‹ La boisière drame en cinq actesChapitre 43 sur 65 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

SAINT-LAURENT, HENRI, RENÉ et JEANNE, puis RAOUL, puis MONTFLANQUIN et LOUISE.

SAINT- LAURENT, entrant.

Jeudi dernier, au bal de la comtesso?... oui. Oh! Henri el moi, nous avons (ait lo tour des salons.

HENRI

C'était fort triste.

rené, content.

Ab! vraiment?

HENRI

Il n’y avait pas une femme vraiment belle.

sa int- Laurent, galamment.

Madame n’y était pas. (On s'inclina faiblement. — On est arrivé au milieu de la scène.)

rené, acre aigreur.

Madame de Marennes ue nous a pas fait encore l’honneur do nous inviter à ses fêtes. Jo no suis pas assez noble.

HENRI

Et madame est trop jolie.

ieannb, avec embarras.

Je crois quo j'entends l'ouverture.

rené. . v -

Vous vous trompez... (Aux jeunes gens.) Messieurs, je vous retiens pour après-demain, ou doit sauter chez nous, ne l’oubliez pas, je vous en prie. *

HENRI

Ah ! diable ! nous sommes encore invités chez la comtesse pour ce jour-là.

REüi.

Ah!

SAINT-LAURENT

Oh! nous ne ferons que passer chez elle, et nous volerons chez vous. (Louise et Montflanquin sonl arrivés sur 1rs derniers mots que Louise a entendus.)

HENRI, bas.

Prenez garde! voici la comtesse. (Ils saluent Louise quand elle passe et causent awc René.)

LA BOlSIêRB.

Loirrss, $ann s'arrêter.

Monsieur... de Saint-Laurent?

saint-la urent, OMC empressement.

Comtesso? {Louise ra du côté de ta loge. Saint-Laurent est obligé de la suivre. )

Louise, cherchant.

Vous no pourriez pas me donner... des nouvelles do )a duchesse de Mondiennes?(/> domestique de Saint-Laurent apporte un bouquet mat/nifique, et Saint- Laurent fait tous set efforts pour que V on tu le voie pas.)

saint-Laurent.

Non, non, comtes se, mais (virement) monsieur de Fontenay doit en avoir d© tontes fraîches, je crois ; je vais vous l'envoyer.

<* salue et reioint le groupe en prenant te bouquet des mains du I domestique. Le domestique sort.)

montvlanquiiv.

C’est un prétexta.

Louise, avec dépit.

Je 1© sais bien. (Jeanne est entrée dans le salon arec René.) saint-Laurent, venant offrir son bouquet À Jeanne.

Madame, permeitez-moi... c'est on tapis de chez Provot... (Il le met sous les pieds de Jeanne.)

JBaX.\E, honteuse.

Monsieur I

rené, sur le seuil de lu loge.

Ce cher Saint-Laureni, grand seigneur jusqu’au bout des ongles ! •

uenri, à fui Saint-Laurent a parlé bas, se renden riant d la loge de Louise.

Ah! ah! ah! c’est charmant I

LOUISE

Qu’y a-t-il donc, monsieur de Fontenay?

HENRI

C'est Saint-Laurent, qui a si bien caché dans les fleurs les pieds de madame Noirci, que l’on ne peut plus les retrouver.

Louise, rire forcé.

Ah ! vraiment.

HENRI, cherchant.

Il me semble, comtesse, que j’avais une nouvelle sur moi en menant ici.. . Ah ! je sais... il s'agissait de la duchesse de Mondiennes... le l'ai vue hier... elle est verte.

LOUISE

Comment?

■KMU.

Depuis qu’elle a vu l'attelage de madat -c Noirci... (/liant.)

Le médecin ne répond pas de ses jours, zi la belle Jeanne s'obstine à avoir des chevaux si fringants et des diamants si bien montés.

LOUISE, avec intention.

Qu'ello attende un peu pour mourir.

Henri, saluant.

Madame... au revoir, Moniflanq an... (Il sort.)

MONTFLANQUIN.

Décidément c'est la retraite des dix mille.

Louise, avec menace.

