LA GUERRE EUROPEENNE I
pagné les Alliés. Le Congrès, la presse et le peuple s'y montrèrent des partisans enthousiastes et frénétiques de l'Entente.
Le Chili n'est pas dans le même cas. Son parlement, sa presse et son peuple ont compris que la défaite de l'Allemagne signifiait leur propre défaite.
Dans ces circonstances, l'affaire de Tacna et d'Arica devint la question du jour.
En Bolivie, des organes autorisés élevèrent aussi la voix pour réclamer le droit à la vie, avec un accès à la mer, capable de donner sa place au pays dans le concert des nations. Un mouvement puissant de l'opinion conseilla une trêve dans les luttes de la politique interne, et un cabinet de concentration national fut formé.
L'excitation produite par le triomphe s'étant peu à peu dissipée, la réorganisation commença à préoccuper tous les penseurs et les directeurs de l'opinion.
Dès que les premiers symptômes de la défaite allemande se firent sentir, les dirigeants chiliens s'empressèrent de déployer leur poUtique bien connue. Ils se rappelèrent qu'il fallait séparer la Bolivie du Pérou. C'était simplifier la lutte, affaiblir le Pérou dans ses désirs de revendication, et présenter la Bolivie, la plus lésée dans cette guerre, comme résignée à la mutilation de sa côte et à peine désireuse d'obtenir un port sur la mer.
C'est dans ce but que don Agustín Ross écrivit une brochure où il fait miroiter de nouveau l'appât des provinces captives. Après de longs commentaires il propose : i° l'acquisition par la Bolivie des provinces de Tacna et d' Arica, en dédommageant le Pérou par un territoire équivalent en superficie et en extension, à l'intérieur de la République; 2° versement par la Bolivie d'un million de livres au Pérou et d'un autre million au Chili; 3° paiement du coût du chemin de fer d'Arica à La Paz qui est de trois millions de livres. En totalité, cinq millions de livres et, de plus, une province bolivienne. Au cas où le Pérou refuserait d'accepter cette convention, la Bolivie ferait appel au Tribunal international, avec l'appui décidé du Chili.
C'est la renaissance de l'ancien plan de Portales. C'est le désir constant de placer la Bolivie à l'avantgarde des conquêtes du Chili.
A l'heure où l'écho de la justice se fait entendre dans le monde entier, quel est le devoir de la Bolivie ? Ses traditions les plus pures lui tracent un chemin invariable. Sa loyauté à toute épreuve, son honnêteté jamais démentie, lui permettent de contribuer à la réorganisation du monde, en prouvant qu'une nation qui possède d'aussi riches et d'aussi vastes territoires, ne peut rester emmurée. Cette difformité compromet la paix continentale, parce qu'il est im-