BOLIVIE
La Société des Nations
Les États-Unis sont entrés dans la guerre sans intervenir dans les affaires d'Europe. Leurs droits de libre navigation attaqués, ils considérèrent le blocus sous-marin illimité comme une déclaration de guerre mondiale et prirent rang parmi les alliés pour détruire l'impérialisme et faire triompher la démocratie.
C'est pourquoi le président Wilson, reçu par la municipalité de Manchester, a pu dire : « Les États- Unis ne sont pas intéressés dans la politique de l'Europe, mais dans une société de justice dont le monde entier fait partie. »
Le désir d'une paix universelle n'est pas nouveau. Leibnitz et Kant ont eu le projet d'une paix démocratique en supprimant les rois et en livrant au peuple la direction absolue de ses destins.
Les guerres qui ont affligé le monde ont toujours eu pour épilogue cette réaction naturelle destinée à
consolider la paix. Cependant, à aucune époque de l'histoire, cette aspiration générale n'a été agitée avec plus d'intensité que de nos jours. Le Congrès de la paix, au lieu de s'occuper du vaincu et de se partager le butin de la victoire, a commencé par arborer le drapeau de la justice, afin de garantir l'ordre et la tranquillité du monde, au moyen d'une ligue des nations ayant pour mission d'éviter la répétition des horreurs de la guerre.
Pour qu'une société de ce genre puisse réaliser un objectif aussi transcendant, avec l'autorité nécessaire dans tous les continents, elle a un devoir primordial à remplir. C'est l'établissement de la justice dans le monde entier, comme l'unique base capable de garantir la tranquillité générale.
Tant qu'il y aura des peuples opprimés luttant pour leur indépendance, tant que la conquête conservera les usurpations dues à l'empire de la force, il sera impossible d'établir la paix perpétuelle à laquelle aspire l'humanité.
Avant l'entrée en guerre des États-Unis, M. Wilson a dit à Philadelphie : « Mon rêve est que l'Amérique se présente au monde dans tout l'éclat de la lumière la plus aveuglante et que le monde puisse reconnaître qu'elle place les droits humains au-dessus de tous les autres droits, puisque son drapeau n'est pas seulement le drapeau de l'Amérique, mais celiai
de l'humanité tout entière. » « Mon Gouvernement, ajouta-t-il, ne veut rien pour lui, mais une association universelle qui garantisse d'une façon solide et permanente la paix et l'indépendance de tous les peuples. »
L'Angleterre a suivi ce plan d'une façon claire et franche. M. Asquith a dit : « Nous avons besoin de nous demander pourquoi nous nous battons ? Le président Wilson a résumé l'esprit de son peuple, des Alliés et même de Tennemi, dans la société des nations, comme le principal objectif de cette défense. Il ne peut y avoir de paix stable tant que les causes de la guerre ne seront pas éliminées. Nous devons faire en sorte que la Société des Nations soit une réaUté et non une formule de rhétorique internationale. »
Lloyd George, parlant à Manchester le 11 septembre 1918, a dit qu'avec la victoire des Alliés, la Société des Nations destinée à garantir la paix du monde deviendrait une réalité.
Le vicomte Edward Grey a écrit une brochure sur la Société des Nations où il conclut : « Si cette guerre n'apportait à l'humanité des leçons nouvelles qui dominent l'intelligence et le sentiment de ceux qui ont survécu à ses coups, elle aurait été la catastrophe de douleurs la plus terrible dont l'histoire nous offre l'exemple. C'est pourquoi il ne faut pas soute-
nir que la Ligue des Nations est impossible par le fait qu'elle n'est pas encore devenue effective. »
En France, les hommes les plus éminents l'ont appuyée et à la commission des Affaires étrangères de la Chambre des Députés, le personnage chargé de formuler un rapport a posé cette question :
« Les Alliés ont organisé à Versailles un conseil de
guerre interallié; pourquoi n'organiserions-nous pas une commission de paix interalliée ? Les deux conseils sont parallèles et se complètent. »
Czernin en Autriche et von Hertlingen Allemagne soutiennent, avec des raisons irréfutables, la Société des Nations, pour l'établissement perpétuel de la paix universelle.
Wilson est devenu le leader de cette Ligue, dont les objectifs constituent l'espoir le plus souriant de l'humanité. Parlant à New-Jersey, le 2 septembre 19 16, il a dit : « Toute l'Amérique nous regarde. Il s'agit de savoir si nous sommes les amis sincères de la liberté des peuples et si nous méritons la confiance des autres, en respectant la souveraineté de nos voisins faibles. C'est du résultat de cette épreuve que dépendent nos relations politiques et commerciales avec l'Amérique latine. »
Au Sénat de Washington il ajoutait : « De simples conventions ne suffisent pas à assurer la paix. Il importe de créer une force capable de la garantir. Pour
cela il n'est pas nécessaire de proclamer l'équilibre du pouvoir, mais la communauté délivrée des rivalités, avec une paix juste pour tous. J'ajoute, continue-t-il, qu'un accès direct aux grandes voies maritimes du commerce doit être garanti à chaque peuple. Avec des arrangements équitables, aucune nation ne serait écartée des chemins qui accèdent librement à la mer. Je propose donc la liberté des mers et les représentants des Etats-Unis défendront ce principe avec la conviction de vrais sectaires de la liberté. Ces principes sont ceux de l'humanité et ils doivent triompher. » (22 janvier 19 17.)