Ils me le payeront... Ah! monsieur Jolivet! ( Jolivet s'arrête à la porte de ta loge. ) Lais? 2 -moi, IBMISti UI de iVloiilflanquiu, j’ai 5 parler u cours de la rente. Pendant co temps, vous, de voire côté, allez reudro visite à mademoiselle Belloile.

Allons. (Il sort de la loge. — Ju'irel reste sur le seuil. Aloniflanquin ra frapper à la parle de Be.lotte.)

grincheux, entr' ouvrant la porte , a part.

Montflanquin! (Haut.) Madame n’y est pas. ( Il referme la porte .1

MONTFLANQUIN, riant.

Ah ! ah ! ah ! c'est fort singulier ! ali t ah 1 ah ! (Il va d la loge de Jeanne et te tient sur U seuil. — £ainl-£aurcj.* t<t entré.)

montflanquin, riant.

Vous ne savez pas une histoire charmante;... Je suis consigné. (Il sort eu riant parla droite.)

SCI NE VI.

LOUISE, JOLIVET, ci gauche, Les Autres à droite.

LOUISE

Eh bien ! monsieur Jolivet ?

JOLIVET

Eh bien! madame la comtesse, je vous avais prévenue... en

achetant h cinq cent soixante-quinze... la rente remontée par les nouvelles d’IU'ip a loin J» coup fléchi... Vous perdez cent suixante-ciuq mille francs... ma conscience est sauve... J’avais eu l’honneur de dire à madame...

LOUISE

Je no vous fais pas de reproche, monsieur Jolivet...

JOLIVET

Non, sans doute, madame, et monsieur René ne pourra pas m'en faire non plus, car, lui aussi, je l’ai averti qu’il su perdait, mais il n’a rien voulu entendre... J’ai confiance, a-t-il dit, dans le jeu de la comtesse do Maronnes.

LOUIkE.

Ainsi je perds cent soixante-cinq mille francs, et lui. ..

JOLIVET

Deux cent quinze mille francs, madame.

louise, nam.

C’est donc cinquante mille francs que je gagne...

jolivet.

Je ne comprends pas, madame.

louse, riant.

Je le croîs bien, main ça m’est égal... vous n'avez pas besoin do comprendre. Vous avez sur vous le cours delà Bourse...

jolivet, le lut donnant.

Oui, madame, le voici...

LOUISR.

Trts-bien... quels fonds monsieur René avait-il chez vous?

jolivet.

Deux cent vingt mille francs, madame.

louse, d part.

Par vanité il a dû placer chez cet homme toute sh fortune... il est ruiné!... (Haut.) Monsieur Jolivet, monsieur Hene arrive delà campagne... il n« doit rien savoir encore, cl, m vous m’en croyez, si vous tenez à m'étre agréable, vous ne lui appieudrez pas ce soir cette fâcheuse nouvelle.

jolivet.

Soyez tranquille, madame, j'aticnds toujours au dernier moment pour ces sortes de choses.

LOUISE

Au revoir.

jolivet, saluant.

Madame la comtesse ! (Il co frapper d la porte de la loge de Belloile.)

grincheux, ouvrant.

Mademoiselle Belloile n’y osL,. (A part.) Oh! celui -Ih, il est laid, il peut entrer. (Jolivet entre. Grincheux referme la porte et sort par la droite.)

Louise , dans sa loge.

Ah ! René Nojrel... sans vous en douter, vous mettez r© «oir le pied *ur la première marche de mon escalier.

rené, sortant de sa loge.

Excusez-moi , messieurs.... mais je dois une visite b la comtesse.

saint-laurent, descendant un peu.

Vous allez retourner le poignard dans la plaie.

henri, de même.

C'est une visite de condoléance.

SAINT-LAURENT

Attendez cinq minutes, du moins,., l'orchestre jouera une marche funèbre.

rené , frarrrsanf le théâtre arec Saint- Laurent.

Saint-Laurent, je vous confie madame Noirel.

SAINT-LAURENT, à art.

Le fat!.,. (Haut.) Je vous piévions que je vais lui faire ma cour...

rené.

À ma femme?

saint-laurent, riant.

A votre femme 1 oui.. .

RENÉ, se contenant.

Dépêchez-vous donc... car je rêvions tout de suite.

