‹ La Bolivie devant la Société des nationsChapitre 8 sur 10 · BOLIVIE · texte numérisé non relu

BOLIVIE

directe et convertit par le fait ce contrat privé en une très grave querelle internationale. Il existe actuellement une dénégation de justice au plus haut tribunal de Santiago ainsi qu'une méconnaissance des droits particuliers dans le Toco, et, bien que la question soit clairement comprise dans le traité, le Chili refuse de prendre part à l'arbitrage sous prétexte qu'il ne peut soumettre à une discussion les sentences prononcées par sa Cour suprême. La généralité des propriétaires du Toco ne s'était point soumise à la juridiction des tribunaux chiliens, et cependant le Gouvernement continue à les dépouiller de leurs propriétés, en invoquant l'autorité de la Cour suprême qui méconnut ces droits en dépit du verdict justicier des tribunaux d'instance.

Si le Chili a manqué aux traités d'Ancon et de 1904, il est évident que, suivant sa propre doctrine mise en pratique en 1879, ces traités sont nuls et qu'il ne les peut invoquer. Par le fait d'être nés de la torce et de l'abus de la victoire, ce sont des chiffons de papier, qui à la lumière de la justice actuellement triomphante, ne sont que des attentats contre le droit d'autrui.

Si la loi du plus fort ne gouverne pas les relations des peuples, cette logique ne saurait admettre la moindre discussion.

Nous ne nous étendons pas davantage sur l'affaire du Toco, parce qu'un écrivain bolivien distingué.

don Eduardo Diez de Medina, vient de publier un livre approfondi sur cette matière. Nous nous en rapportons à lui.

Pour faire dévier le verdict du monde et le poids de la justice réglé par la Société, le Chili allègue qu'il n'est pas le seul sur le terrain des revendications. S'il fallait suivre cette thèse, dit-il, les Etats-Unis d'Amérique devraient rendre le Texas, les PhiHppines, Puerto Rico; l'Angleterre, Gibraltar; l'Argentine, Punta de Atacama, etc..

Il n'y a pas, dans l'histoire de l'Amérique, une guerre de conquête plus patiemment et plus effrontément préparée que celle de 1879. Les antécédents exposés dans ce travail le prouvent au moyen de documents historiques irréfutables.

Aucune nation américaine ne peut se comparer au W Chili sans offenser sa morale sur le terrain des conquêtes. Personne au monde n'a abusé plus que lui de la victoire. Il n'y a pas d'exemple d'une guerre plus lucrative pour le vainqueur que celle du Pacifique.

Les Etats-Unis d'Amérique ont démontré qu'ils étaient un pays altruiste, épris d'idéals généreux et les défenseurs acharnés de la justice ; le sang qu'ils ont versé pour la défense exclusive du droit et de la

k liberté suffirait à corriger, à réparer et à faire oublier

n'importe quelle erreur de leurs ancêtres. Accusés d'un positivisme égoïste et froid, ils ont prouvé au monde que leur nation était le pays de l'idéalisme le plus culminant, idéalisme scellé par le sacrifice de leur tranquillité, de leur fortune et de la vie de leurs jeunes générations.

Mais est-il vrai que les Etats-Unis aient jamais entrepris une guerre de conquête ? Nous affirmons le contraire. Le remarquable publiciste don Alejandro Calvo a défendu les Etats-Unis contre cette imputation. « Le Texas, dit-il, s'est séparé du Mexique, il a exercé de fait sa souveraineté et sollicité ensuite son incorporation aux États-Unis comme Etat indépendant. Le Gouvernement de l'Union a châtié et réprouvé les violences d'Aaron Burr sur ces territoires. Les intentions de Burr, d'ailleurs, n'ont jamais été complètement connues. »

En 1 8 1 8, Mac Gregor s'empara dans le Texas de l'île Amelia dont il proclama l'annexion aux Etats-Unis. Le cabinet de Washington repoussa cette idée et envoya des forces dans l'île pour en déloger les pirates.

Les habitants du Texas proclamèrent leur indépendance à la Convention réunie en 1833 à San Felipe, et leur nationalité fut reconnue par quelques puissances parmi lesquelles les Etats-Unis. Cette reconnaissance et la résolution prise par la Convention réunie au Texas en 1845 de s'incorporer à l'Union,

motivèrent la protestation et le départ du rninistre du Mexique, qui provoquèrent une guerre suivie d'un traité de paix, par lequel le Mexique obtint quinze millions de dollars. La Louisiane a été pacifiquement achetée à Napoléon P"". La Floride a été également achetée à l'Espagne; aussi la simiUtude de ces territoires possédés par les États-Unis et des territoires arrachés sur le Pacifique disparait-elle, ces derniers se trouvant dans des conditions analogues à celles de r Alsace et de la Lorraine,

Calvo établit une distinction entre l'annexion et l'absorption : la première implique le rattachement d'une chose à une autre plus importante ; celle-ci exprime clairement l'action d'enlever et d'arracher par la force ce qu'on ne peut obtenir en justice. Se rapportant à l'absorption des territoires du Pérou et de la Bolivie effectuée par le ChiU, il ajoute que le verdict de l'Amérique et du monde civilisé a prononcé contre ce pays l'anathème réservé aux nations de pirates, et, dit-il, « je ne tiens pas compte du changement géographique qui s'est produit dans le Pacifique, parce que ce changement ne peut être accepté comme un fait accompli et qu'on ne peut calculer l'importance que prendra la réaction inévitable contre l'usurpation ». Il semble que Calvo ait prévu, à la fin du dernier siècle, l'effondrement de la force qui devait se produire à la date historique de 1918.

