‹ La boisière drame en cinq actesChapitre 39 sur 65 · SCENE n · texte numérisé non relu

SCENE n

GRINCHEUX, RENÉ, JEANNE, Un Doeestique, puis SAINT- LAURENT et HENRI.

grincheux, les apercevant.

Ah! voila monsieur Npirel «.t Jeanne... Dieu! est-elle joli# ! dire que si j’avais pu en cajoler une autre que BelloUe!

LA BOIS 1ÈRE

hfnü, ail domestique en lui donnant «on paletot,

La .voilure pour onu heuics. (Jlsori. J Jeanne.) III» bien I tous scutex-vous mieux?

JRANNK.

Non, mon ami, et Je fuis lâchée d’être venue aux Italiens.

Rtxi

Nous no pouvions nous en dispenser, Jeanne. C’ost aujourd’hui la rentrée do la Grisi, ol tout Paris doit y être.

ika n ne, souriant et allant à leur loge.

Il faut donc se résigner. (La porte et referme. Grincheux a repris sa promenade. On entend aee murmures d'admiration dans ta salle.)

saint-laürbnt, arrivant rivement, suivi d'Henri.

Qu'est-ce quu c'est que < e bruit-là ?... est-ce que la Grisi a inventé une huitième note?

iiENiti, qui s'est mis au carreau de la loge de Jeanne.

Eh ! non, mon cher, c’est tout simplomeut l'entrée do la belle Jeanne qui fait son effet ordinaire.

ttltlNCHHOX.

Décidément les jambesme rentrent dans le ventre ! Ah! cetlo banquette ! de là, je verrai tout de même. (Il disparaît un tnsfunl h droite.)

saint-laorrnt, qui s’est mis au carreau.

Tu as pardieu raison !... ventre saint-gris! «Ile est plu» belle quo jamais, et tout aussi triste. (71 prend la main J Henri.) Henri, tu me croiras si ta veux, mais je donnerais volontiers dix années de ma vie et quinze do la lionne pour quelle n’aimât pas ce Réné Noirel.

Rio ai, riant.

Jo conçois cela, parbleu I uioi, pour être aimé d’elle, je donnciuis volontiers ta vie tout entière.

saint- Laurent, avec regret.

Ah ! qui m'eût dit qu’un jour je regretterais d'avoir été toute ma vie un affreux garnement et d'avoir dévoré en cinq ans l'héritage do mes pères... Si j’avais encore tout ce que jo n'ai plus, Henri, j’aposlerais ici des hommes masqués jusqu’aux genoux et armés jusqu’aux dents ; jo la forais enlever, et j'iraifl vivre avec elle dans une des Iles de l’Océan Pacifique.

RRERI.

Viens donc ontendre le premier acte.

SAINT- LAURINT.

En ce moment, je serais capable d’un acte insensé, mais non d’entendre celui-là...

benri.

Allons, voyons, tu es fou.

saint-Laurent.

Dis que je suis enragé contre lo bonheur de ce paysan dégrossi, de cet homme des bois ! C’est qu’en vérité, il y a, dans son aventure, un piquant que jen’ai jamais rencontrédans toutes mes caravanes... Cette enfant naïve qui, il y a trois mois cncoto, faisait des fagots comme Sganarello, et qui, de mémo quo celui ci est devenu médecin malgré lui, est devenu» malgré elle, et par amour pour ce drôle, la plus ravissante créature de la métropole (vieux style); c’est à se faire sauvage, c’wi à dîner à quranto sous! (Passade (ft»n monsieur et d'une dame.)

HENRI

Allons, voyons, tu trouvera* des consolations... Il y a encoro à Par» quelques femmes qui la valent bien.

SAINT-LAURENT

Ne dis pas cela, ou je te cloue à la porte do sa loge; je lui envoio ta tête dans un bouquet de camélias.... Tieus, c'est une idée.

hknri , riant.

Platt-il?

saint-laorebt parle bas à r ouvreuse de gauche.

Les camélias seulement. (Un valet entre; Saini-J.aurent lui donne sa bourse.) Tiens, Félix, erève tous les chevaux que tu ronronneras, et rapporte- moi un bouquet gros comme... comme mademoiselle Üellotte Taupier... (Au caiei.) Tu la connais?

Ll DOMESTIQUE.

Oui, monsieur. ( Fausse sortie.)

SAINT-LAURENT

E‘i bien, règle- toi là-dessus... (Le rappelant.) Ah! s’il coûte moins de cinq louis, jo le i liasse, l Le valet sort.)

binrj, riant.

Ah! ah! ah!

SAINT-LAURENT

Pourquoi ris-tu?

ramu

Ah ! «ht ah! c’est parce que je pense qu’il y a trois mois, tu as eu la malheureuse idée de riro de la pauvre petite rube de Jeanne Provins.

saint-laurent, avec colire.