SAINT-LAURENT

Jo mettrai les comphm doubles. (// retourne dans la loge de Jeanne. René se dirige ter» celte de Louise.)

LOUISE, à part.

Le voilà... Attention... (Beuc entre dans la loge de Louise. On

LA B0IS1ÈRE

voit Jeanne et Saint- T, mirent seuls dan» Vautre. Henri s'éclipse tur «n sÿne de Saint-Laurent.)

henri, bas à Saint- Laurent.

Bonne chance, mauvais sujet. Il sort.)

rené, saluant Louise.

Madamo la comtesse Louise de Marennes veut-elle permettre à son très- dévoué serviteur do lui présenter ses respectueux hommages?

LOUISE

Comment donc, monsieur René Noirel.... Ce n'est pas une raison parce que nous sommes ennemis jurés pour manquer aux devoirs de la politesse.

r uni.

Excusez* moi si je ne me suis pas présenté plus tôt; je croyais la loge do madame la comtesse remplie de ses nombreux admirateurs.

LOU iss.

Ils no sont plus sur mes terres, ils chassent sur les vôtres.

RENE

Mon Dieu, madame, croyez-bieu que Jeanne (ail tout ce qu elle peut pour vous les renvoyer.

LOUISE

Mais... ils ne veulent pas revenir, je comprends cela... Ahl vous disiez vrai, lorsqu’il y a trois mois, vous prophétisiez son triomphe, il est éclatant... et justement monté.

RENE

Une seule chose m’étonne dans tout ccd, comtesse. .. Comment se fait-il que vous, une femme d’esprit, vous ayez pu commettre la faute (faute bien grande puisqu'elle m’a frappe... moi, un paysan I) de ne point inviter Jeanne à vos fêles, à vos réunions? Vous paraissez lui garder rancune... mais vous le savez, dans le monde on peut détester les gens... mais non pas en avoir l’air...

LOUISB.

Mon Dieu t j’allais le faire lorsque vous avez eu la .. bonté de nous dire que Jeanne Provins n’eiait pas votre femm< i . . . légitime... et alors, dame!., vous comprenez... mes amis m'auraient jeté la pierre. [Ils parlent bas.)

baint~laurent, A Jeanne.

Mais, madarno, je ne plaisauto pas, foi de gentilhomme !

JEANNE

Vous profitez un peu trop peut-être, monsieur, de la permission que monsieur Mené Noirel vous a donnée.

SAINT-LAURENT

J’ai parbleu bien besoin de sa permission !

jbannk fait un mouvement pour se lever.

De grâcoi...

SAINT-LAURENT

Prenez garde I vous allez attirer l’attention de tous ces genslà I...

JEANNE

Cessez donc une plaisantent) qui m'offense.

SAINT-LAURENT

Mais ce n’est pas une plaisanterie... jo vous adore.

JEANNE

Retirez-vous... au nom de mon mari !

SAINT-LAURENT, à part.

bon mari!... ah! ab' ahl... pour une fille des champs, olio a de l’aplomb! ( Ils parlent bas.)

LOUISE

Ah ! Mené, vous êtes sans pitié 1...

RENÉ

Je suis voue exemple, madame.

Louise, riant.

Ah! ah! ahl que vous m'amusez 1 . . Tenez, je veux bien, pour vous eu récompenser , vous apprendre... une nouvelle... toute fraîche.

RENE

Voyous.

Louise, très-calme.

Moue Noirel, vous êtes ruine.

RENE, *« levant.

Ruine!

LOUISE

Tenez, voici le cours ue ht bourse.,., ça s'imprime aujourd’hui.

RENÉ

Ruiné t ( Il froisse le papier, et se tient sur le seuil de la loge.)

LOUISB.

Vous vous obstiniez à suivre ma fortune... eh bien ! j'en ai profilé pour vous faire faire fausse roule... Mon cher ami, je perds cent soixante-cinq mille francs sur le coup que je viens do jouer; voulez- vous que je continue f

Madame!...

LOUISE

No deviez-vous pas donner un bal dans quelques jours ?... eh bien ! il aura lieu dans les bois de Saint-Sauveur... une fête aux flambeaux, ce sera plus original.

rbnB, à part.

Oh I cette femme eat mon mauvais génie !

