LA BOITK AU LAIT
•FR ASCINE .
Ail! vous en verrez bien d’autres avec Robineau!... Il joint la précision d’un chronomètre à la rapidité du télégraphe électrique. — En garde!... (ils s’y mettent.) Une, deux !... couvrez-vous donc!... ou vous vous ferez embrocher comme une mauviette... — Une, doux!... (Elle lui fait sauter son fleuret. Tranquillement.) Allons, il est inutile d’aller plus loin... je suis fixée... vous êtes ün homme mort. (Elle remet le fleuret sur la secrétaire.)
ADALBERT, effrayé.
Mort!.,, (il ramasse son fleuret et le pose sur le divan.)
Mais aussi c’est épouvantable!.,, on n'a pas de duels quand on ne sait pas tenir une épée!...
AD ALBERT, se promenant avec agitation.
Ah! maudite querelle !... satanée affaire!...
FRANCINE
Après ^’a, voyons, csl-ce que vous tenez beaucoup à vous battre?
Moi!... mais pas du tout! .. je ne suis pas un buveur de sang... Je suis artiste, je suis photographe...
FRANCINE
Eh bien! voisin, puisque je connais votre adversaire, voulezvous que je me charge d’arranger celte affaire-là?...
ADALBERT
L’arranger!... Et comment?
FRANCINE
11 suffirait peut-être de quelques excuses...
ADALBERT, vivement.
Vous croyez qu’il consenti.-ait à m'en faire?. .
FRANCINE
Lui?... Robineau?... Ohl non!... Songez donc, un prévôl d’armes!... un gaillard sûr de tuer son homme...
ADALBF.RT, Ircs-agilc.
Tuer son homme!. . Et moi qui le prenais pour un ûlrc sans conséquence... un simple roquet!...
FRANCINE
Comme on se trompe I
ADALBBRT.
Oui... oui... . , . ’ .
FRANCINE
Aussi, à votre place, je n’hésiterais pas...
ADAI.BERT,
A quoi?
FRANCINE
A lui faire des excuses.
ad'albert.
Des excuses!... moi! fi donc!... J’aurais l’air d’avpir peur...
FRANCINE
Ah! si vous n^vezpas peur, c’est différent.
ADALBERT
Je ne dis pas ça... mais enfin... des excuses!... que dirait le Cercle des Beaux-Arts?
Oh 1 quelques lignes de regret seulement.
ADALBERT
Vous pensez que ça suffirait?
FRANCINE
J’espère lui faire entendre raison.
APALBERT.
Sapristi !... c’est humiliant !...
FRANCINE
Il n’y a jamais d’humiliation à reconnaître ses torts.
ADALBERT
-Mes torts!... mes torts!... mais vous ne savez donc pas qu’il a levé la main sur moi... je crois même qu’il l’a laissée retomber...
FRANCINE
Eh bien ! après?
ADALBERT
Mais c’est un souillet!...
Bah ! ça s’adressait au photographe... et non à l’homme.
ADALBERT, ébranlé.
Vous croyez?... au fait, si ça s’adressait au photographe... FRANCINE.
Eh bien!... voyons... êtes-vous décidé?
ADALBERT
Eh bien!... eh bien! oui!...
FRANCINE, à part.
Allons donc!
ADALBERT, allant au secrétaire *.
Ça s’adressait au photographe... (s’asseyant et se mettant à écrire.) « Monsieur, hier je vous ai fait ce que nous autres artistes nous » appelons une charge... Il vous a convenu de la trouver mau- » yaise...
FRANCINE
Parfait!... (DicUnt.) « Ma loyauté me fait un devoir de procia- » clamer que mon intention n’était pas devons offenser. » ADALBERT, achevant d'écrire.
« N’était pas ]de vous offenser... Agréez... Signé : Adalbert. » Pliant la lettre et se levant.)
DJiüXIÈME TABLEAU.