‹ La boisière drame en cinq actesChapitre 34 sur 65 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

Les Mènrs, MARGL'F.lUTE.

marguerite, sortant de droite sans les voir .

Cette petite croix que j’ai retirée de ma commode, complétera son costume. {A percevant Jeanne.) Jean do !... comment, l'es pas encore partie, mon enfant?

JEANNE

Non, ma mère.

MARGUEMTR.

T’as donc voulu m’attendre, chère petiteT... Tiens, ▼“là pour ta peine. ( Elle hii donne une petite croix. Payant que Jeanne ne se détourne pas.) Eh ben ! v’Ià tout c’que lu me dis, toi qui ambitionnais uu bijou depuis si longtemps... mots donc celui-là b ton cou, et partons pour la fête.

je AM s e, olant sa capuche.

La fête... j’veux pas y aller.

MARGUERITE

Pas y aller... et t'ôtes ta capuche.

JEANNE

Oui, c’te coiffure-là... elle est ridicule.

MARGUERITE

Ridicule ?... Ahl...

JKAKMP.

Voua voyez bion qu’elle ne m j vu pas ; elle est trop grande.

MARGUERITE

Dame I j’ai pas eu le temps de l'arranger à la mod- d’aujourd’hui, faut pas m’en vouloir... je n’ai pu travail -<r qu’a In r be. {Apercevant Jeanne, qui se deshibille.) Eh beu 1 qu'es l-ce que tu fais donc là?

JEANNE

Cette robe ne me va pas non plus... et puis, cotte ctoffo-là, elle est ridicule aussi.

MARGUERITE

Oh !... et moi qui avais cru... [Elle dépose la croix sur la table .) Jeanne, qu'ctt-ll arrivé pendant mon absence, pour que tu sois changée ainsi?... t’étais si contente tout & l'heure.

JEANNE, reprenant ta vieille robe.

Cette coiffure, cette robo, c’est pas mon affaire... ma véritable toilette, la voilà... ma robe do laine, ma robo de travail... au moins, celle-là n'est pas ridicule.

Jeanne, je vois ce que c’est... les filles du pays t’ont jalousée.

JEANNE

Non, elles n’oni rien dit, c’est moi qui ai compris que j’étais trop pauvre pour porter {avec ironie) un si beau costume, car je ne suis qu'une fille qui ramasse du boi9 dans la forêt... c’est mon état, et je suis condamnée à le faire toute ma vie.

Marguerite.

Damel ma pauvre fille, moi, j’poux pas t’en donner un autro,.. tout ce que je peux te dire, c’est de ne pas travailler; et tout ce que je peux faire, c’est de travailler pour nous doux.

JEANNE, elle passe devant ta mère

Et vous pensez quo j’aurai re cceur-lè ?... Non, et si l’état est trop pénible pour moi-, plutôt que do vous ôtru à charge... eh ben!... je... m’en irai... à Saint-Sauveur... je me mettrai en service... Mariette l’a fait... et elle gagne six écus par mois. {Elle remonte au lit.)

margceritr.

Oh! Jeanne... il y a quelque chose là-dessous ; tu ne me parles pas comme à ton ordiuaire, tu rno caches quelque chose ?

JEANNE

Eh boni oui, là... C’est pas à Saint-Sauveur que je veux aller... c’est à Farts.

Marguerite, naïvement.

A Paris... mais t’e* folle, Jeanne.

JEANNE

Folle?... non, ma mère, non... mais j’peux plus vivre ainsi... fveux aller à Pari».

A Paris... mais qu’y feras-tu ?

bellotte, s'avançant.

Ce qu’eUe y fera?.., purineu I tlle y fera fortune... comme mot... j’ai déjà une place de lectrice chez la tante de monsieur

de...

MARGUERITE

Laisse-moi tranquille, toi. ( Bellotte remonte ait fond étt silence. A Jeanne.) Jean or, tu vont me quitter! .. Ah I il y a déjà quelque* jours que to forme* ee projet-là... et v’ià pourquoi t’étais si triste, si pensive.

JEANNE

Ma...

MARGUERITE

Ne réponds pa9, ne répond* pas., si ce n’est pour me dire que je me suis trompée... que c’est pas ta pen-én ( Un silence. Marguerite lui prend la main et lui dit doucement.) C’est dono vrai, tu veux me laisser toute seule ici?... Oui... O mou Dieu! mou Dieu!...

JEANNE

Md mère!

bellotte, à Marguerite.

Mais ne vous laites donc pas de chagrin comme ça... Jeanne aura une excellente place... {Bus à Jeanne.) Du courage !... (Haut. ) Voyons, mère Marguerite, faut penser à tout... Jeanne u’esl pastres-forie en santé... ce métier pourrait bien tourner à mal pour elle, tandis qu’à Paris...

Marguerite, sans l’écouler , à Jeanne.

Et... quand dois-tu partir ?

BELLOTT&.

Ce soir mémo.

MARCUF.R1TB.

Ce soir... ce soir... mais c’csl tout à l’heure ce soir... sitôt que ça ?... sitôt que ça ? (EUe éclate en sanglots et tombe sur la chaise près de la table. )

B KL LUT TE et JEANNE.

Marguerite! Ma mère 1

marguerite.

Ne vous effrayez pas, ça se passera. Je pleure plus... je pleure... {Essuyant une larme.) Ah ! encore une larme... mais c'est In dernière !... C’est que, voyez-vous, on ne peut pas se faire comme ça tout de suite... à l’Mée que... quand toute sa vie ou avait pensé... c’élait de l'égoïsme do ma part... C’est vra : , quelle est bien frêle, bien délicate...

JEANNE

Mère, pardonne-moi I...

marguerite.

Oh ! j’sais bien qu’en l'ut; priant bien fort, tu resteras près de moi... mais c’est Uni maintenant, tu serais malheureuse... et moi je me reprocherais de te voir souffrir... T'as raison, Jcauno, il faut partir...

jeanne, à part.

Mon Diout... cette pâleur!

marguerite.

Au moins lu m’aimeras tout île même?

Ma mèro !...

MARGUERITE

Ft tu ne pourras pas le dire : Ma mère n’a pas su m’aimer pour tnoi... (Elle cache sa tile dm h ses mains.)

jeannb, à part.

Oh! c’est trop! c’esttrop !... (Elle tombe sur le dos de la chaise où est sa mère.)

RBLLQTIR, bas. ~~

Viens, viens. ( Elle ienlraine vers sa chambre.)

jeanne, en s'en allant, à part.

Oh T mère! mère f bien' ôl ie pourrai le faire partager mon bonheur. (Ils sortait à droite.)

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