‹ La boisière drame en cinq actesChapitre 6 sur 65 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

GRINCHEUX, MARGUERITE. JEANNE, entrant sans le voir, en descendant h montagne du fond.

Vite, vite, mon enfant, rentrons... tu dois avoir bien froid...

JEANNE

Non mèro, jo t’assuro, je me sens très-bien.

MARGUERITE

Bien vrai ! tu ne souffres pas ?

JEANNE

Pas du tout, mère...

MARGUERITE

Ah ! dame! j’ai prié si bien le bon Dieu pour qu'ello ne souffrtl plus, ma Jeanne, mon trésor!...

jkanne, la serrant contre son cœur.

Bonne mère!...

grincheux, à part.

Sont-elles mielleuses!... sont-elles mielleuses'... et Jeanne, est-elle assez brave?... Voilà la femme qu’il me faut.

MARGUERITE

Entrons vite, je vais allumer un bon feu... (Elle ouvre la ports de la chaumière.)

grincheux, awe un rire moqueur.

Et quand je pense que j’ai pu aimer cette Belette!... étais-je bête !...

Marguerite , Vapereerant.

Tiens! c’est Sylvain ! Bonjour, mon garçon...

Bonjour, madame Marguerite...

Marguerite, sur le seuil.

Madame ! pourquoi m'appelb s-tu madame? esl-co quo je ne suis pas une boisière comme les outres?

GRINCHEUX

Non, que tous n’ôtes pas une boisière comme Ips autres, car vous et mademoiselle Jeanne, malgré votre pauvreté, vous trouvez encore lo moyen de faire lo bien à plus pauvre quo vous... Au$$i, quo vous ôtes aimée, respectée; aussi que l’on serait fier d’entrer...

Marguerite, cite entre et s'occupe <i arranger le feu, sans le ro-

garder.

Entre, mon garçou, entre ot ferme la porte.

LA BOÏSIÊRR

GRINCHEUX

Oui, madame Marguerite. ( Il entre avec Jeanne, qui a regardé partout. Continuant ) Oui, que l'on sérail lier... ( H/argmrite , qui ne l'écoute pas, disparaît un instant par te frmd de la cabane, a droite. — A part )Non, cajolons la lille d'abord..- Ah ’ mam- *elh* J.-anne !... ( Jeanne a enir' ouvert la fenêtre et regarde dans la campagne, en semblant chercher quelqu'un des yeux.) jeanne, distraite.

Mon amit...

CRINCIIRUX.

Ah' si vous Tonlie7l foi de Grincheux, ça serait bienlôt fait!., (5>xcûanf.) Ça s'est vu... ... , .

jeannk ci refermé la fenêtre, elle redescend. A part.

Il ne nous a pas suivies I

GRINCHEUX

Il n'y aurait rien d'extraordinaire à ceU...

JEANNE

À quoi, Sylvain T

ORINCnKDX.

Je dis que ça s’est tu souvont... qu’un jour... tout b coup... un

brave garçon et une jolie llile, une bravo tille... et un joli gar-

Que voulex-vous dira?

grincheux, commençant à pleurer.

Rien, rien, manuelle Jeanne, c’est une supposition, une farce.. . (A part.) C’est pus fort que moi, j’peux pas en cajoler une autrel (A ,/eanne.) Adieu, mumzalle Jeanne .. [Pleurant et refer mant la porte.) Ah! chien d’ainour, j’vas retrouver Uellulie. (Jl sorl en courant.)

jeannb, à part.

Il est fou! ( Marguerite est rentrée avec une brassée de sarment quelle a jete dans l’dtre.)

BCFNE VI.

MARGUERITE, JEANNE, dan* la chaumière.

MARGUERITE

Voilà qui est fait f maintenant, assieds-loi là, mon enfant, dans mon grand fauteuil... lu n’iras pas ramasser du bois aujourd’hui... tu es encore trop faible.

Mais, au contraire, jamais je ne fus si forte I..,

Marguerite.

Ta, ta, U, ta. Votre mère sait mieux que vous comment vous vous porte*, mademoiselle... vous été' toute pâlotte!

JEANNE, te défendant.

Non, je ne veux pas...

marguerite.

Jo no veux pas! Qu’esl-co que c'est que ça, mademoiselle? [Elle Ternèra***.)

IBAKHI.

Ma chérie, il y a asset longtemps que to me dorlotes, tu me rendras paressmse, vois-tu t... et puis... [Elle a pris la mai» de tx mère, l’a regardée, et des larmes lui coupent la parole.) marguerite, inquiète.

Tu fleures, mon enfant?

JEANNE

Eh bien, oui! je pleuro en voyant tes pauvres mains ridées, flétries par le travail... tandis que les miennes sont douces comme celles d’une demoiselle...

Marguerite, t'efforçant de rire.

Eh bien, qu’est-ce que ça fait? qu'ai-je h faire de mains blanches, moi?,., je n’ai pas «l'amoureux.

jbannb, riant à moitié.

Ni moi non plus.

MARGUERITE

C’est Yrai... mais tu en auras.

JEAXNE.

Oh! jamais, jamais! [Elle se serre contre elle.)

Marguerite, avec une frayeur contenue.

Je te comprends... mais lu ne me quitteras pas pour cela ; je l’entends bien ainsi... (Elle l'embrasse arec transport. Se remettant et la /disant asseoir dans un fauteuil.) Tu épouseras quelque honnête garçon du pays, qui aura, lui aussi, ses affectious dans ce petit coin du monde... un honnête homme qui aimera bieo sa mère, et qui te pardonnera d’aimer la tienne... tous viendrez ici; vous prendrez les deux chambres, le cellier, le hangar... moi, je coucherai là-haut...