En outre, il faut considérer que le Texas, la Louisiane et la Floride, constituent aujourd'hui des États indépendants, avec une autonomie et une souveraineté parfaitement garanties et organisées, une législation propre et des droits plus étendus que plusieurs Etats sud-américains. On peut dire que le Gouvernement fédéral n'intervient directement qu'au point de vue international, sous la vigilance stricte du Sénat qui représente, avec l'égalité du nombre, les grands et petits États.

Les Philippines et Puerto Rico sont des colonies qui ne constituent pas une unité nationale et qui s'acheminent vers leur indépendance, comme toutes les anciennes colonies du monde. Il est actuellement question de l'indépendance des Philippines par l'initiative spontanée des États-Unis.

Gibraltar, Panama, les Dardanelles, etc.. sont des voies mondiales dont la neutralisation constitue un chapitre important de la Société des Nations. Toutefois, la restitution de Gibraltar a donné lieu à des discussions d'actualité. Panama est un État indépendant, avec des institutions démocratiques plus avancées que celles de plusieurs États sud-américains.

La Punta de Atacama a été adjugée à l'Argentine, moyennant un contrat libre de compensations mutuelles dans un accord de frontière.

Le cas du Pacifique est le même que celui de l'Ai-

sace et de la Lorraine qui furent cédées par la force des armes à l'Allemagne en 1871. On objecte que c'est par une guerre que le pacte imposé par le vainqueur de 1870 a été détruit. Mais les objectifs de la dernière guerre ne sont pas limités. Ils ont une ampleur sans précédents.

La guerre de 1914 a remué le monde. Son extension, les éléments qui ont été mis en jeu, l'immense puissance destructive qui a été développée, les vingt millions de victimes qu'elle a sacrifiés, les nations et les peuples qu'elle a dévastés, les forces qu'elle a accumulées pour sa décision, les désordres économiques et moraux qu'elle a suscités dans le monde entier, lui ont donné' une signification telle, que ses effets ne sauraient se limiter à une revanche isolée et concrète. Ses objectifs ont atteint une ampleur qui n'a pas été bien comprise des pessimistes attachés aux procédés du passé.

En inaugurant les travaux de la Conférence de Paris, le président Poincaré a dit : « Cette victoire est totale, et de cette victoire totale il vous appartient de tirer aujourd'hui, dans l'intérêt de la justice et de la paix, les conséquences totales. Vous ne cherchez donc que la justice et « une justice qui n'ait point de « favoris », justice dans les problèmes territoriaux, justice dans les problèmes financiers, justice dans les problèmes économiques. Mais la justice n'est pas

inerte; elle ne prend pas son parti de l'injustice; ce qu'elle réclame d'abord, lorsqu'elle a été violée, ce sont des restitutions et des réparations, pour les peuples et pour les individus qui ont été dépouillés ou maltraités. En formulant cette revendication légitime, elle n'obéit ni à la haine ni à un désir instinctif et irréfléchi de représailles; elle poursuit un double objet : rendre à chacun son dû et ne pas encourager le recommencement du crime par l'impunité. Ce que la justice exclut, ce sont les rêves de conquête et d'impérialisme, le mépris des volontés nationales, les échanges arbitraires de provinces entre Etats, comme si les peuples « n'étaient que des meubles et des pions dans « un jeu )). Le temps n'est plus où les diplomates pouvaient se réunir pour refaire, d'autorité, sur un coin de table, la carte des empires. Si vous avez à remanier la carte du monde, c'est au nom des peuples, et à la condition de traduire fidèlement leurs pensées, de respecter le droit des nations, petites et grandes, à disposer d'elles-mêmes, et de les concilier avec le droit, également sacré, des minorités ethniques et religieuses. Besogne formidable, que la Science et l'Histoire, vos deux conseillères, se chargeront d'éclairer et d'alléger. »

Dans le discours qu'il prononça le 27 mai 19 17, M. Wilson a dit : « Le monde est à la veille d'une grande solution. Une force supérieure va surgir pour

garantir le droit comme étant le principal intérêt des peuples et des gouvernements ; la force matérielle ne sera plus invoquée en faveur d'ambitions politiques ou d'hostilités personnelles et mesquines, mais en faveur de Tordre général, de la justice générale et de la paix générale. Dieu veuille que Paurore de ce jour de paix stable, de concorde et de collaboration entre les nations pour l'obtention de ce résultat, soit déjà proche ! »

Or ce jour est arrivé. L'aurore du ii novembre 1 918 a été saluée sur tout le globe par une clameur de joie indescriptible. Ce salut s'adressait au triomphe de la justice, et les peuples opprimés ont recouvré virtuellement leur droit arraché et spolié.

Le plus grand idéaUste du xix^ siècle, Victor Hugo, a initié à l'Assemblée nationale de 1871 le principe de la paix universelle. Un autre homme qui symbolise le génie du droit, M. Wilson, est en train de réaliser ce principe au xx^ siècle, avec l'assentiment et l'applaudissement du monde.

