I.e CHEVALIER
Non.
MADAME DE CHARME
Pourquoi?
LE CHEVALIER
Parce que je me trouve heureux.
Je vous crois... je vous crois si bien, qu'en ce moment, Je me sens tout à-fait libre, familière avec vous : — aucune contrainte, — pas de préoccupation, — pas de coquetterie. — Je vous regarde et je vous parle, absolument comme si je n'étais pas une femme, absolument comme si vous n'étiez pas un homme... Approchez- vous donc.
LE CHEVALIER
Merci, madame.
MADAME DE CHARME
En effet, que pourrait craindre une femme auprès d'un homme tel que vous?... pas même un compliment, pas même une galanterie !
LE CHEVALIER
C'est vrai... et cela est fort heureux.
MADAME DE CHARME
Je m'imagine, chevalier, que vous n'avez jamais songé, peut-être, à faire la cour à une femme?
LE CHEVALIER
Le plus rarement possible, madame; le temps est précieux... je le garde pour moi.
MADAME DE CHARME
Savez-vous, chevalier, qu'une femme qui vous aimerait sérieusement pourrait être fort malheureuse?
LE CHEV\L1ER
Une femme n'aurait point l'idée dem'aimer... sérieusement.
MADAME DE CHARME Joue avec son bracelet et le laisse tomber.
Âh! mon bracelet!... (Le chevalier le ramasse ei^le présente û M"»« de Charme.) VouleZ-VOUS être assez bon... (Elle tend son bras, le chevalier attache lo bracelet.)
LE CHBVALIER.
Ahl le beau bijou!... on fait des merveilles aujourd'hui!
MADAME DE CHARME. Elle se lève cl passe à droile. Le chevalier
se lève.*
(A part.) Allons ! il admire mon bracelet. (Haut.) Tenez, chevalier, je vais être franche : il est impossible que vous m'ayez dit la vérité; je ne veux plus y croire... non, votre cœur n'est pas mort tout entier, et je suis certaine que vous aimerez.
LE CHEVALIER
Qui donc, madame?
MADAME DE CHARME^ embarrassée.
Donnez-moi votre main... (Elle lui tend la main.— a pan.) C'est étrange I... sa main est glacée .. (iiaui.) Enfin, chevalier, je veux que vous soyez mon ami.
LE CHEVALIER
A quoi bon, madame? je suis un ami qui n'aime pas. Toul-à-l'heure, en passant le seuil de cette porte, je vous aurai probablement oubliée.
MADAME DE CHARME, à part.
Est-ce que je perdrais?... (Haut.) On étouffe ici. (EUe se
débarrasse d*un maïUelet de dentelle. •— A part.) Je SUls donc bien laide ?... (Elle va à d'Ilo et lui prend le bras.) Cher Dlonsfeur d'Ilo,.
on ne cache rien à une femme t Vous avez souffert .. oui... et vous souffrirez encore... '
.le ne crois pas.
MADAME DE CHARME
Pour quelque douleur que vous avez eue, peut-être, faut-il enterrer votre jeunesse? Il y a du bonheur dans la vie! Vous êtes jeune, distingué, spirituel: espérez encore, V0U8 serez heureux... vraiment heureux!... c'est moi qui vous le dis... Me croyez- vous?
* Le Chevalier, m;«(laiiiO de Charme.