Dans un message au Congrès, après avoir établi des principes de justice, il formule des conclusions très nettes où l'on trouve ceci : « Les mers doivent être libres et leur usage garanti à tous les peuples; // jaut qu elles deviennent accessibles dans des conditions identiques pour tous, » (4 mars 19 17.)
Dans une allocution aux deux Chambres il dit : « Nous ne voulons ni conquérir ni dominer. Nous ne cherchons ni indemnités ni compensations matérielles pour les sacrifices que nous allons nous imposer. Nous entrons dans la guerre comme des paladins de l'humanité et nous nous estimerons satisfaits quand la foi dans la Hberté sera assurée chez tous les peuples. C'est avec un profond regret que nous conduisons à la guerre ce peuple grand et pacifique.
Mais le droit est plus précieux que la paix. Nous lutterons pour les droits et les libertés des petites nations, pour l'empire universel de la justice, avec la collaboration des peuples libres qui initieront la paix et garantiront la tranquillité à toutes les nations. C'est à cet idéal que nous consacrons nos vies, notre prospérité, tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons, avec la fierté de ceux qui savent remplir leur devoir. » (2 avril 19 17.)
Dans un message à ses concitoyens il ajoute : « Nous lutterons pour ce que sont ou doivent être les droits de l'humanité, pour la paix future et la sécurité du monde. Pour réaliser ce programme nous devons avoir une idée nette de la grandeur de notre tâche, de la capacité et de la somme de travail qu'elle exige. )) (16 avril 19 17.)
Dans sa réponse aux propositions de paix du Saint- Siège, le secrétaire d'Etat, parlant au nom du président Wilson, disait : « Le statu quo ante bellum est impossible, parce que la guerre a pour but de détruire l'empire de la force. Il n'y a pas d'homme d'État responsable qui ne voÍ€ maintenant qu'il n'y a pas de paix possible sur la base des restrictions économiques et politiques dont certaines nations bénéficientau détriment des autres. Nous croyons que la paix ne peut être établie que sur les droits des peuples grands ou petits, faibles ou forts. // n'y a pas de paix possible
avec des peuples opprimés et nous n'excluons pas de ce principe le peuple allemand, s'il cherche Tégalité, non la prédominance. » (2 août 19 17.)
Dans l'allocution adressée au Congrès, le 4 décembre 19 17, le président Wilson a été plus explicite : « Lorsque, en janvier, dit-il, j'ai affirmé que non seulement la liberté de navigation mais aussi le libre accès à la mer devaient appartenir à toutes les nations du monde, je ne pensais pas seulement aux nations faibles mais aussi aux nations grandes et puissantes, y compris nos ennemis actuels. Je pensais à l'Autriche, à la Serbie, à la Pologne, etc.. Ce n'est qu'à ce prix que nous pouvons obtenir la justice et l'égalité des droits. Nous cherchons des bases permanentes et non temporaires pour la paix du monde et nous devons les chercher sincèrement et sans crainte. »
Dans le discours prononcé devant le Congrès le 8 janvier 19 18, il fait constater son accord avec Lloyd George et ajoute : « Les jours de conquête et d'agrandissement des nations au détriment des autres, appartiennent au passé, comme doivent également appartenir au passé les conventions secrètes qui peuvent troubler la paix. Les hommes d'Etat d'aujourd'hui voient cela très clairement et ils ne s'en rapportent plus à une époque révolue. Les nouveaux idéals sont des idéals de paix et de justice qui n'ont besoin d'aucune réserve. »
C'est à cette occasion qu'il formula ses quatorze principes invoqués par les Empires centraux au moment de demander l'armistice et qui établissent : •
1° La publicité dans les conventions internationales ;
2° La liberté absolue de naviguer sur les mers ;
3° L'égalité des conditions commerciales entre toutes les nations ;
4° La réduction des armements;
5^ La souveraineté des colonies;
6° et 7° L'évacuation de la Russie et de la Belgique ;
8° La libération du territoire français et la réparation des maux infligés à la France en 1871 par la liquidation de la question de V Alsace et de la Lorraine qui n'a cessé de troubler la paix du monde depuis près de cinquante ans;
9° La réorganisation des frontières de l'Italie;
10° L'autonomie de l'Autriche-Hongrie ;
11° L'évacuation de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro. Un libre accès à la mer doit être garanti à la Serbie ;
12° La souveraineté des nations qui sont sous la dépendance de l'Empire ottoman et la liberté permanente des Dardanelles ;
13° La création d'une Pologne indépendante, avec un libre accès à la mer et son intégrité territoriale garantie ;
14° La formation de la Société des Nations pour donner aux Etats grands et petits des garanties d'indépendance politique mutuelle et d'intégrité territoriale.
