‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 84 sur 325 · J48 LES SAXONS A PRAGUE · texte numérisé non relu

J48 LES SAXONS A PRAGUE

geance tumultueux et passagers. Un seul mot aurait accompli ce prodige, c'était l'abolition du servage; personne n'y songea '. Depuis trop longtemps, l'aristocratie avait perdu le contact avec le peuple; elle ne connaissait plus ses instincts, ne comprenait pas ses rancunes, ne parlait plus la même langue : où donc aurait-on trouvé chez elle les représentants de ces chevaliers qui, au xv^ siècle, avaient réuni autour d'eux les premiers combattants ? L'historien Paul Skala, très bon protestant, n'éprouve que terreur et dégoût pour « cette racaille des faubourgs, cette populace des champs » ; la plupart des émigrés partageaient les mêmes sentimeats, ahuris par tout ce tapage, froissés dans leur délicatesse par ces violences furibondes. Ils subissaient la peine de leurs fautes : ils avaient réclamé des privilèges exclusifs, dédaigné la foule, et maintenant que cette foule seule pouvait les défendre, ils balbutiaient devant elle, effarés et dégoûtés. Puis, chez beaucoup d'entre ces revenants, les souffrances trop dures avaient tué la force d'agir et d'espérer.

On en eut une preuve étrange dans l'imposante cérémonie qui fut organisée le 3o novembre i63i pour ensevelir pieusement les restes des suppliciés de 1621 : soixante-six pasteurs s'agenouillèrent devant l'autel de l'église du Tyn, entourés d'une foule recueillie de fidèles accourus de toutes les parties du royaume pour rendre un dernier hommage aux illustres martyrs. Après la cérémonie, on chargea la piété de quelques protestants de confier à la terre ces restes sacrés : aucun catholique ne devait savoir l'endroit où les vaincus trouveraient enfin l'éternel repos ! C'est que ce qui dominait, c'était l'impression de l'incertitude; l'on se hâtait de jouir d'une éclaircie que l'on doutait qui fût longue : les nobles rentrés dans leurs domaines s'abandonnaient au charme du repos entre deux longues et

I. Tchélakovsky, dans son travail, si remarquable, sur le retour des émigrés en i63i, me parait avoir exagéré la responsabilité de l'Électeur et des Saxons; même livrés à eux-mêmes, les émigrés n'auraient pas prononcé les paroles d'émancipation qui auraient pu entraîner le pays.

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