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Il avait été nommé duc le i3 juin

WALDSTEIN GÉNÉRALISSIME l3l

inférieur même à Till}'; il évitait les rencontres décisives, préférait laisser s'user l'ennemi ; sa temporisation parut louche et on attribua à des perfidies calculées ce qui n'était le plus souvent que la suite de l'irrésolution. Il acceptait tous les volontaires qui s'offraient, et comme les pays protestants surtout avaient été ravagés, les dissidents étaient très nombreux dans son camp : beaucoup de régiments étaient officiellement luthériens, commandés par des officiers hérétiques '.

Était-ce uniquement pour assurer la victoire du catholicisme que Waldstcin augmentait chaque année ces forces suspectes ? Des bruits sinistres couraient : on préparait un coup d'État, on voulait établir en Allemagne une monarchie héréditaire comme on l'avait fait en Bohême '. Des pa3^s occupés par l'armée impériale arrivaient chaque jour des plaintes plus douloureuses : il est possible que les soldats de Ferdinand ne se montrassent pas beaucoup plus exigeants et impitoyables que ceux de Tilly; seulement ils ne recevaient rien de Vienne, réduits ainsi à vivre complètement sur le pays, et, avec la meilleure volonté du monde, leur général était bien forcé de fermer les yeux s'il ne voulait pas courir le risque d'être abandonné par eux. Il suffisait de très peu d'exagération pour apercevoir dans ces pilleriesun plan préconçu, la volonté de ruiner l'Allemagne et de la préparera tous les bouleversements; comme au lendemain de Mûhlfeld, l'Empire était en proie à des hordes étrangères, avec cette circonstance aggravante qu'en 1647 on avait encore quelque garantie dans la personne de Charles-Quint. Quand on apprit que Ferdinand avait vendu le Mecklembourg à Waldstein (1627), l'effroi fut universel: aucun prince n'était désormais sûr du lendemain.

Jusqu'à quel point ces inquiétudes étaient-elles fondées,

1. Dans cette histoire, dont presque tous les détails ont donné lieu à des polémiques ardentes, personne n'a contesté le caractère mixte de cette armée.

2. Gindely, II, 26, cite une note du nonce, de juin 1628 et, p. 226, de l'envoyé d'Espagne (sept. 1629). Mais les inquiétudes des Électeurs remontent à une époque bien antérieure.

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c'est-à-dire en somme, que voulait à ce moment le généralissime? — En réalité, nous n'en savons rien. Waldstein écrivait le moins possible et il évitait de toucher dans ses lettres aux questions compromettantes; d'autre part, il était de temps en temps secoué par des accès de colère où il oubliait toute prudence : quelle est la portée réelle de ces explosions, qui en général ne nous sont parvenues qu'accrues par la renommée? Y trahissait-il des pensées sérieuses et longuement méditées? Ne convient-il, au contraire, d'y voir que des boutades sans conséquence? — Il est très vraisemblable que son ambition n'avait pas pris une forme très arrêtée ; il n'était pas de ceux qu'apaise le succès : après le Mecklembourg, il convoitait la Poméranie, le Brandebourg; il savait les résistances obscures qu'opposent aux usurpateurs les traditions et les instincts des peuples, et il sentait grandir autour de lui la haine des princes catholiques. Ses projets n'avaient-ils pas quelque chance d'être moins sévèrement jugés par les protestants qui, dans leur situation désespérée, ne discuteraient pas sans doute les conditions qu'il leur ferait? Il est certain que dès lors les hérétiques le ménagent ; les émigrés tchèques suivent avec attention la marche de ce chef de bandes qui tient déjà dans ses mains une partie du royaume, qui y a maintenu l'ordre au milieu du chaos universel, qu'ils savent d'ailleurs de conscience large et prêt à tous les compromis.

Toutes ces combinaisons, qui n'existaient encore que sous la forme de vagues possibilités, à qui les craintes des Électeurs donnaient quelque consistance, furent déjouées par la diète de Ratisbonne. La cour impériale se laissait entraîner par Waldstein beaucoup plus qu'elle ne l'inspirait; elle avait moins des desseins que des désirs, et surtout elle n'avait pas le courage de ses ambitions ; dès qu'elle fut en face d'une opposition précise, elle s'arrêta. Il y avait toujours eu à la cour un parti très hostile au duc; les ministres qu'il soudoyait l'abandon, nèrcnt. Lamormain emporta les dernières hésitations de

GUSTAVE-ADOLPHE l33

Ferdinand. Au mois d'août i63o, l'Empereur promit à Maximilien de retirer le commandement au généralissime : Waldstein, sans résistance, s'inclina, partit pour ses terres de Bohème. Les protestants n'avaient songé à lui que parce qu'ils étaient aux abois; dès que surgit un nouveau champion de leur cause, il passa au second rang.