« Le programme que je viens d'indiquer, dit M. Wilson, consacre la justice pour tous les peuples et toutes les nationalités, ainsi que leur droit à une existence de liberté et de sécurité, qu'ils soient forts ou faibles. La structure de la justice internationale ne saurait subsister sans ces bases. Nous arrivons à l'apogée morale de cette guerre culminante et finale, pour la liberté humaine, et le peuple américain est prêt à employer en cette occurrence toute sa force et son idéal le plus élevé, ainsi que toute la décision et l'intérêt moral dont il est capable. »
Le II février 19 18, le président Wilson prit part au Congrès après l'envoi de la réponse allemande aux quatorze principes : « Ce qui est en jeu, c'est la paix du monde, dit-il, ce que nous cherchons, c'est un nouvel ordre de choses international, basé sur des principes fermes et universels de droit et de justice, et non simplement une paix de reprises et de rapiéçages. »
Le 4 août 1918, devant le tombeau de Washington, le grand président a résumé son idéal de justice dans les paragraphes suivants : 1° éUminer tout pouvoir arbitraire, où qu'il soit, qui puisse troubler la paix
du monde, et si cette élimination n'était pas possible, le réduire virtuellement à l'impuissance; 2° régler toutes les luttes de territoires ou de souveraineté et de relations politiques ou concernant des arrangements économiques, de niçon à ce que ceux-ci reposent sur la volonté à^s peuples et non sur les intérêts et les avantages matériels d'un autre peuple ou nation qui prétende faire prévaloir son amour-propre ou sa domination extérieure ; 3° établir la confiance sur la base du respect mutuel par le droit ; 4° établir un mécanisme de paix qui assure l'intervention du pouvoir combiné des nations pour réprimer toute violation de droit comme pour trancher toutes les difficultés que les intéressés ne puissent résoudre à l'amiable.
Ces objectifs peuvent se résumer en une seule phrase : « Le règne de la loi fondé sur le consentement des gouvernés et soutenu par l'opinion organisée de l'humanité. »
Dans le discours prononcé à l'Opéra métropolitain de New- York, le 27 septembre 19 18, il a résumé sous cette forme les questions pendantes : « Devons-nous permettre que le pouvoir miUtaire de n'importe quelle nation ou groupe de nations puisse diriger ie destin des peuples en ne les gouvernant que par le droit de la force? Devons-nous laisser les nations fortes opprimer les nations faibles en les soumettant et en les mettant au service de leurs intérêts et de
leurs desseins ? Ne doit-il exister qu'un seul type de droit et de prérogatives commun à tous les peuples et à toutes les nations, ou permettra-t-on que les forts abusent à leur gré des faibles en les obligeant à subir une oppression sans remède? L'affirmation des droits du faible dépendra-t-elle du hasard ou d'alliances transitoires ou bien d'un concert international capable de faire observer les droits communs à tous? Aucun homme ni aucun groupe d'hommes ne peut avoir de doutes sur le choix de ces solutions. Ce sont les problèmes du conflit et ces problèmes ne doivent pas être résolus par des compromis ou des accords d'intérêts, mais radicalement et définitivement avec l'acceptation bien réelle de ce principe, à savoir que les intérêts des nations faibles sont aussi sacrés que ceux des peuples forts. C'est là ce que nous entendons par paix permanente, si nous parlons sincèrement, intelligemment et avec une connaissance exacte du point que nous traitons. »
Dans ce même discours, esquissant les lignes générales de la Société, il a dit : « Cette justice doit exclure les faveurs et n'avoir d'autre règle que celle de respecter l'égalité des droits des peuples intéressés. Tous les traités ou conventions internationales quelles qu'elles soient, doivent être intégralement communiquées aux autres nations. Ce sont les alliances spéciales, les rivahtés et les luttes commerciales qui ont engendré
les guerres. La paix qui ne mettrait pas un terme définitif à ces luttes manquerait de stabilité et de solidité. Ces campagnes de paix ne se termineront que lorsque le triomphe du droit aura rendu impossible le renouvellement de la guerre. Autrement on n'arriverait à rien. Dans ce conflit le monde ne veut rien, si ce n'est le triomphe exclusif de la justice et de l'équité internationale. »
La guerre ayant pris fin avec l'armistice signé le II novembre 191 8, Wilson affirme ses rêves de paix et, les estimant réalisés, il repousse le pessimisme d'un grand nombre et apporte à la Conférence de Paris un idéal digne du représentant d'un peuple qui est grand dans toute l'acception du terme.
Il pose comme principe que la constitution de la Société des Nations est la base fondamentale de la paix et que, par conséquent, elle doit être discutée et organisée préalablement.
Le 14 février 19 19, Wilson présenta, à la séance plénière de la Conférence de Paris, la constitution ou statut de la Société des Nations, et il prononça à cette occasion un discours très remarquable et absolument digne du but à atteindre. Il dit, entre autres choses : « Nous ne croyons pas qu'aucune puissance au monde puisse attaquer cette union, ni. qu'il existe une nation qui risque de s'y opposer. La Société des Nations n'aura pas seulement pour but de mainteilir la paix.