Ce résultat de la guerre la plus cruelle qu'ait vue l'humanité, oblige le vainqueur du Pacifique à comparaître devant la Haute Cour de justice internationale et à s'assurer si la victoire crée des droits et si la conquête peut encore être soutenue à la face du monde moderne.

Indemnités

Le titre invoqué par le Chili pour arguer de ses droits sur le littoral, est celui qu'il prétend tirer des indemnités, des efforts et des sacrifices réalisés pendant la guerre de 1879.

Les exigences du vainqueur dans une guerre ne peuvent être ni arbitraires ni illimitées.

M. Lansing, secrétaire d'État du président Wilson, répondant aux propositions de paix du Souverain Pontife, le 27 août 19 17, a dit : « Noub estimons que le Gouvernement allemand doit des réparations pour les maux intolérables qu'il a infligés avec sa puissance brutale et insensée ; mais en dehors de ces réparations on n'exigera pas de lui le sacrifice de sa souveraineté, parce que c'est précisément la souveraineté des peuples faibles et forts que nous nous proposons de revendiquer. Nous estimons que la politique d'indemnités pénales, avec démembrement de territoires, et des privilèges économiques, est une politique malheureuse et déplorable. Tout cela n'offre

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aucune véritable base pour aucune espèce de paix et beaucoup moins encore pour une paix durable qui doit être fondée sur la justice, la réciprocité et les droits communs de l'humanité. »

S'adressant au Congrès, le 4 décembre 19 17, M. Wilson a ajouté : « Vous entendez avec moi les voix de l'humanité qui remplissent l'air et qui deviennent de jour en jour plus persuasives. Elles insistent pour que la guerre ne finisse pas par des actes de vengeance, par la suppression ou le châtiment des nations ou des peuples entraînés par des dirigeants irresponsables qui ont agi abominablement. C'est pourquoi nous proclamons cette formule : Pas d'annexions territoriales, ni de contributions ni d'indemnités pénales. Cette maxime contient le jugement instinctif de tous les hommes sur ce qu'est la justice.

« Quand nous aurons triomphé, poursuit-il, le droit sera l'arbitre pacificateur entre les nations et nous accomplirons un acte sans précédents. Rien ne nous empêchera de signer une paix basée sur la générosité et la justice et qui exclut des avantages égoïstes de la part des vainqueurs. »

Pour toute indemnité, le Chili ne pouvait exiger, légitimement et en toute justice, que les dépenses effectives de la guerre, vu qu'aucune partie de son territoire n'a été envahie et qu'aucune population

chilienne n'a subi des dommages imposés par l'ennemi.

Le Chili a détruit et saccagé les territoires qu'il a envahis ; il a entrepris une bonne partie de la guerre avec des éléments pris à l'ennemi et des exactions infligées dans les villages occupés par la violence. Il n'a pu appliquer des indemnités pénales, parce que, outre qu'elles eussent été illégitimes, il n'avait aucune raison d'y recourir. Le Chili a dépensé pour la guerre 17.500.000 piastres en papier monnaie ($ 17.500.000) au cours forcé. Il pouvait exiger la restitution de cette somme que les Alliés lui auraient immédiatement payée. Or nous savons qu'il a exigé 80 millions de dollars ($ 80.000.000) que le Pérou offrit de payer au comptant. Mais cette énorme indemnité fut retirée et repoussée par la suite. Il exigea et obtint la cession sans conditions de Tarapaca et la possession de Tacna et d'Arica.

Un journal de Buenos-Ayres a publié des renseignements officiels sur la production du salpêtre dans le Pacifique. La valeur exportée atteignait 97.280 millions de piastres or, soit près de 500.000 millions de francs en quarante ans {La Critica, du 29 novembre 19 18).

Le message du président Errazuris au Congrès du Chili en 1900, établit que, rien qu'à Tarapaca, la pro-

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ductioii du salpêtre assure une moyenne de 1.400 tonnes annuelles pendant trente-cinq ans.

D'après les renseignements officiels recueillis par don Alejandro Garland, le Chili dispose des revenus suivants :

1° Les droits du salpêtre et de l'iode

du littoral péruvien $2.232.981.840

2° Droits analogues du salpêtre du littoral bolivien 800.000.000

3° Le produit de la vente faite en Angleterre en 1880, du salpêtre appartenant à la Compagnie de salpêtre du Pérou, dont le Chili s'est emparé en fait, bien qu'il s*agît d'une propriété particulière . . . 4.265.600

4° Le produit de la vente des bureaux et des terrains de salpêtre obtenus jusqu'à ce jour 24.191.276

5° La valeur des bureaux et des terrains de salpêtre non encore vendus, aujourd'hui appartenant au Chili, qu'il faut évaluer au moins à. . . 50.000.000

6° La part des rendements des ventes

de guano perçues par le Chili . . »

7° Montant des droits perçus dans toutes les douanes du Pérou et dans le reste du territoire occupé pendant les cinq années de la guerre. » •

8° Le produit des coupons et des contributions de guerre imposés aux Péruviens à cette époque fu-

A reporter . ... $ 3.111.438.716

Report $3.111 .438.716

neste, et qu'on recouvrait en jetant en prison ceux qui refusaient de payer »