Gustave-Adolphe arrivait au bon moment, à l'heure où aucune illusion n'était plus possible sur les intentions de l'Église, où les plus timorés et les plus optimistes, tels que les Électeurs de Saxe et de Brandebourg, s'avouaient qu'il fallait opter entre leur loyalisme habsbourgeois et leurs traditions luthériennes. On écrit souvent et j'ai répété moimême que la guerre de Trente-Ans avait commencé par être une guerre religieuse et était devenue ensuite une guerre politique : c'est vrai, mais avec des nuances. Il n'est pas douteux que vers i63o les violences des catholiques avaient réveillé le fanatisme protestant, et les passions confessionnelles sont plus sincères et plus générales alors parmi eux qu'en 1618. Naturellement, cela ne signifie pas que Gustave-Adolphe n'ait pas été poussé à la guerre par des raisons très positives et il comptait tirer de sa croisade des récompenses temporelles, mais c'était bien une croisade qu'il entreprenait. Les opprimés saluèrent en lui un confesseur de la foi : dans leur détresse, ils avaient bramé vers le ciel, et le Christ leur envoyait un libérateur et un vengeur.

A Vienne, la consternation était générale : les Électeur; catholiques qui avaient privé Ferdinand de son armée ne se hâtaient guère de venir à son secours; si Gustave- Adolphe, après ses premiers succès, eût marché droit sur la Bohème, on ne sait pas trop quelles ressources lui aurait opposées l'Empereur. Dans son abandon, comment celui-ci ne se fùt-il pas adressé à Waldstein? — Il était en relation constante avec lui, avait cherché à s'excuser : il avait cédé aux circonstances ; maintenant, il sollicitait de nouveau ses services.

Le duc menait en Bohême la vie somptueuse d'un

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souverain. Il avait ses vassaux, sa chambre des finances, ses tribunaux, sa chancellerie; ce futur libérateur de la Bohême, en qui quelques visionnaires vénèrent encore un restaurateur possible du royaume de Saint-Venceslas, avait interdit l'usage du tchèque dans ses administrations ' ; des sentences de ses tribunaux on faisait appel ordinairement à sa chancellerie, quelquefois à l'Empereur, jamais aux tribunaux tchèques; il avait été autorisé à créer un évêché dont il désignerait le titulaire, à fonder une université et il pensait à y appeler Hugo Grotius; il préparait une constitution : les villes de Friedland, Reichenberg, Jitchin, Bœhmische-Leipa, Arnau, Weisswasser formeraient dans ses diètes la bourgeoisie. Par quelle étrange illusion quelques historiens aperçoivent-ils une étincelle de patriotisme dans cet ambitieux qui ne cherchait qu'à se constituer une principauté absolument indépendante et inventait ce projet de morcellement de la Bohême que certains Allemands ont repris de nos jours !

Chaque mois, mille ducats étaient frappés à sa monnaie. Il avait obtenu de l'Empereur la promesse que dans aucun cas le domaine de Friedland ne pourrait être confisqué. Il travaillait par tous les moyens à en augmenter la prospérité. C'était un grand constructeur : il avait élevé une église sur le modèle de Saint-Jacques de Compostelle et un immense collège, que naturellement dirigeaient les Jésuites. Le palais de Jitchin, avec ses magnifiques jardins dans le goût de la renaissance italienne, ses jets d'eau, ses plantes rares, sa ménagerie, excitait l'admiration des visiteurs et, aujourd'hui encore, à demi ruiné, il témoigne de la magnificence de l'imagination du duc. Après sa destitution, il n'avait pas diminué son train de vie ; quand il n'était pas sur ses domaines ou aux bains de Carlsbad, où il allait soigner la goutte qui le torturait, il s'enfermait dans le palais que lui avait construit, de 1621 à 1629, un architecte italien ". Ce grandiose édifice, qui reste un des