LOUISE

Heureusement, il vous rosto les diamants de mademoiselle

Jeanne...

RENÉ

Que dites-vous?.»

LOUISE

Je dis mademoiselle, parce qu’elle n'est pas mariée! rené, avec un mourrmml.

# Madame! [A part en descendant en seine.) Ruiné! ruiné!... (Les autres jeunes gens rentrent en ce moment.)

jeannb, sortant de sa loge, à Saint- Laurent.

Laissez-moi, monsieur, je ne puis en entendre davantage.

SAINT-LAURENT

Un mot encore, Jeanne.

JEANNE

Vous m'insultez, monsieur! ( Apercevant Rend.) Uhl René...

SAINT-LAURENT, à part.

Je n’y comprends plus rien.-.

RENÉ

Qu’y a-t-il? qu’avet-vous, Jeanne?

JEANNE

Rion... mais partons! parions I

RKNÉ, allant à Saint-Laurent.

Monsieur de Saint-Laurent, me direz-vous ce que cela signifie?

SAINT- LAURENT

Mais je... Ahl ma foi , monsieur!.», je ne sais pas mentir... j’ai l'habitude de jouer toujours cartes sur table, dût ma vio fitro l’enjeu de la partie... Monsieur René Noirel. je vous l’ai dit, je suis amoureux fou de mademoiselle Jeanne Provins.

jbanne, à part.

Mademoiselle I {Mouvement de René.)

SAINT-LAURENT

Et tout à l’heure, emporté par un vertige dont je n'ai pas été maître, j'ai mis à ses pieds mon amour et les armes de ma maison... c’est tout ce que je possède... mais je dois l'avouer, mademoiselle Jeanne a préféré au titre de marquise, le titre si doux de votre maîtresse. {La Comtesse est sortie de sa toge, donnant le bras à Moniflanqvin. Ils descendent en seine.)

rené, bat.

Monsieur... taisez-vous !

JEANNE

Sa iiiatiresse I Pardon, monsieur, est-co que vous ne venez pas de dire qu’au litre de marquise, que vous m’offrez, je proférais le titre de maîtresse de monsieur Noirel?

SAINT-LAURENT

Oui, madame.

JEANNB.

Sa maîtresse, moi! ah çà, est-ce que je deviens folle?... René, vous ne dites rien?...

SAINT-LAURENT

René n" me démentira pas, jo pense : c’eai lui quia déchiré lu voile qui couvrait vos amours.

JEANNE

Luit

rnnE.

Monsieur !

iaikt-laurent.

El devant témoins. ( A Louise.) lYetiez-vous pas là, madame la comtesse?

LA BOIS! ÈRE

louisb , te défendant.

Mais...

JBAKNF.

Oh! parles, madame 1 (Louise se détourne «on* répondre. La musique reprend en sourdine jusqu’à la fin de Fade.)

jrannr, à René.

Vous ne dites rien?... Mais alors! c’est donc vrai?... vous aves osé... Oh! c’est infâme!

louisb, à part.

Je comprends tout! (Elle tort par la droite avec Montfianquin.)

Jeanne •

Ainsi, depuis trois mois... depuis que je suis dans voire ville maudite, je passe pour une fille perdue! Depuis trois mois, on me montre au doigt, en disant : C’est Jeanne Provins, la petite paysanne, qui a quitté sa mère et vendu son honneur pour dos diamants et un équipage. C’est me faire payer trop cher fin • suint où j’ai été sur le point de tout quitter pour vous suivre. (Louise et Mon'flanquin reparaissent en scène. Jeanne prend U iras de René.) Mais di les-leur donc, monsieur, qu'un cri de ma mère m’a retenue; di les-leur donc enfin que je suis votre femme.

rené , accablé.

Jeanne!

jbannr, arec des larmes , mais avec force.

Diles-lo, monsieur... je le veux... je l’exige!... (René, accablé , baisse la tête. Silence. )

SAINT-LaURENT.

Madame pardonnez moi si j'ai pu vous outrager... (// René.) Monsieur René Noire!.. . on ne met pas un galant homme dans une si fâcheuse position... et je vous le dis à regret : votre mensonge est le fait d'un misérable !

r F. vh , se redressant.

Monsieur de Saint-Laurent t...

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