mais aussi d'intervenir dans les grandes questions internationales, en supprimant les conquêtes et les abus contre des peuples sans défense. Il était nécessaire d'organiser une méthode ou une assemblée assez vaste pour englober tous les peuples du monde, puisque ceux qui sont autour de cette table représentent à eux seuls plus de 200 millions d'âmes. Ce statut crée une force armée qui constituera la réserve et qui se placera à l'arrière-garde pour le cas où la force morale de la Ligue serait insuffisante. Alors la force physique deviendra efficace en dernier ressort, puisque nous créons une constitution de paix et non une ligue de guerre. Finissons-en avec les annexions effectuées par les forts contre les faibles ; supprimons les exploitations. L'histoire nous apprend que des peuples sans défense ont été fréquemment les victimes de nations sans conscience dans leurs desseins. Maintenant le monde s'inspire de la loi pour dire : « La conquête a vécu ! » L'injustice a été vaincue et le monde a pris plus que jamais conscience de la majesté du droit, »
C'est avec une solennité émouvante que conclut M. Wilson et d'une voix pleine qu'il s'écria : « Ce document est une sentence contre la guerre et, bien que le plan en soit général, il constitue une garantie de paix explicite. Ce document est pratique. Il peut être complété et amélioré. La force est vaincue. Les
peuples peuvent vivre sous sa sauvegarde, amicalement, comme des membres d'une même famille, et bientôt comme des frères. »
Les vingt-six articles qui composent la constitution de la Société ont été approuvés à l'unanimité au Congrès de la paix.
L'article 3 déclare que « toutes les questions qui affecteront la paix mondiale pourront être discutées par la Ligue ». L'article 10 établit la protection des États de la Société contre toute agression extérieure en ce qui touche l'intégrité territoriale et l'indépendance politique des États qui en font partie. L'article 1 1 dit que toute menace de guerre est une question qui doit être élucidée par la Société. L'article 12 interdit de recourir à la guerre avant d'en appeler à l'arbitrage, en fixant des périodes et des conditions pour rendre cet arbitrage pratique. On fixera les moyens de rendre les sentences obligatoires et on organisera un tribunal de justice internationale permanent, auquel seront soumis tou^ les conflits, en établissant la forme et la manière de les présenter. L'article 16 fixe les pénalités à appliquer à la nation qui ne s'inclinerait pas devant les décisions de la Société, pénalités qui sont vraiment pratiques. L'article 17 prévoit le cas où une nation ne faisant pas partie de la Ligue refuserait d'accepter l'invitation qui lui serait faite de lui soumettre des difficultés en vue
d'une solution, et il établit les moyens pratiques qui la forceraient à obéir. L'article 22 place sous le contrôle de la Société toutes les organisations internationales déjà établies sous la réserve de l'assentiment des parties contractantes. Les organismes internationaux futurs n'agiront que sous son contrôle. L'article 24 dit textuellement : « Le corps des délégués aura le droit de recommander aux membres de la Société la révision des traités qui seraient inapplicables ou des conventions internationales dont V application constituerait pour la paix un danger. »
Un personnage bolivien, faisant allusion à cet événement sans précédent, écrit dans une lettre datée de Londres : « On peut dire après cela que la date du 14 février 1919 marquera dans l'histoire de l'humanité l'ère de la fraternisation des nations civiUsées, en établissant l'empire de la Justice et du Droit. Pendant ce temps, par une coïncidence étrange, il y a quarante ans à cette même date, le 14 février 1879, il s'est écrit dans notre continent une page néfaste, avec la mutilation injustifiable du territoire de la Bolivie, à qui son riche et vaste littoral fut arraché par la force et qui fut ainsi condamnée à devenir un pays asservi, commercialement et industriellement parlant, et privé par conséquent d'un organisme respiratoire pour sa vie nationale. Il appartiendra, nous l'espérons, à la Cour internationale de Justice,
qui a vu le jour avec la Société des Nations, de rétablir l'accès à la mer de la Bolivie, en donnant une preuve pratique de son efficacité et en obtenant, quoique tardivement, que le mal qui lui a été fait et que les dommages qu'elle a subis pendant près d'un demi-siècle soient enfin réparés. »
Les bases de la Société acceptées, Wilson retourne aux Etats-Unis et, à Boston, ses premières paroles sont les suivantes : « Le peuple des Etats-Unis continuera-t-il à lutter pour l'émancipation du monde et garantira-i-il les fruits de la victoire pour laquelle les soldats américains se sont battus, en appuyant la Société des Nations ? »
Après de profondes et brillantes réflexions sur l'œuvre réalisée en Europe, il ajoute : « Il est évident que l'accord final de cette guerre affecte directement non seulement les grandes nations, mais surtout les faibles. En réalité, on ne peut arriver à une solution sans qu'on ne la trouve liée à d'autres solutions extrêmement complexes. Il est nécessaire d'écouter tous les peuples au moyen de leurs organes autorisés. Nous avons écouté ces représentants et je ne me rappelle pas sans émerveillement la modération avec laquelle ils exposaient leurs réclamations. Je puis, certifier que je n'ai assisté à aucune démonstration passionnée. J'ai vu des larmes aux yeux d'hommes qui demandent le bien-être de peuples opprimés; ce
UOLIVIB K)
n'étaient pas des larmes de rage, c'étaient des larmes qui exprimaient un ardent espoir, et j'avoue ne pas comprendre qu'il se trouve des hommes qui puissent -demeurer indifférents à ces requêtes sincères. Ces hommes ne sont pas là pour s'occuper de leurs intérêts particuliers, mais pour venir en aide à la cause de l'humanité. Au milieu de tout cela, que font les représentants des peuples qui ont des réclamations à présenter? Ils s'adressent aux délégués des États-Unis d'Amérique. Pourquoi cela? Parce qu'il n'y a pas une nation qui conserve le moindre doute sur les intentions des Etats-Unis. Y a-t-il souvenance de quelque chose d'aussi magnifique ? Y a-t-il souvenance de quelque chose d'aussi impressionnant ? Y eut-il jamais une cause qui, comme celle-ci, ait apporté à la nation victorieuse les sympathies et l'estime du monde entier? Ils s'appuient sur la nation qui a conquis le sort enviable d'être considérée comme l'amie de l'humanité.