I. Schottky, Waldstein's Privatlcbcn. Halhvich, W. und Arnim. ?. Marini ou Pironi,

LES RANCUNES DE WALDSTEIN i:)D

monuments les plus magnifiques de Prague, est un spécimen assez caractéristique de ce style de la Renaissance italienne, mêlée de motifs de la Renaissance allemande, qui s'était introduit en Bohême à l'époque de Rodolphe II; par la solide ordonnance des masses, la somptueuse harmonie des détails, la réserve dédaigneuse qui ne présente audehors qu'une façade sombre et muette et ouvre à Tintérieur de larges baies souriantes, il répondait admirablement à cette âme implacable qui ne songeait qu'à sa fortune et que ne semblent avoir vraiment jamais effleurée ni la pitié ni la tendresse. Le duc y cachait ses rêves, protégé contre le bruit de la rue par la garde qui circulait sans cesse autour du palais, bercé dans ses ambitions par son astronome Senni, qui lui promettait de nouveaux succès. Autour de lui, toute une faction, officiers qui avaient suivi le général dans sa retraite, intrigants à l'affût de révolutions, mécontents qui cherchaient une revanche ; presque tous bandits de haut vol, très libres d'esprit, prêts à tout pour fonder leur fortune. Le xvi® siècle avait été marqué par le déchaînement des passions égoïstes et des énergies individuelles ; la pi7^ti( italienne s'était de proche en proche répandue jusqu'aux extrémités de l'Europe, et la théorie de la grâce avait souvent servi à dissimuler sous une formule théologique la fringale des appétits; l'homme, affranchi des convictions qui jusque-là domptaient ses convoitises, indépendant des cadres sociaux qui limitaient auparavant ses actions, n'avait plus qu'un credo : exercer librement ses facultés et assouvir ses fantaisies; les chefs Bohèmes, qui, comme Thurn, avaient si criminellement compromis les intérêts de la patrie pour satisfaire leurs rancunes et leurs passions, étaient de la même école que les soldats qui se groupaient autour de Waldstein parce qu'ils avaient deviné en lui un maître digne d'eux.

A toute ambition, même la plus vulgaire et la plus matérielle, un programme moral est nécessaire; Waldstein n'avait encore autour de lui qu'une bande, il lui fallait l'appui d'un parti. Après sa destitution il avait affecté beau-

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coup de détachement : il était « vraiment enciianté, on l'avait tiré d'un grand labyrinthe ». — En réalité, il était profondément ulcéré : « l'Empereur et toute sa maison apprendraient à leurs dépens ce que c'est que d'offenser un gentilhomme. » Il avait été indignement joué par des hommes qui lui devaient leurs victoires, qu'il avait payés, Jésuites, conseillers Impériaux, jusqu'à son roi, aux pieds duquel il avait jeté l'Allemagne. « Je n'ai qu'un seul désir, une volonté, disait Thurn de son côté, c'est de ruiner l'Empereur. » Comment ces haines communes ne se seraient-elles pas coalisées ? — Waldstein avait connu les principaux émigrés bohèmes, avait eu l'occasion de leur rendre quelques services; il était apparenté avec un autre groupe de la noblesse tchèque qui poursuivait contre les Habsbourgs une vendetta de famille. La sœur de sa femme avait épousé Adam Trtchka, qui était lui-même le beau-frère de Guillaume Kinsky. Les Trtchka s'étaient convertis pour garder les immenses domaines qui faisaient d'eux peut-être la plus riche famille du royaume, mais ils ne pardonnaient pas leur humiliation à leur souverain. Le père, Rodophe Trtchka, en relations étroites avec beaucoup de fugitifs émigrés, était un poltron bavard : il lui arriva après dîner de saluer dans Waldstein le futur souverain de la Bohême, mais il ne s'aventurait pas sans peur sur ce terrain glissant. Sa femme, Marie-Madeleine, et sa fille, Elisabeth, qui avait épousé Guillaume Kinsky, étaient des cœurs d'une autre trempe, et on sentait en elles le sang de ces indomptables Lobkovits dont le front avait plusieurs fois touché la couronne; Guillaume Kinsky avait aussi sucé avec le lait la haine des Habsbourgs. De nombreux parents des Trtchka et des Kinsky servaient dans les armées protestantes et ils étaient en relations fréquentes avec Thurn, le chef officiel de l'émigration.

