‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 79 sur 325 · L INVASION SAXONNE · texte numérisé non relu

L INVASION SAXONNE

de larmes » dont parle le greffier de la ville de Slan '. On considérait comme hors la loi tous ceux qui n'avaient pas été régulièrement autorisés à émigrer ou qui avaient emmené leurs enfants mineurs, et leurs biens étaient confisqués. Ceux qui avaient reçu la permission de vendre leurs biens n'étaient guère plus heureux. Où donc trouver des acquéreurs? En deux ans, de 1627 à 1628, la commission de réforme expulse 5oi propriétaires de la Vieille-Ville et 678 de la Nouvelle : c'est une énorme proportion, et-les maisons tombent à rien. Au milieu de cette détresse, les Juifs et les Jésuites trouvent l'occasion de spéculations lucratives. Au mois de juillet 1629, Ferdinand fait cadeau à ceux-ci de toutes les amendes qui n'avaient pas été recouvrées; pour entrer en possession, ils brocantent à n'importe quel prix les biens abandonnés; partout la ruine des hérétiques se poursuit sans pitié et des mesures implacables suscitent des haines féroces. Des milliers de pa3^sans vivent cachés dans les bois pour échapper aux poursuites des missionnaires ; à Prague seulement, les caveaux de la Tour-Blanche renferment des centaines de prédicateurs et de relaps que l'on accuse d'exciter le peuple contre l'Empereur et rÉglise; les laboureurs « sont si appauvris, avouent les déclarations officielles, qu'ils ont la plus grande peine à payer les contributions » ; leurs souffrances sont telles que, sans chefs, sans programme, ils courent aux armes; dans les monts des Géants et les monts Métalliques, l'insurrection se maintient pendant toute l'année de i63o, ne s'apaise sur un point que pour renaître ailleurs. Il eût suffi, semble-t-il, pour réunir dans un effort unanime de salut ce peuple dont on avait outragé la conscience, piétiné le cœur et lésé les intérêts vitaux, d'arborer le drapeau de Hus et de Zizka.

Au lieu de cela, l'Électeur n'eut qu'un souci, éviter toute mesure révolutionnaire, contenir les impatiences des émigrés, et il parut qu'il craignait moins l'Empereur que les

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