‹ La boîte aux gossesChapitre 1 sur 15 · La boîte aux gosses · texte numérisé non relu

La boîte aux gosses

A quinze ans, Ninio, la petite aveugle, paraisrait encore toute enfant. Intelligente et douce, elle était jolie, d'une joliesse délicate jusqu'à faire peine. La fragilité de son dos étroit, do son cou mince, de ses membres grêles, causait an malaise nerveux aux plus indifférents. Blonde, elle avait une peau fine, veloutée, d'une blancheur transparente, un peu anémique. De longs cils ombrageaient ses yeux sans vision.

Elle avait quitté de bonne heure l'école Braille, à cause de sa santé précaire, et elle passait sa vie dans le logement de cinquième étage, sur la cour,

assise près de la cage aux oiseaux pendue à lu fenêtre et les mains occupées d'ouvrages au crochet.

On ne la sortait presque jamais, car les parents redoutaient le grand souci de conduire par la main une enfant aveugle; ils travaillaient au dehors toute la semaine et se plaisaient dans leur intérieur aux jours de repos.

Pourtant Ninie n'avait pu rester à l'écart, inutile, sans dévouement. La maison était une vaste ruche où les ménagères se rendaient service de porte à porte, d'étage à étage, par des prêts d'ustensiles, par des envois de gamins en commission. Ninie avait fini par se créer un rôle précieux tout personnel.

Quand un enfant malade était obligé de garder le lit pendant la journée, Ninie venait chanter auprès de lui. Ses innocentes chansons d'école étaient dites d'un accent très doux, rêveur, lointain et qui avait un effet pareil sur tous les mioches ; la tête sur l'oreiller, ils demeuraient immobiles, la mine attendrie, les yeux pensifs vers la lumière. Quand elle se taisait, les tout petits réclamaient : « Encore, Anie! » et leur Ixïbo se câlinait et leur bobo s'ondoi'inait.

Page 1