« L'Europe de la seconde et de la troisième année de la guerre s'agitait dans une sorte de désespoir épique. Elle ne pouvait comprendre qu'elle ne conquît rien de grand une fois la guerre gagnée. Elle espérait obtenir une rémunération digne de ses sacrifices, elle espérait délivrer de l'ennemi ses territoires envahis, elle espérait reconstruire ses foyers et relever ses industries.
« Pendant ce temps, elle pensait que la vieille vie d'autrefois recommencerait, vie pleine de craintes, d'anxiétés, remplie de soupçons et d'une éternelle vigilance. Elle n'avait jamais pensé à une Europe qui dicterait la paix, possédée d'une espérance justifiée. Aujourd'hui, cet idéal a créé une nouvelle orientation qui inspire confiance à tous, parce qu'ils comprennent qu'ils se trouvent sur le terrain d'une nouvelle ère de justice et de civilisation. Si, à cette occasion, l'Amérique abandonnait le monde, qu'arriverait-il? L'humanité serait de nouveau anéantie devant la cruauté de la force et la douleur du désespoir. Faites appel à votre imagination. Représentezvous cette scène horrible qui s'abattrait sur le monde si l'Amérique échouait. On dirait qu'elle a été capable d'un petit effort de générosité et qu'elle s'est retirée ensuite. L'Amérique dirait : « Nous sommes vos amis, « mais pour aujourd'hui seulement, non pour demain . » Elle montrerait le pouvoir dont elle dispose pour venger le droit, et, après cela, au revoir, dirait-elle, au droit de se tirer d'affaire tout seul. L'Amérique s'écrierait : « Nous apportons une lumière pour vous « montrer le chemin du droit et de la liberté. » Mais cette lumière, qui n'aurait servi qu'à éclairer son propre chemin, s'éteindrait ensuite. Nous aurions créé un grand idéal de liberté et dirions après cela : « La liberté! Cherchez-la pour votre propre compte;
« ne comptez pas sur nous. » Si ceci devait arriver, dans quel état laisserions-nous le monde?
« Les accords de la paix actuelle seraient à peine valables pendant une génération s'ils n'étaient garantis par la force unie du monde civilisé. Et si nous ne la garantissons pas, pouvez-vous seulement en imaginer les résultats? Cette guerre ne s'est pas abattue sur les trésors, sur l'administration ni sur les ressources nationales. Elle s'est abattue sur des milliers de foyers silencieux. Quand je me remémore le désespoir de ces foyers, j'en viens à désirer, si cette grande espérance ne se réalisait pas, que l'Amérique n'eût pris aucune part à l'émancipation du monde. En attendant, je ne doute pas du sang qui court dans mes veines. Je ne doute pas de la réalisation de nos idéals, de ceux qui sont bien près d'être atteints. Les nations du monde s'efforcent de réaliser une grande victoire. Quand je parle des nations, je ne veux pas parler des gouvernements, mais des peuples. Si les gouvernements actuels ne comprenaient pas la situation, les peuples réaliseraient leurs idéals et leurs rêves. Il est possible de faire dériver une grande harmonie des connaissances communes. » (5 février 1919.)
M. Wilson a prononcé son dernier discours à l'Opéra miétropolitain de New-York. Faisant allusion aux , pessimistes, à ceux qui ne croient pas à la destruction
de la force, à ceux qui voient l'impossibilité de reviser les traités imposés par le vainqueur, il a dit : « Je suis surpris de voir que, dans certains cercles, il existe une aussi complète ignorance de la situation actuelle du monde. J'ignore où se cachent ceux qui crient contre la création de la Société ; je ne sais qu'une chose, c'est qu'ils sont fort éloignés du courant général de l'humanité. Les grands courants de l'opinion universelle se sont levés majestueusement et ceux qui ont résisté à ces courants seront irrémédiablement balayés. Le cœur du monde s'est réveillé et il faudra bien qu'on satisfasse ses désirs. La première chose que je compte dire en Europe, c'est qu'une grande majorité du peuple américain approuve la création de la Société des Nations. Quand je dis cela, je sais que je dis la vérité; j'ai des preuves de ce que j'avance, et ces preuves me viennent de tous les confins de la nation. M. Taft a donné des marques d'une si vaste compréhension des choses et d'une telle dévotion envers ses devoirs publics, qu'il n'est pas de mots pour l'exprimer. Ceci veut dire, en outre, qu'une telle cause n'est pas l'objectif d'un parti et qu'aucun groupe ne pourra s'attribuer la gloire d'en avoir été l'initiateur, pas plus qu'aucun parti n'aura la témérité de s'opposer à sa réalisation.
