rien à en redouter. Peut-être même, — et avec les habitudes de l'époque et la tournure d'esprit du général les hypothèses les moins directes sont encore celles qui ont le moins de chance d'être inexactes, — voulait-il, en aggravant les dangers de l'Empereur, se rendre indispensable et obtenir de la cour des conditions plus favorables. Ou bien, ne songeaitil pas à jouer le rôle d'arbitre entre les deux partis? Il aurait eu ainsi dans l'esprit un plan assez analogue à celui qui hanta l'imagination de Bazaine en 1870 jusqu'au moment où il se perdit dans le dédale de ses trahisons conditionnelles et contradictoires.
L'espoir des émigrés fut à ce moment déçu par un revirement de Gustave-Adolphe qui refusa d'envo3'er en Bohême l'armée qu'ils lui demandaient et les adressa à l'Électeur de Saxe. L'affaire était trop engagée pour qu'ils fussent encore libres de reculer; quelques bataillons d'exilés se concentraient sur la frontière; d'autres avaient déjà pénétré dans le royaume ; des bandes couraient la campagne autour de Litomiérzitse et appelaient les paysans à l'insurrection. Le royaume avait été si horriblement foulé qu'il eût peut-être suffi de l'apparition d'une armée vraiment nationale pour provoquer un soulèvement général ; les gouverneurs, sans ressources disponibles, entourés de mécontents et de traîtres, perdaient la tête ; Waldstein favorisait les projets de Thurn en obtenant de la cour de Vienne qu'elle retirât son armée