Ne me rappelle pas cela, Henri!... Apres tout, bah I tout est pour le mieux dans le meilleur des monJes ; car ai je n'.ivais pas ri de la petite paysanne, la petite paysanne n’aurait pas eu, peut-être, les désirs ambitieux que mes railleries ont allumes en elle. Jeanne Provins aurait encore ses petits pieds dans de gros sabots, et je ne pourrais jamais l’aimer.

HENRI

C’est égal, elle te garde rancune, sans doute, et si quelque jour tu veux mettre ton cœur trop près du sien, elle te jettera au nez la robe à ramages et la capuche des anciens jours.

SAINT LAURINT.

Non, non... elle me pardonnera... Je ferai tout ce qu’elle voudra... j’irai au bois en sello française, je porterai des gilets rouges, je chanterai des romances, je forai une tragéJie... Je me montrerai en loge découverte avec mademoiselle Üellotte Taupier!.». Je lui donnerai mille preuves de mon repentir, je lui donnerai même mon nom, si elle veut. (Passade d un Mon sieur ou» lorgne toutes Us loges par les carreaux, en sautillant d'une looe à l'autre. Ils sont étonnés de voir cet original et continuent leur concertation.)

HENRI

Comment! ton nom?...

SAINT-LAUREAT.

Eh oui! parbleu I... Je suis fumé, c’est vrai, mais j’ai du crédit... et puis, moi aussi j'ai des oncles qui mourront quelque beau matin... Et en attendant, eh bien ! après tout, je suis marquis, moi, sans que ça paraisse, et elle sera marquise-,

HENRI

Oni, quand tu auras tué l’autre d’un bon coup d’épée, au sortir de l’Opera, sous uii réverbèro.

SAINT-LAURENT

Quel autre?

HENRI

Eh ! le mari, parbleu!

Saint-Laurent.

René? René Noirel?.. Mais il n’est pas son mari.

HENRI

En vérité?

SAINT-LAURENT

Mais non... et c’est encore une conséquence de notre voyaget La comtesse avait dit par malice à René que Jeanne l'épousait pour sa fortune; et René, par suite de son orgueil habituel, a voulu lui prouver /e contraire, et alors ü a enlevé la petite... tout bonnement... C’est lui-même qui nous a raconté l’anocduto, à la comtesse et à moi, l’autre jour, au pavillon d'Ermenonville.

HENRI

Très-bien... Alors lu esnlaus iou droit.

saint-Laurent, ils se promènent.

Parbleu I et j’en userai I... J’espère bien qu’un jour ou l'autre René va retomber aux genoux do la comtesse.

HENRI

Tu crois ?

SAINT-LAURENT

C’est évident!... il la déteste trop aujourd’hui pour ne pas l'adorer demain... Et alois... mais je n’aliendrai pas jusque-là pour troubler le bonheur insolent de ce Noirel, car il les a tous, ce villageois!... Tu ne sais pas ce qu’il a fait depuis un mois?

HENRI

Non.

SAINT- LAURENT

René, sachant que la connexe uossédait un homme d'affaires des plus intelligents, qui jouait à la Bourse pour elle et lui faisait gagner un argent fou, s'est mis à jouer le même jeu quo son ennemie et y a gagne plus de cent mille francs... La comtesse est furieuse.

nm.

Je le crois bien, car René ne lui a pas pris que son homme d’affaires. (Musique au fond. Deux Messieurs passent, saluent Henri et 5auW-7.aureAt, qui le leur rendent.)

SAINT-LAURENT

Non... il lui a pris tous ses ad. mm tours et les a donnés à «a maîtresse; il lui a enlevé tous ses habitués ut en a rempli scs salons, si bien quo ceux de la comle.se sont déserts. Tous les

adorateurs de Louise de Maronnes aonlattelés maintenant h la calèche de Jeanne... Son album déborde, on fait queue h son petit lever. Tous les peintres veulent faire son portrait, et un certain monsieur s’est quelque poil pendu pour elle .. C'est prodigieux. et je t’avoue que chaque matin je m’attends à apprendre la mort violente de Louise de Marennes. [Ils rient et remontent.)

HENRI

Voyons, rentrons-nous T le duo va commencer.

SAINT- LACHENT.

Oh! ce n’est plus la peine; laisse-moi dévorer encore des yeux un coin de ses blanches épaules. (Il colit son regard au carreau de la loge. On entend le duo de la Norma. Pendent le duo partent un Marchand de lorgnettes, une Bouquetière, deux Domestique* qui écoutent aux portes des loges, deux Spectateurs, (jn Domestique vient prendre un bouquet à la Marchande, qui cause avec les Ouvreuses, qui se sont réunies à gauche. Grincheux est venu s'asseoir sur la banquette de droite et finit par s'endormir ; il est réveillé par les applaudissements ; tout le monde a circulé de droite et de gauche , sauf Saint-Laurent et Hen ri } près de la loge de Jeanne.)

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