La pensée vint naturellement à tous ces hommes qui nourrissaient contre les Habsbourgs des ressentiments invétérés ou qui se sentaient menacés par Ferdinand, de pousser en avant Waldstein. Le duc allait se trouver appelé à prendre

LA QUESTION DE WALDSTEIN iSj

la suite de ces féodaux intraitables qui avaient engagé avec les Habsbourgs un duel à mort. Jusqu'à quel point futil l'instrument ou la dupe des oligarques tchèques ? Dans quelle mesure a-t-il voulu sa trahison et quelle est dans ses résolutions la part de la réflexion et celle des circonstances ou du hasard? A quel moment a-t-il nettement conçu la pensée de se tourner contre l'Empereur et quelles ont été les variations de ses colères? Sur tous ces points, bien des obscurités demeurent encore; mais ce que Tchélakovsky avait déjà très nettement aperçu, ce que le jeune et brillant historien tchèque Pékarj a établi avec une lucidité et une précision admirables, c'est que les mécontents tchèques furent dans toute cette intrigue les meneurs essentiels et que la question Waldstein est avant tout une question bohème '.

I. Schmitt a publié, dans les Mitt. d. Ver. fur Gesch. der Deutschen in Bœhmen (1879-1885), une bibliographie des ouvrages relatifs au général qui comprend i558 numéros. Pour les travaux les plus récents, voir l'article de Wittich, dans l'AUgemeine Deutsche Biographie ; — ce n'est pas d'ailleurs un des meilleurs de cette remarquable publication. — L'intérêt irrésistible de la question Waldstein vient avant tout de ce qu'elle semble exclure la certitude scientifique; c'est un de ces problèmes qui sollicitent la curiosité par ce qu'ils renferment d'insoluble. Les difficultés proviennent de ce que nous ne possédons à peu près aucun témoignage direct, aucune lettre décisive de Waldstein pour cette période ; — de ce que la cour impériale, très peu instruite des menées du généralissime, a très mal conduit l'enquête primitive; — de ce que les archives ont été certainement « travaillées », de sorte que des pièces ont disparu, même à une époque récente, — et enfin de ce que tous les témoins ont menti, plus ou moins, mais certainement. La part d'imagination subjective et de construction demeure par conséquent très forte dans toutes les études publiées à ce sujet. La question a été encore compliquée par l'intervention assez inattendue en pareille matière de préoccupations pangermanistes; les Allemands de Bohême ont eu l'idée assez saugrenue de défendre dans Waldstein un précurseur de Bismarck. — Parmi les travaux les plus importants, il faut citer avant tout le récit célèbre et admirable de Schiller, qui ne connaissait pas toutes les pièces, mais qui a montré une merveilleuse divination psychologique; vers la même époque Murr publiait le Perdiiellionis Chaos et la traduction de la Relation de Raschin, qui sont deux des textes capitaux. A ce moment, la culpabilité du duc était acceptée par tous. — En 1828, Fœrster, dans des livres aujourd'hui vieillis, mais qui témoignent de très importantes recherches, essaya pour la première fois de le réhabiliter. Sa thèse fut aussitôt réfutée dans les études trop oubliées de Rœpell {Historisches Taschenbuch de 1845) et d'Arétin. Fœrster trouva un continuateur dans Hallwich, qui avait d'abord varié, mais qui, dans sa W'allenstein's Ende, Ungedruckte Briefe iind Akten, 1 vol. 1879 ^^ dans son Thitrn als Zeiige im Pro^ess Wallenstein's i883, devient

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Les deux groupes de mécontents, dont l'un était officiellement représenté par Thurn et dont l'autre se groupait autour des Trtchka et des Kinsky, furent mis en communication par un de ces nobles de petite fortune qui avaient été pris dans la tourmente sans se rendre compte des événements et qui se débattaient à l'aveuglette dans ce tourbillon, ce Sézyma Raschin, dont le témoignage, malgré toutes les découvertes récentes, demeure encore la pièce la plus importante du procès, la plus discutée aussi '.