9° Les impôts perçus à la douane d'Arica et autres contributions exigées sur les territoires de Tacna et d'Arica, pendant les seize dernières années »

10° Les 10 millions de soles qu'au cas le plus favorable le Pérou doit verser pour le rachat de Tacna et d'Arica, territoires qui représentent une valeur bien supérieure et qu'il perdrait en cas de non versement. »

11° La valeur des innombrables objets d'art, scientifiques, historiques, de provenance publique et privée, dont le Chili s'est emparé à main armée et qui ornent aujourd'hui ses édifices et ses promenades publiques :

Ces objets s'élèvent à un minimum de. 65 . ooo . 000

12° La province de Tarapaca avec ses chemins de fer, ses môles, ses routes, ses édifices et ses minerais encore inexploités 150.000.000

1 3° Le littoral bolivien avec toutes ses industries 100.000.000

1 4° Droits d'importation sur le littoral péruvien 336.000.000

15° Les.mjmes droits sur le littoral bolivien 250.000.000

Somme totale $4.012.438.716

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A ces 4 milliards de piastres, il raut ajouter les mines de cuivre, d'argent, de plomb, d'or et de charbon qui ne sont pas comprises dans les calculs de M. Garland. On n'y trouve pas non plus les borateries de Chilcaya, les salpêtrières d'Ascotán, ni les propriétés du Toco. En somme, il n'est pas exagéré d'évaluer à 5 milliards de piastres de i8 c, l'indemnité perçue par le Chili comme fruit de ses victoires dans le Pacifique.

La Union de Valparaíso a publié, au mois de mars de cette année, des renseignements officiels sur le produit fiscal du salpêtre en quarante ans.

Les droits d'exportation perçus par le Chili de 1880 à 191 8 s'élèvent à 2 milliards de piastres or de 18 c, soit 4 milliards de piastres chiUens.

L'auteur rapporte qu'il a obtenu les renseignements qui lui ont permis de consigner ces sommes par le chef de statistique de la Surintendance des Douanes.

La différence qui existe entre ces sommes et les calculs de M. Garland vient de ce que ceux-ci se rapportent aux piastres péruviens qui valent plus du double par rapport aux chiliens.

D'après le même journal de Valparaíso, le budget des revenus du Chili atteignait à peine 15 miUions de piastres de 33 c. en 1879. Après la victoire ce budget s'est élevé à 370 millions de piastres. La

différence de ij millions '^ ]70 millions de piastres annuels peut être, sans exagération, qualifiée de fabuleuse.

Connaît-on un exemple d'une affaire plus lucrative ?

Les écrivains chiliens invoquent constamment les droits de leur pays sur le littoral péruvien et bolivien. Est-il possible et licite, à la lumière de la justice, d'abuser ainsi de la victoire ?

Ils disent que le sang versé sur les champs de bataille par les patriotes chiliens ne peut être coté ; mais, dans ce cas, il ne peut être non plus l'objet d'indemnités pécuniaires ni de cessions territoriales. A la guerre on apporte sa vie; vainqueurs et vaincus versent leur sang. S'il y avait quelque chose qui pût être coté, ce serait ce qui a été dépensé en pensions, en récompenses et en réjouissances. Si le ChiU a dépensé à ce propos 10 millions de piastres, c'est beaucoup.

Il est également question de ce que le Chili a distribué en paiement des dettes qui pesaient sur le littoral bolivien. C'est là une chose naturelle. Celui qui garde un immeuble en supporte les charges. Mais celles-ci soilt insignifiantes en regard de l'importance des indemnités qu'il perçoit. Suivant un protocole signé entre la Bolivie et le Chili, ces charges n'excédaient pas 6 millions de piastres de 18 c. Le Chili a

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dépensé pour la section bolivienne du chemin de fer d' Arica 1. 100.000 livres, mais ce chemin de fer est en son pouvoir, il l'exploite au profit de ses industries et de ses productions avec bon nombre de privilèges.

Le Chili doit garantir 600.000 livres sterling aux chemins de fer de Bolivie, en obtenant des privilèges industriels considérables; cette somme et 300.000 livres qu'il a également données pour ces chemins de fer, font un total de 900.000 livres sterling, ce qui, à côté des 5 millions de piastres que le Chili perçoit comme indemnité de guerre, est insignifiant.

Ni la Bolivie ni le Pérou ne réclament les sommes énormes perçues par le Chili; mais après cette indemnité, qui comprend tous les sacrifices imaginables, ils ont tout au moins le droit de réclamer la propriété de leur territoire arraché par la violence.

De quel droit le ChiU détient-il le littoral péruvien et bolivien? Est-ce du droit de la force? Si cette force s'est effondrée avec la victoire de la justice, les titres allégués par lui ont disparu.

La requête de la Bolivie

Nous ignorons si le Gouvernement de Bolivie, au moment de rompre avec l'Allemagne, a prévu que la question du Pacifique pourrait être mêlée aux résultats de la victoire des Alliés. Ce que nous avons pu observer, c'est qu'au fur et à mesure que la guerre se déroulait, l'idéalisme édifiant du président Wilson se développait en conséquence. Chaque discours prononcé par lui découvrait de nouveaux horizons, et lorsque les faits vinrent donner à cet idéal une force effective, les conclusions en furent, à notre sens, d'une logique incontestable.