« La Société a été discutée longuement. Les représentants de quatorze nations se trouvaient réunis
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autour d'une table. Ce n'étaient pas des jeunes gens sans aucune expérience de la politique, c'étaient des hommes de talent qui s'étaient consacrés depuis de longues années à l'étude des problèmes mondiaux ; et ce qui m'a le plus frappé dans œs séances, c'est le parfait esprit dont ils semblaient possédés pour arriver à un accord au sujet de la constitution de la Société des Nations civilisées. Un esprit d'un grand altruisme régnait pendant ces travaux; chacun avait la conviction que la Ligue devait être la création essentielle qu'il devait emporter comme la récompense du bon fonctionnement de sa mission.
« Il n'est aucune espèce d'affaire capable d'intéresser la paix du monde qui puisse se passer d'être débattue et élucidée par la Société. Si l'Allemagne avait laissé discuter le monde pendant une semaine, la guerre n'aurait pas éclaté. L'Angleterre n'a demandé que deux jours pour discuter le cas de la Serbie, et c'est parce que l'Allemagne n'a pas voulu concéder un seul jour que la catastrophe a eu lieu. Le monde a compris qu'il se trouvait en face d'une nation dominante et impérialiste, pour qui la force primait tout, et ce sont tous les autres peuples qui se sont aUiés un à un contre un tel danger.
« Si l'Allemagne avait eu la certitude que l'Angleterre entrerait dans la conflagration, elle n'aurait pas provoqué la guerre. C'est pourquoi la Société
apprendra à toutes les nations ambitieuses que ce n'est pas seulement la Grande-Bretagne, mais les États-Unis qui se joindront au reste du monde pour éviter le déchaînement d'une entreprise sanglante. La Société des Nations est un pacte qui a pour but de maintenir la paix qu'elle a conquise au prix du sang le plus précieux qui ait jamais été versé.
« Les nations opprimées pendant des siècles, qui subissaient d'indescriptibles agonies, en appellent aujourd'hui au monde ; de génération en génération elles ont imploré .qu'on leur vienne en aide et demandé la justice et la liberté; jusqu'ici aucun cabinet n'avait daigné les entendre. Des associations particulières, des cœurs bienveillants, des philanthropes, hommes et femmes, se sont dépouillés de leurs trésors pour mitiger tant de souffrance; mais jamais aucune nation n'a eu le courage de chercher le responsable de ces crimes et de lui dire : « Il faut en « finir. Cette situation est intolérable et nous ne la « permettrons pas. » La vision de la paix n'est pas nouvelle. Elle nait du besoin et de l'aspiration des grandes assemblées d'hommes qui désirent la liberté. Les critiques de cet idéal ne sentent pas les pulsations du monde qui se dresse sur de nouvelles bases ; il compte aujourd'hui sur nous et il céderait inévitablement au désespoir si nous l'abandonnions en cette heure solennelle. Je suis effrayé de voir que dans cer-
tains cercles il règne une aussi complète ignorance de la situation mondiale. On dirait que ces hommes ne comprennent pas l'état mental de l'humanité. Je ne sais quelle puissante influence parvient à les aveugler si complètement; mais je sais qu'ils sont trop éloignés du courant général et de la pensée qui prévaut dans le cerveau des mortels.
« Je veux vous donner un conseil qui n'est pas une menace. C'est à peine un avis. Les grandes forces du monde ne menacent pas, elles agissent. Quand les grandes marées se déroulent elles n'annoncent pas qu'elles vont se lever et dévaster tout ce qu'elles trouvent sur leur passage. Elles s'élèvent majestueusement, et dans leur élan formidable elles entraînent ceux qui osent s'opposer à leur marche. Ne croyez pas que le malaise de l'Europe ne soit dû qu'à des causes économiques. Il y a là quelque chose de beaucoup plus profond. Les gouvernements ne sont pas assez puissants pour éviter la guerre et c'est pourquoi ces peuples reconnaissent une autre cause fondamentale qui amène ce résultat. Cette cause commence à être comprise. Les nations vivent séparées, luttant entre elles, suscitant les désaccords et augmentant les probabilités de la guerre ; s'il existe un droit au monde, s'il y a une justice sur la terre, il n'y a pas de raison pour que cette division subsiste. Si elle continuait après tout ce sang répandu, les
hommes ne pourraient se gouverner eux-mêmes en retournant à cette période de lutte où l'espérance s'éteint et où les traces de toute clémence disparaissent. Là où il n'y a pas de clémence il ne peut y avoir d'espérance. Pourquoi pardonner à quelqu'un quand on est sûr d'être sa victime ? Pourquoi être juste lorsqu'on doit supporter à chaque instant la force de l'injustice?
« Il y a autre chose que les critiques ont omis de constater. C'est l'élan de ces merveilleux jeunes gens en kaki, qu'eux-mêmes ont envoyés combattre par delà les mers. L'idéal de l'Amérique, en prenant part à la guerre, est celui que je transporte maintenant sur le terrain des réalités, et c'est pour cet idéal que ces jeunes gens sont allés sacrifier leur vie ; ils ne pensaient pas seulement à vaincre l'Allemagne. Ils traversaient trois mille milles marins, sans colère, sans préventions, pleins de courage, pour défendre le droit, où qu'il fût menacé.