D'après son témoignage, la pensée de mettre à profit la colère de Waldstein naît dans Trtchka au moment même de la destitution du généralissime. Amis et ennemis sont alors convaincus qu'il cherchera à se venger : Gustave- Adolphe lui écrit (novembre i63o), Tilly l'avertit des bruits de trahison qui courent sur son compte. Waldstein visiblement se réserve et la froideur de son attitude jette dès lors dans l'esprit du roi de Suède les germes d'une invincible défiance. Au mois de mai i63i, les Suédois sont devenus plus menaçants, les Électeurs de Brandebourg et de Saxe font mine de se joindre à eux ; la cour de Vienne est dans l'épouvante, il ne reste de secours à l'Empereur

un apologiste intransigeant. Les conclusions de Hallwich ne résistent pas aux documents nouveaux édités par Hildebrand (i885), par Gaedeke (i885) et surtout par Irmer, Die Verhandlioigen Scluvedens und seiner Verbundeten mit W., 3 vol. 1888-1891 et Hans Georgvon Arnim, 1894. — Malgré tant de publications, il est permis de supposer que les archives n'ont pas livré tous leurs secrets. — Pour les ouvrages français, voir l'excellent travail de Fagniez, Le père Joseph et Richelieu (1894). Un jeune érudit français, M. Reybel, a entrepris une nouvelle étude de la question dans un Mémoire présenté à l'Université de Paris (1900); malheureusement, il n'a pas encore pu arriver à des conclusions fermes. — Les Tchèques ont publié à propos de Waldstein des études considérables qui n'ont pas toujours rencontre à l'étranger l'attention qu'elles méritaient; ainsi Dvorsky, Contributions historiques aux intentions de W.et de ses alliés, 1867; Bilck, dont les conclusions me paraissent inacceptables, et surtout Rézek, dans la Chronique tchèque- Morave. Le livre capital sur la question est celui de Pékarj : Histoire des conspirations de W. (1895) : même là où on se sépare de lui, il est impossible de ne pas admirer la sûreté de son érudition et la finesse de son jugement.

I. Le mérite d'avoir prouvé que toute la question dépend de la sincérité plus ou moins grande de Raschin revient à Lenz, Histor. Zeitschrift, 1888. — Il est très dur pour Raschin, mais d'autre part Pékarj a peut-être une confiance excessive dans la valeur de ses dépositions.

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que dans le général qu'il a si imprudemment sacrifié et il le supplie de former une armée et de reprendre le commandement (mai). C'est le moment où des négociations directes s'engagent entre Trtchka d'une part et Thurn et les Suédois de l'autre: Raschin se rendra auprès de Thurn qu'il connaît et lui représentera que le roi de Suède pourrait facilement gagner le duc qui est « dégoûté » de l'Empereur.

Thurn avait des griefs contre les Trtchka, mais le moment n'était plus de s'arrêter à des questions secondaires : il ne paraît même pas s'être demandé jusqu'à quel point les ouvertures qui lui arrivaient avaient été autorisées par le duc, ce qui du reste ne saurait nous étonner; l'adversité n'avait en rien modifié cet impulsif, toujours prêt à se lancer à l'aventure. Gustave-Adolphe était moins crédule ; il n'avait cependant aucune raison pour écarter sans discussion les propositions de Trtchka, et en admettant même que Waldstein refusât par la suite de s'engager, ne trouverait-on pas un appoint important dans les mécontents tchèques! Thurn reçut en conséquence du roi de Suède pouvoir de s'entendre avec les « Bohèmes fidèles )) (i I juin) et le plan d'insurrection prit une forme plus précise. Waldstein reçut Raschin à plusieurs reprises et se déclara disposé à s'unir aux Suédois, quand il jugerait le moment favorable. Vers la même époque, Charles deZérotyn se rencontrait avec Waldstein : « Nous avons beaucoup conversé ensemble, et il a vraiment beaucoup de raison ; je n'en dis pas davantage, mais les faits parleront '. » Après les Luthériens et Thurn, les Frères et l'Unité ; peu à peu tous les adversaires de Ferdinand se groupaient autour du duc de Friedland.

Alors éclate comme un coup de tonnerre la nouvelle de la bataille de Breitenfeld (17 sept. i63i) ; l'armée de Tilly est détruite, l'Autriche est ouverte. — Vite, déclare Waldstein à Raschin, il n'y a pas un moment à perdre ; que le

i.Rézek, L'invasion des Saxons, p. 45. Journal du Musée bohème, i83i, p. 406.

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