Peu de temps avant la signature de l'armistice, l'affaire du Pacifique a été présentée comme étant comprise dans les résultats de la victoire du droit, et l'on a pensé que la Bolivie et le Pérou devaient recouvrer leur littoral, en rétablissant l'équilibre du continent.

Lorsque la défaite de l'impérialisme allemand s'annonça si soudainement, il y eut un moment d'expec-

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tative intense. L'impulsion communiquée par les discours du président Wilson fut énorme ; ses doctrines éveillèrent les justes aspirations des peuples opprimés qui purent formuler leurs désirs de liberté et de justice.

La première manifestation concrète que nous connaissions a été celle du Comité de la collectivité bolivienne de Buenos-Ayres, dont les conclusions peuvent se résumer ainsi : réaliser l'union des partis de la Bolivie pour obtenir la revendication du littoral, sous la sauvegarde de l'idéal de justice qui triomphe en Europe, en refusant toute suggestion pour l'admission d'un port qui appartienne ou qui ait appartenu au Pérou.

Ces conclusions ayant été communiquées au Gouvernement, celui-ci fit savoir qu'il ferait les démarches nécessaires pour que les droits légitimes de la Bolivie fussent sauvegardés par les nations victorieuses qui ont proclamé les principes du droit et de la justice (6 décembre 19 18).

Nous avouons que nous avions espéré que les conclusions du Comité de Buenos-Ayres traduiraient la pensée unanime de la Bolivie.

Nous estimons que le problème est d'une clarté telle qu'un examen détaillé de la situation ne devait laisser aucun doute.

Nous ignorions que l'esprit des pacifistes et des

1 8o LA BOLIVIE DEVANT LA SOCIÉTÉ DES NATIONS

guerriers de 1880 vivait à l'état latent dans les générations actuelles.

La dénomination de ces partis ne correspondait pas à leurs fins. Le fond de ces courants était différent. Les uns voulaient aller du côté du Chili et les autres proclamaient la loyauté envers l'allié.

Don Julio Méndez déclarait qu'il s'agissait là de deux systèmes qui luttaient pour ou contre l'équilibre contmental. Dans une lettre adressée au ministre des Affaires étrangères, en 1904, le D"" Baptista écrivait c-e qui suit : « Il n'y a pas de pays faible qui, . pour respirer, n'ait besoin d'une protection directe ou indirecte, explicite ou implicite ; je crois que je la chercherais dans un accord avec le Chili plutôt qu'avec le Pérou. «

Cependant, après avoir vaincu des difficultés sans nombre et livré des luttes parlementaires à la Danton, la politique de loyauté et d'honnêteté a triomphé en Bolivie et le temps nous a montré les avantages de cette politique.

Il est vrai que les peuples, aussi bien que les hommes, ont pour devoir de se suffire à eux-mêmes ; mais les hommes, pas plus que les peuples, ne peuvent vivre isolés; ils ont besoin de s'unir, de s'entr'aider, de collaborer, et, pour cela, il n'existe qu'une base, c'est la justice. L'amitié par pur intérêt est fort fragile; le moindre choc suffit à la rompre. La seule

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amitié durable et solide est celle qui est fondée sur le droit.

Dans l'actualité, nos revendications s'appuient sur les doctrines du président Wilson, largement secondées par les plus grands esprits du monde. Ces aspirations sont en complète contradiction avec les conquêtes soutenues par le Chili. Pouvons- nous maintenir avec ce pays une amitié basée sur le droit ?

M. Barros Borgoño, le chancelier actuel du Chili, a cité un article de La Prensa de Buenos-Ayres, du 24 mai 1895, où l'on lit ceci : « Il n'est pas humain que les vaincus du Pacifique soient les amis du Chili; ce qui est naturel, c'est que la Bolivie et le Pérou soient ses ennemis. Ce qui est humain et raisonnable, c'est que ces deux nations désirent reconquérir leurs biens perdus, dont s'enrichit leur heureux adversaire. »

Il est impossible de retenir ce cri spontané du patriotisme. Tout ce qui tend à contrarier la nature humaine est artificiel et inutile.

Nous n'avons, nous ne pouvons avoir avec le Chili une amitié basée sur le droit. Il n'est pas un peuple victime qui se résigne au sacrifice de ses intérêts. L'oppression peut durer des siècles, mais la Uberté et le droit finissent par renaître. La Pologne, Trente, Trieste et beaucoup d'autres exemples prouvent au monde que la justice ne périt jamais.

Il a été démontré par des documents que le Chili a demandé instamment à la Bolivie une rectification m de frontières sur le Pacifique. Il lui oflrait en retour ^ des compensations séduisantes; la Bolivie gagnait à l'échange des littoraux; mais ni Melgarejo ni Daza, malgré ce qu'ils ont été, n'ont accepté ce présent grec. La BoHvie a toujours été un pays pacifique, épris de la fraternité continentale; elle n'a jamais désiré le bien d'autrui. Elle a subi des démembrements, elle a été victime des plus grandes injustices, mais elle ne s'est jamais écartée des principes de la justice la plus stricte.

Quand le Chili, qui avait triomphé sur le Pacifique, lui offrait des avantages territoriaux en échange de la rupture de l'alliance avec le Pérou, elle refusa ses propositions pour ne pas tremper dans le crime de la conquête. Maintenant que le Chili a subi une défaite, que la justice internationale se fait effective et efficace, pourquoi s'inclinerait-elle du côté de l'usurpateur ?