« Quand je suis allé en Italie, un groupe de soldats a voulu m'interviewer. Je n'imaginais pas ce qu'ils avaient à me dire. Avec la plus grande simplicité, avec une simplicité qui émouvait, ils m'ont présenté une pétition en faveur de la Société des Nations. Leurs membres mutilés, leur santé détruite, tels étaient les arguments qu'ils m'apportaient. Cette pétition est restée si fortement gravée dans ma mé-
moire que, lorsque je passais à travers les rues des • capitales européennes et que j'entendais les cris de la foule en faveur de la Société des Nations, je comprenais que l'instinct de ce peuple lui démontrait que, grâce à une combinaison des efforts et des idéals des hommes du monde entier, quelque chose d'humanitaire et de permanent devait surgir. Quand nous traversions les campagnes, de petites vieilles sortaient de leurs maisons pour nous offrir des fleurs. Pourquoi cette démonstration envers des étrangers venus de l'autre côté de l'Atlantique? Parce que ces gens savaient que nous étions des messagers de paix, et ces humbles présents s'adressaient aux hommes venus de loin pour leur apporter un grand espoir.
« Il est impossible que nous négligions ce devoir, et nous ne le négligerons pas. Le jour viendra où les Américains se retourneront vers le passé et s'enorgueilliront de savoir qu'ils ont eu le privilège d'accomplir le sacrifice nécessaire pour faire surgir, par leur force et leur pouvoir moral, la cause de la justice mondiale. Que Dieu nous donne la force et la précision voulues pour pouvoir la réaliser savamment ! Que Dieu nous donne le privilège d'obtenir ce succès sans épargner les sacrifices, et cela parce que nous aimons vraiment la Uberté et le droit ! » (4 mars 19 19.)
Sauf l'incomparable altruisme du Christ, à aucune époque de l'histoire on n'a pu constater une plus
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grande dévotion ni un plus intense amour de la cause de rhumanité.
L'Empire d'Allemagne avait exigé un principe desséchant, cruel et inhumain. Au moyen de ses organes les plus autorisés, il soutenait que « la guerre est l'état naturel de l'humanité » .
La nouvelle ère qui surgit du cataclysme le plus formidable qu'aient contemplé les siècles pose cette base, à savoir que le monde ne peut mener la vie du travail, du progrès et de la civilisation sans la paix perpétuelle.. Les nouvelles directions tracées par la victoire totale du droit ont l'avantage d'être mondiales. Ni grands ni petits, ni vainqueurs ni vaincus n'en sont exclus ; les continents se confondent en un seul idéal et il n'y a pas de nation, de peuple ou de race qui soit écarté de ses bénéfices.
C'est en vertu de ces considérations que la Bolivie, la plus spoliée des nations de ce continent, s'est levée pour réclamer son droit et demander la justice qui lui est due.
Le sang généreux versé pendant près d'un lustre de destruction et d'inconcevable cruauté, a posé le problème de la paix perpétuelle sur la base d'une justice sans exclusions ni faveurs. Pourquoi la Bolivie, cette martyre de l'abus et de la force, continuerait-elle à être seule dépouillée, mutilée, emmurée, étouffée et sacrifiée?
L'impérialisme allemand s'est effondré à jamais pour le bien de l'humanité. Pourquoi l'impérialisme chilien subsisterait-il au préjudice de la paix et de la tranquillité de l'Amérique ?
La Pologne est reconstruite ; l'indépendance et l'intégrité des Balkans seront garanties. Pourquoi les vaincus du Pacifique seraient-ils les seuls à être opprimés et sacrifiés dans leurs droits }
Les provinces captives ou usurpées d'Europe reviennent à leurs anciennes unités; pourquoi les provinces captives et usurpées du Pacifique ne retourneraient-elles pas au doux sein de la patrie.^
Tous les peuples du monde doivent avoir un accès à la mer, libre et sûr. Pourquoi la Bolivie serait-elle l'unique nation du globe emprisonnée sur les hautes cimes des Andes ?
Oui. Cette justice sans faveurs, proclamée par l'apôtre le plus autorisé de l'humanité, parviendra irrémédiablement jusqu'à cette côte déserte, mais riche, du Pacifique. S'il en était autrement, la Société des Nations ne serait ni une ligue mondiale ni une garantie pour la paix. Si elle devait laisser debout l'usurpation et l'abus de la victoire, elle serait contraire au but qu'elle se propose ; elle profiterait au conquérant et décréterait la captivité éternelle des victimes. Elle serait la garantie de l'usurpateur et l'anneau de fer qui étoufferait les nations spoHées et
LA SOCIÉTÉ DES NATIONS l<yj
sacrifiées. Elle détruirait avec le désarmement général le droit sacré de la revanche, qu'il n'est pas possible de refuser au vaincu.
Si la Société des Nations ne répare pas ces injustices, si elle ne rétablit pas le droit violé, si elle ne consacre pas le principe de l'indépendance et l'intégrité des nations du Pacifique, elle ne garantira pas la paix ; elle laissera la porte ouverte aux justes revendications de l'avenir, parce que le droit inaliénable et imprescriptible de légitime défense ne peut être refusé à personne.
