‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 83 sur 325 · L INVASION SAXONNE · texte numérisé non relu

L INVASION SAXONNE

asile assuré et les massacrèrent. Dans les environs de Boudiéjovitse, de Klatov, etc., les catholiques étaient exposés aux plus grands dangers. Madame de Sternberg, fuyant de Prague, apercevait sur sa route le cadavre d'un franciscain assassiné, et, comme elle essa3'ait de le relever et voulait emporter son cadavre, elle était assaillie par les paysans furieux auxquels elle n'échappait qu'à grand'peine. On prenait des précautions militaires pour protéger contre un coup de main des insurgés Pezein et Kralové-Hradets ; les gouverneurs à Boudiéjovitse claquaient des dents et, « devant la révolte de la populace en beaucoup d'endroits », suppliaient qu'on leur permît de retourner à Vienne. Dans les villes, le petit peuple, que son obscurité avait préservé et qui avait été moins décimé par l'émigration, réclamait le rétablissement du culte national; à Prague, à peine les autorités impériales parties, la foule des artisans et des vignerons du voisinage avait parcouru la ville, envahi les maisons des suspects : comme au temps du prêtre Jean et de Zizka, la démocratie des campagnes et des villes se tendait la main.

Qu'il y eût là des éléments sérieux de résistance, les événements le prouvèrent. Quand, à la dernière heure, en face des progrès des Impériaux, les généraux saxons permirent aux seigneurs Bohèmes d'organiser eux-mêmes la défense, les paysans accoururent par centaines se ranger autour des représentants de la vieille noblesse nationale, et ils se battirent bravement ; plusieurs des villes que menaça l'armée de la Ligue, refusèrent de se soumettre et la forcèrent à se replier; le vieil esprit hussite n'était pas encore mort et, à certains points de vue, le moment eût été certainement beaucoup plus favorable qu'en 1618 pour déchaîner une véritable insurrection populaire. Il est toujours cependant extrêmement difficile d'improviser une organisation et il eût fallu ici un homme d'un génie supérieur ou une âme d'une rare générosité pour transformer en une véritable armée ces troupes désordonnées et pour fondre dans une invincible résolution d'affranchissement ces désirs de ven-

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