La Bolivie est liée au Pérou par une amitié fondée sur le droit. Aucune question territoriale n'est pendante entre eux. De plus, elle a un devoir moral à remplir. Ces deux pays ont fait la guerre ensemble, tous deux ont confondu le sang de leurs enfants dans cent combats, la défaite a rendu leurs intérêts solidaires, la justice qu'ils réclament est la même; tous

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deux ont perdu des territoires ; ils ont en commun le noble idéal de la revanche, ils ont pour devoir de s'aider et de collaborer. La défection de l'un quelconque d'entre eux, pour s'allier au conquérant, aurait quelque chose de répugnant ; et si elle avait pour résultat de lui enlever une partie de son patrimoine, ce serait là un acte indigne d'un peuple honnête, fier et juste. Cette amitié, basée sur la communauté du malheur et sur le respect mutuel du droit, est la seule qui soit solide et durable.

Il est nécessaire dé déterminer la cause ou le motif pour lequel l'affaire du Pacifique est aujourd'hui à l'ordre du jour et commence à agiter si fortement une grande partie de l'Amérique.

Les doctrines du président Wilson, scellées par le triomphe des Alliés et par les statuts de la Société des Nations qui ont été approuvés, permettent aux peuples opprimés d'invoquer la justice et de demander le rétablissement de leurs droits lésés.

C'est à ce titre que la Bolivie, la nation la plus spoliée de ce continent, a demandé à être entendue.

L'acquisition de Tacna et Arica ne cadre pas avec cette situation.

Nous partons de cet antécédent, à savoir que la Bolivie a reconnu la propriété du Pérou sur ces territoires. Or, est-il possible, au nom de la justice et du droit, de prétendre à leur acquisition sans

autre titre que la nécessité de les acquérir? Une réponse négative est ici indiscutable. La Bolivie a possédé un port à elle que le Chili lui a arraché manu militari. A l'heure de la justice, c'est au Chili, qui le détient, qu'il faut demander la restitution du port usurpé.

De Tavis général, la prétention de prendre le port d'un ex-allié, en consacrant les conquêtes de Tennemi, est considérée comme injuste. Il n'est rien de plus dangereux que de s'écarter de la justice. La justice est la plus ferme garantie des nations faibles. L'abandonner serait s'exposer aux plus graves dangers.

Ceux qui veulent Arica pour la Bolivie sont d'avis que l'acquiescement du ChiU et du Pérou doit être recherché. Or c'est là ce que nous estimons, non seulement utopique, mais parfaitement irréaUsable.

La pétition du ministre de Bolivie à Paris pour que la Bolivie soit considérée comme partie du Htige de Tacna et d'Arica, au nom de nécessités historiques, géographiques et politiques, a éveillé les susceptibilités du Chili qui a exigé impérieusement une explication, de même qu'elle a suscité au Pérou l'excitation et l'alarme.

La presse péruvienne rappelle que le peuple et le Gouvernement ont lutté pendant quarante ans en soutenant cqs territoires, non par un patriotisme romantique, mais parce que ceux-ci leur appartiennent

et qu'ils constituent, en outre, la porte la plus sûre pour pénétrer à Tarapaca. Ils ne veulent pas céder et persistent plus fermement que jamais dans cette intention.

Le Chili manie l'amorce d'Arica; mais quand il s'agit de la réalité, il se garde de lâcher le fameux promontoire. Il invoque les déclarations inouïes de Kœning, qui répond admirablement à l'origine allemande de son nom.

Nous croyons qu'on ne peut heurter le sentiment général au nom d'un prétendu sens pratique. Cette pétition, répudiée par le Chili, franchement attaquée par le Pérou, a été reçue par le monde entier avec une indifférence marquée.

Le 27 février dernier, le chancelier de la Bolivie a publié une circulaire diplomatique où il résume les antécédents de la question pendante avec le Chili ; il rectifie Barros Borgoño en ce qui concerne le traité d'alliance de 1873, et il examine le droit qu'ont toutes les nations de posséder un accès à la mer direct et privé.

Nous avons déjà vu comment le président Wilson a posé ce principe sans exclusions ni faveurs ; c'est à lui qu'en appelle la Chancellerie de La Paz, et en demandant la reconnaissance de ce droit, elle fait observer que « la Bolivie ne prétend pas à des acquisitions territoriales fantaisistes ni à des éléments

d'expansion injustifiés, mais à la réintégration de son droit comme une condition d'autonomie, de liberté commerciale et politique inéluctable ». « Nous sommes très loin de prétendre, continue-t-il, comme d'autres l'ont fait dans diverses circonstances de l'histoire de l'Amérique, au patrimoine d' autrui. On ne comprendrait pas qu'au moment où les doctrines de la justice la plus avancée se posent et sont mises en pratique, la Bolivie prétendit attenter aux droits d'un autre pays. »

Il n'est pas possible d'être plus explicite. La Bolivie n'aspire ni n'aspirera jamais au bien d'autrui. Elle a le droit de communiquer avec la mer à l'endroit marqué par son patrimoine colonial. La prétention sur Arica est donc officiellement écartée. Il ne reste d'autre port que celui d'Antofagasta, pour toute sorte de raisons parfaitement fondées.