I JEANNE

Mais c'est le grenier.*.

MARGUERITE

U y a une vae superbe 1

JEANNE

Chère mère!...

MARGUERITE

Nous sprnns petitement; maison s* serrant nn peu... et un peu plus chaque année... (Jeanne cache ta tête dans le sein de sa mère.)

Marguerite, arcc exaltation.

Quand je pense que dans le pays ils disent que Marguerite est ruinée, qu'elle est bien h plaindre!... »um-ils bdlrs fils disent que j'ai tout perdu, tout perdu! et tu me restes!... mais c’est affreux eo qu’ils disent la l... (Elle se met à genoux près de Jeanne.)

Oh ! que je t'aime I

MARGUERITE

Répète un peu...

JEANNE

Je l’aime I

MARGUERITE

Comme ta voix est douce à mon ûme... mais où donc prendstu ces acceuts-là ?

JEANNE

Dans mon cœur...

MARGUERITE

Et ce cœur, h qui est-il ?

JEANNE

A toi...

MARGUERITE, OVCC amOUf.

Cher ange! tu ne sais pas J il me semble quelquefois que le bon Dieu m’a donné ma part de paradis sur la terre, et alors je me demande où il me mettra quand je mourrai?

jp.annb, avec un mouvement convulsif.

Quand tu mourras?... niais tu ne mourras pas... je ne le veux pas.. .

MARGUERITE

Calme-toi, ma Jeanne l la vo là toute tremblante !

JEANNE

Tu m’as fait mal...

Je ne le ferai pins.

jeaknb, souriant.

À la bonne heure...

MARGUERITE

Parlons d’autre chose... ou plutôt, non, ne disons ricn.-.laUsoraoi te regarder. ..

JEANNE

Ce feu m’a fait du bien I jo mo sons mieux.

Marguerite, elle retourne souffler le feu, et mtt Jtanne derant la cheminée.

Vois-tu? tu souffrais (oui à l'heure...

jeinne, «ourianf.

Oui, un peu, mais c’est finit seulement me* paupières sont tout appesanties. [Elle laisse aller sa tête.) ,

jeanne, après un silence.

Dis donc, mère, as- lu remarque à l’église, monsieur Réné Noirci ?

MARGUERITE, froidement.

Il y était donc ?

JEANNE

Oui, derrière un pilier.

MAHcuuiiTB. elle raccroche le soufflet.

11 se cache du bon Dieu comme Caïn, et il a raison. jeannb, avec douleur.

Oh! mère!

MARGUFJUTR, OIVC MW eti.

Jeanne, regarde-moi... réponds-moi... est-ce que tu airues Réné Noirel?

jeannb, tris-calme.

Non, ma mère.

MARGUERITE

Oh 1 Dieu soit béni ! j'ai eu bien peur, Jeanne.

jfawe.

Non, non, je né l'aime quo comme le compagnon do mon enfance, et ju le piaius, car il est bien malheureux... il n’a plus sa mère...

■AltCDCRITK.

F.i il peut bien dire que s'il l'a perdue plus lût qu’à son heure. C'est sa fjuie. {EUe ta chercher une chaise et son ouvrage et s'as sied près de Jeanne.)

JEANNE

Comment?

■AncmuTE.

Ecoule. .. Réné Noirel es» un vanileoi et un méchant... Un jour, malgré les larmes, I* 9 prières do s» mer**, il e*i parti pour la giniide ville, luit <10 son arntnlion. (in an plus tard, la pauvre mère s'apercevant que chaqur jour elle avait plus do |*»ine a pra • vir la petite colline où elle allait attcmlic le fils absent, la pauvre mère lui écrivit, elle le suppliait de vmir lui donner un dernier baiser : mais Rêne Nouel était en foie, il n** répondit pas... alors la bonne vbillose traîna jusqu'à |*ari«. pour alVreler lier ce baiser qu’il no lui apportait pas. Mais René Noirel était en fête, et il ne reçut pas *a uièro dont il rougissait... h p.itivio vieille pleura longtemps, se remit en route, et mourut au iitrsdu chemin.

JEANNE

Oht

ËAftCUERITB.

Je te l'ai dit, Jeanne, René Noirel est un vaniteux et un méchant.

JEANNE

Ma mère, je t'en prie, ne parlons plus de cela... ce récit...

BAItCULEUTI.

Bien l bien I mon enfant!...

JEANNE

S'il serepent, mon Dieu! comme il doit souffrir!...

MAIIC FRITE.

Si son repentir est sinrere, Ohmi et sa mère lui pardonneront un jour; mais crois-moi, mon ••nfani, la pillé est une d«*s vertus que comm.*nde l'église ; et si René Noirel avait faim, je t’engagerais à partager tou pain avec lui; mais, jusquc-lh, éviie-le, Jeanne ! prie Dieu qu'il ne se trouve pas sur ta roule, et meliolûi de ta pitié.

jeaxne, à moitié assoupie.

Pauvre René...

Nos causeries l’ont f-it'güee.. . Dors, mon enfant, nous, profitons de son sommeil. {Elle la couvre d'une petite couverture de laine.) Connue cela elle n’aura pis froiJ. maintenant... (Elle so> t doucement de la chaumière.) Allons travailler pour elle...

( Elle encore un boiser à Jeanne.) Au revoir' [Fiisamnani.) U "u! hou ! il fait froid 1 (Elle entre dans la forât par le premier plan à gauche.)

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