Les nations du Pacifique, qui se sentent petites devant la grandeur du problème débattu à Paris, blesseraient à mort l'idéal sublime de la Société en faveur de la paix. Elles n'accepteraient pas éternellement un statu quo érigé sur l'immolation de leurs droits les plus sacrés. Et cet organisme sagement conçu, comme le désir le plus souriant de l'humanité, serait ici voué à l'échec.
Une semblable erreur ne saurait être attribuée au leader de cet idéal, parce qu'elle constituerait la plus grave offense à la sincérité de son apostolat.
On ne peut concevoir chez les grands hommes qui ont su faire la guerre sans autre aspiration que la justice, unégoïsme qui sacrifierait la sublimité des objectifs de la victoire.
Ceux que cette réorganisation du monde si radi-
cale a effrayés n'ont pas remarqué l'extension énorme qu'atteint aujourd'hui le principe du droit. Ceux qui ont cru impossible d'arriver à la reconstruction et à la revision des relations internationales anciennes et violentes, ne se sont pas pénétrés des bases positives requises par la Société des Nations pour arriver pratiquement à ses fins.
Le président Wilson s'est occupé de la question du Pacifique d'une façon concrète, nous en avons la preuve irréfutable.
En recevant l'ambassadeur du Chili, Beltran Mathieu, il a prononcé un discours dont les principaux passages sont les suivants : « C'est une vraie satisfaction pour moi de vous souhaiter la bienvenue dans ce moment propice. Le monde vient d'émerger de la période la plus ténébreuse et la plus critique de l'histoire de l'humanité, et une ère nouvelle vient de poindre où le destin des peuples sera guidé, je le crois et l'espère, par un haut idéal de liberté et de justice et une vaste conception du bien-être de la race humaine.
<( La conclusion triomphante de la guerre nous donne l'assurance qu'à l'avenir aucune nation ne vaudra se risquer à s'agrandir aux dépens des autres nations, ou à concevoir l'espoir d'arriver dans ce but à la prédominance.
« Nous allons maintenant assumer la haute tâche
de reconstruire sur les ruines du passé une structure internationale qui assure la félicité permanente de toutes les nations grandes ou petites.
« Chaque pays doit prendre part à cette grande œuvre, et l'importance finale de sa coopération sera jugée d'après ce quil aura pu ajouter au bien général. »
Cet avis si clair et si précis s'adresse aussi au Chili, et il signifie que celui-ci doit entrer dans la voie de la justice et ne pas s'agrandir aux dépens des autres nations.
Une manifestation aussi nette de l'homme qui incarne l'idéalisme le plus élevé de l'humanité, inspire la foi dans le triomphe de la justice et elle engage les nations opprimées à formuler leurs justes revendications.
La question du Pacifique devant le triomphe du droit
Pour appliquer cqs doctrines à la question du Pacifique, il est nécessaire de résumer les droits des nations vaincues en 1880.
Le Chili soutient actuellement la toi des traités, le respect dû par les nations aux conventions qu'elles signent, et il ajoute que ces conventions ne sont pas des chiffons de papier, mais des contrats obligatoires dont l'exécution est inéluctable. Il était d'un autre avis en 1879.
Dans l'exposé qu'il publia pour justifier la prise d'Antofagasta, le ministre Fierro dit ceci : « La nonsuspension d'un impôt (légal) place son Gouvernement dans le cas de déclarer nul le traité limitrophe entre la Bolivie et le Chili. » Puis il ajouta : « Le président a ordonné que des forces de terre et de mer se transportent immédiatement au désert d'Atacama et qu'elles arborent le pavillon chilien dans les territoires reconnus par la Bolivie dans le traité de 1874. »
LA Q.UESTION DU PACIFIQUE l6l
Un traité de frontières parfait, arraché à la Bolivie par des procédés obscurs, est considéré par le Chili comme un chiffon de papier et déchiré par lui sous prétexte de sauvegarder les intérêts privés d'une maison particulière. Il veut maintenant faire prévaloir des traités qui sont le fruit de la coaction et de la force, des concessions obtenues comme gages de la victoire, et il désire perpétuer des pactes qui constituent un danger pour la paix continentale. En outre, le Chili n'a pas rempli cts pactes souscrits sous la menace de son épée. En ce qui concerne le Pérou, il a violé le traité d'Ancon, en évitant le plébiscite sur Tacna et Arica; il possède, de fait et abusivement, ces territoires depuis quarante ans. En ce qui a trait à la Bolivie, il a enfreint les articles 2 et 12 du traité de 1904, qui se rapportent aux droits des particuliers dans le Toco.
Il soutient que ces affaires doivent être définitivement réglées par ses tribunaux ordinaires. Tel n'était pas son avis en 1879. La Compagnie des Salpêtres d'Antofligasta n'était pas comprise dans les stipulations du traité de 1874, parce qu'elle s'était soumise bien auparavant à un contrat spécial de transaction, dont les clauses devaient être définies en cas de discorde par la Cour suprême de Bolivie. Néanmoins, le Chili avec une méconnaissance absolue des lois boliviennes, accepta une intervention diplomatique