Nous plaçons au premier plan le titre de propriété que la Bolivie possède sur Antofagasta et qui a été reconnu par le Chili dans le traité de 1874.

Puis il y a l'histoire, qui a réuni ce territoire à l'Audience de Charcas, depuis sa découverte par les Incas.

Il est vrai que, jusqu'en 1889, ce territoire avait le défaut d'être séparé des principaux centres de la Bolivie par un vaste désert presque inabordable ; mais cet inconvénient a été avantageusement écarté par un chemin de fer qui a placé ce territoire dans de

bien meilleures conditions, pour desservir les principaux centres du pays, que tous les autres ports du Pacifique.

En effet, le chemin de fer qui part d'Antofagasta vers le sud, passe à Potosi et n'est pas éloigné de la capitale, Sucre. D'Uyuni il va à Tupiza et arrive à la Quiaca. Par le nord il est à La Paz ; par le centre il passe à Cochabamba pour gagner bientôt Santa Cruz. De sorte que, du sud, du centre et de Torient de la Bolivie, tous ces trains arrivent à Antofigasta plus facilement et plus commodément qu'à n'importe quel autre port. Le désert sauvé ainsi par les chemins de fer, les inconvénients qui avaient préoccupé nus publicistes de la première ère républicaine, ont dispaïu.

Maintenant Antofagasta est le port naturel de la Bolivie de par le droit, l'histoire et l'économie. Pour le Chili Antofagasta n'a d'autre signifi^cation que les magnifiques revenus qu'il rapporte. Ce port n'est lié à aucune partie de son territoire. Séparé de ses principaux centres par un désert immense et par l'étendue de la mer, il ne sert qu'à improviser des fortunes au moyen de ses salpêtrières et de ses minerais. Par contre, toutes ses relations morales et matérielles ont lieu avec la Bolivie dont il sustente l'activité commerciale sur une échelle très supérieure à celle des autres voies.

On parle de la population. Celle d'Antofagasta est flottante et cosmopolite; les Chiliens y sont en majorité, mais pour lui permettre de devenir bolivienne il ne faudrait qu'une décade.

En y transportant provisoirement le Gouvernement, les Chambres, l'armée, les dépendances officielles, le train de familles et d'affaires qui en général suit l'Administration, Antofagasta serait de nouveau nationalisée dans l'espace de deux périodes présidentielles. Actuellement même on n'y trouve pas moins de 10.000 habitants boliviens.

La Bolivie ferait de ce port sa cité modèle. Elle s'occuperait de son embellissement et de son état sanitaire au profit d'Antofagasta, à l'avenir duquel elle est intimement liée. Tout le courant commercial, toutes les relations industrielles d'importance y dépendent de la Bolivie. Dans une occasion comme celle qui occupe aujourd'hui le monde, rien ne nous semble plus légitime, plus juste ni plus loyal que de faire valoir ces arguments pour obtenir une revendication sans compensations, attendu que la Bolivie n'a pas besoin d'acheter ce qui est à elle.

Si les doctrines proclamées à la Conférence de Paris n'étaient que de simples figures de rhétorique internationale, il est évident que nous voguerions dans les régions du rêve ou de l'utopie. Mais si la Société des Nations est approuvée, si la justice inter-

nationale s'organise, si le droit est une force mondiale, pourquoi désespérerions-nous ?

Les hommes les plus représentatifs de l'humanité ne méritent-ils pas notre confiance? Ressemblerionsnous aux païens qui n'ont pas cru au Christ? 11 est quelque chose sur cette terre que nous devons respecter : c'est l'honnêteté de Wilson, c'est la sincérité des représentants de l'Angleterre, de la France, de l'Italie, etc.. Ayons confiance en ces autorités qui sont en train de défendre l'humanité, les faibles et les opprimés, et remettons-leur nos requêtes claires, franches, concrètes, fondées, sincères et justes.

La diplomatie de Talleyrand désormais proscrite, ne cherchons pas à dissimuler notre pensée sous les mots. Exprimons-nous clairement et demandons des choses déterminées, dictées par une loyauté et une honnêteté qui répondent aux nobles traditions de notre patrie, en préservant de la sorte le trésor historique de sa réputation.

Si notre demande légitime de revendication venait à échouer, un autre dilemme se présenterait immédiatement à nous : ou acquérir Arica par une convention passée avec les nations intéressées ou continuer à préparer la revanche.

Ce sont là des problèmes qui découleraient de cette

situation, mais qui n'ont nullement été prévus d'avance.

En plaidant pour la revendication nous notifions au monde que nous n'acceptons pas notre clôture. Mais si nous renoncions à cette requête et nous limitions à négocier l'acquisition d'Arica, nous nous résignerions implicitement à l'usurpation de notre littoral, en appuyant les conquêtes du Chili.

La revendication ne saurait porter préjudice à l'acquisition d'un port ; mais, moralement, celle-ci ferme les portes de celle-là. Tout au moins est-il nécessaire d'obsçrver, dans ces propositions, la question d'ordre. Cet ordre se trouve altéré si l'on soutient de préférence l'achat d' Arica.

