‹ La boisière drame en cinq actesChapitre 51 sur 65 · MARGUERITE, JEANNE · texte numérisé non relu

MARGUERITE, JEANNE

Marguerite, l’embrassant de nowreaw.

M» fille!... ma Jeanne! tu ne m’attendais pas, hein ?. . .(Ton* boni assise.) Ouf!... mes pauvres jambes, elles no sont plus habituées à porter ce bonheur-là.

jbannz, à genoux près Je sa mère .

Ma mère!

MARGUERITE-

Laisse-moi le regarder, t’admirer tofft à mon aise ! Ah çà! on dirait que t’as les yeux rouges et que t’es maigrie.

JEANNE

Tu trouve»?...

MARGUERITE, SOUrtanf.

C’est les fêtes, hein?. . . Ah! le soleil de nos champs brûlo moins les couleurs que Iss quinquets de vos salons. ( Changeant de ton.) Tu no sais pas? eu venant, je me disais : ils auront peut-ôtre été danser à c’te nuit, il est encore de bonne heure, et ils seront sans doute à dormir rommn des petits saint Jean ; mais, ma foi, je n’y tenais pas, je suis venue tout de môme.

Jeanne, regardant du côté de la chambre à droite avec une in^uidtude qu’elle cherche à dissimuler.

Tu as joliment bien fait.

MARGUERITE

Et puis, j’ai eu une autre idée... Ah ( mais celle-là. . . c’est. .. c’est une mauvaise. . . j’ai pensé malgré moi.. . mais ça n’a été qu’un éclair, j’ai pensé au voyage de la pauvre vieille Noirel et je me suis dit : s’ils allaient me mettre à la porte.

jeanne, plus troublée.

Ma mère!...

Marguerite, riant.

Hein !. .. est-ce bête... (//embrassant.) Oh ! mon bijou 1 tu ne m’en veux pas... hein ?

Oh!

Marguerite, jaiemenf.

Eh ben ! donne-moi un verre d’eau...

JEANNE

Tout de fuiU'.fEUe court au buffet , interroge en cachette de Marguerite plusieurs bouteilles vides. Pendant ce temps Marguerite a jeté un coup d'œil dans la chambre.)

margurrite.

C’est drôle... (Uauu ) Et les affaires ça va toujours bien, n’estce pas?

Jeanne, arec honte.

Oui.

marguerite, à part, rassurée.

C’est qu'ils placent de l’argent.

jeannb, avec embarras, en lui présentant un verre d’eau.

Dis donc, ma mère, je no veux pas que tu boives de l’eau.

marguerite.

Mais, moi je ne veut pas boire autre chose.

jkanne, lui tendant le verre .

Tu a’as pas chaud ?

LA BOISrtnR

marguerite, « levant .

Non, non. .. Ah? me voilé tout il fait bien... mais ce n’est pas ! tout ça, j'ai quelque chose é te dire.

JEANNE, toujours inquiété.

Quoi donc T... (A part.) Si René pouvait s’en aller par l'autre porte.

MARGUERITE

Dons toutes tes lettres tu me dis que ton mari est bon, dévoué, aimant 1... et, ma foi! à la fin ça m'a donné une idée, ça a été long, nv'is enfin ça est venu. Tu me disais aussi que René cherchait tous Us raoyons de te rendre heureuse, eh bien, j’y en apporte un de plus, moi, Jeanne, nous ne nous quitterons plus. (7tann« inquiète la regarde sans parler.— A\ «un* joie contenue et à demi-voix.) Je viens vivre avec vous. Ah! je ne vous serai

r as h charge, je suis encore forte, tu renverras ta servant et je i remplacerai... je ferai tout ce qu’on voudra, tout puur ne plus te quitter... tu sais?... les vieilles gens, quand ça a une idée en lôte... et dame, s'il me fallait encore me séparer de toi... JEANNE.

Ma mère?

MARGUERITE

Ah ! je no dis que des bêtises, je parle; je parle : à ton tour, mon ang» chéri; mais d’abord, laisse-moi le manger un peu. {Elle l'embrasse.) Où est ton mari? est-ce qu’il est déjà aile travailler?... hein?... non?... eh ben ! alors... Ah çé, mais, qu’as-tu donc?...

Jeanne, avec douleur.

Oh t je ne peux plus ! je ne peux plus!...

MARGUERITE

Ah! mon Dieul Jeanne... qu’y a-t-il?

11 y a, ma mère, que votre fille est bien malheureuse I

MARGUERITE

Malheureuse!. .. toit...

JEANNE

Ma mère!... j’aurais voulu vous le cacher plus longtemps, mais je n’en ai plus la foice!. ..

MARGUERITE

Malheureuse!... mais tu me trompais donc alors... quand... dans tes lettres... tu me disais... (EUe sanglotte.)

JEANNE

René ne m’a jamais aimée, et il me hait aujourd’hui... tout h l’heure une scèno affreuse... ,

MARGUERITE

Pauvre enfant...

JEANNE

Je ne le vois plus. . . je vis toute seule ici... & pleurer et é l’attendre ; voilé ma vie, nia mère.

MARGUERITE

Ce que je craignais est arrivé.

JEANNE

Oh ! c’est ma faute, je le sais, c'est ma faute ; et & cette heure je n’ai pas le droit do me plaindre et de pleurer dans tes bras. Marguerite, la serrant contre son e/xur.

Pas le droit?... Mais si mes bras l'étaient fermés, qu’est- ce qu’il te resterait donc, pauvre enfant?

Il me resterait à mourir, ma mère.

Maroc? rite, éclatant en sanglots.

Mon Dieu ! mon Dieu! qu’est-ce que je vous ai donc fait?...

jeannk, avec effroi .

C’est René... je l’entends!...

MARGUERITE, SES lartMS

Je vas lui parler.

JEANNE

Non, pas aujourd’hui... domain.

MARGUERITE

Demain?...

jeanne, avec égarement.

Je vous en prie... paice que, voyez-vous, tout h l’heure il me disait que si... Je ne sais plus ce qu'il me dirait... (Margurrite fait un mouvement.) Entiez lé, dans cette chambre, il va son «lier, et alors... {La poussant vers la gauche.) Va, va, je t’en supplie !

marguerite.

J’y vais I... j’y vais!... mais cairae-toi, ne crains rien... ta

mèro est près de toi. [Elle entre dans la chambre de gatiche ; Jeanne sa précipite à là fenêtre pour cacher son trouble. René paraU.)

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