En conséquence, notre requête pourrait se résumer ainsi, d'une façon concrète : En vertu de l'article 24 du Statut de la Société des Nations^ et d'accord avec ¡a doctrine qui établit qu'on ne peut empêcher aucune nation de communiquer avec la mer, la Bolivie demande que la province d'Antofagasta, sur le Pacifique, qui, depuis sa découverte, a fait partie de son patrimoine national, lui soit restituée.

Cette requête aurait pour elle les sympathies du monde, l'appui sans conditions du Pérou et la base ferme de la justice.

Jn allègue à cela que le Chili pourrait infliger de

' graves préjudices à la Bolivie devant cette prétention. Si une requête formelle présentée à la Société pouvait donner lieu à une agression du plus fort, à quoi

* servirait cette Société ?

' Le procès pendant, la Bolivie se trouve sous la sauvegarde de la haute cour de justice internationale. Sa perso'.inalité légale est juridiquement égale à celle des plus puissantes nations, et par conséquent inviolable. Le Chili s'est toujours dérobé à toute médiation, en partant de ce sophisme que la difficulté doit être surmontée directement. Par bonheur, la Société établit une haute cour à laquelle sont obHgés de se soumettre ceux mêmes qui n'en font pas partie, sous peine de pénalités pratiques qui les forceraient à

l|i obéir (art. t 7 du Statut).

La propagande officielle et privée d*une aspiration aussi juste ne saurait non plus donner lieu aux agressions du Chili, vu que celui-ci n'a plus les mains Ubres comme en 1879 ; les temps, les intérêts, l'idéal, les procédés ont changé. Ce fantôme créé par le machiavélisme n'est plus qu'un épouvantail destiné à afFaibhr le droit et à diviser les alliés de 1879.

\f. Le triomphe de notre requête ne rétabUrait pas seulement la justice violée, il assurerait en outre P l'équilibre continental et raffermirait la paix.

Un Chili impérialiste, un Chili dominant par la

force une grande partie du Pacifique et dépensant les richesses d'autrui, est un anachronisme. C'est la paix armée inévitable, c'est la guerre future, c'est la Germanie américaine pouvant, à tout moment, jeter le continent dans un incendie qui ébranlerait l'humanité par des cataclysmes semblables à ceux qu'ont subis les peuples envahis d'Europe.

Les guerres, ainsi que l'affirme le président Wilson, sont le fruit d'une caste, d'une oligarchie qui s'installe au pouvoir. C'est un homme, entouré d'un groupe d'ambitieux, qui suscite ces calamités. Un gouvernement démocratiquement populaire ne déchaîne pas de tels cataclysmes pour effectuer des conquêtes.

En 1879, 1^ président du Chili ordonna l'occupation mihtaire d'Antofagasta, comme un acte personnel, sans l'autorisation du pouvoir législatif, et commença la guerre à la grande stupéfaction du peuple chilien.

L'aventure réussit et la vanité nationale entonna l'hymne de gloire. Mais qu'est-ce que le vrai peuple chiUen a tiré de ces conquêtes? Ce sang dont ses dominateurs parlent tant, que lui a-t-il rapporté? Le travailleur chilien se trouve dans les mêmes conditions ou dans des conditions pires qu'avant 1879. Quand il demande quelque chose, il est massacré, comme cela s'est passé à Iquique il n'y a pas bien

longtemps. Quel avantage positif, matériel ou moral, le roto chilien a-t-il reçu de la guerre ? Aucun ! Depuis la fondation de la république, le Chili a été une oligarchie dirigée par une aristocratie habilement organisée. La guerre a été faite au profit de cette classe, et ses avantages, c'est à elle qu'en revient l'usufruit. Cette aristocratie, qui serait tombée, sans la victoire du Pacifique, a créé une caste militaire qui soutient ses ambitions.

Si nous avons bonne mémoire, c'est don Marcial Martinez, la grande personnaHté du Chili, qui a dit : « Tarapaca a perdu le Pérou et Tarapaca est en train de perdre le Chili. »

Ceci est si évident, qu'un journal prestigieux de Valparaíso affirme que, en 1879, la dette publique n'atteignait pas 100 millions de piastres de 18 dollars, alors qu'elle excède aujourd'hui 600 millions de piastres. Sans compter que même le papier-monnaie émis depuis 1879 n'a pas été racheté. « A quarante ans de la guerre, dit-il, nous nous trouvons en face de la dette publique qu'avait le Pérou en 1879, ou soit 600 millions en or de 18 dollars, et le Pérou avec celle du Chili en 1879, c'est-à-dire 100 millions de cette monnaie, alors que nous étions pauvres et heureux, malgré notre pauvreté, parce que nous vivions sans ostentation et sans luxe, mais aussi sans misère. Pour comble, le pays vaincu a pu mettre de l'ordre

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dans ses finances publiques et il a une monnaie; tandis que la nation victorieuse conserve le papiermonnaie que nous n'avions émis, en 1879, ^^^ pour faire face aux frais de la guerre et comme une mesure tout à fait exceptionnelle. »

Ce journal, après avoir montré les inconvénients provenant de la guerre de 1879, ajoute : « Il parait qu'une orgie financière, semblable à celle qui eut lieu au Pérou avec la richesse facile du guano pour la croissance copieuse des revenus du fisc, s'est développée parmi nous. Don Francisco Valdez Vergara dans une de ces envolées qu'accoutumait son intelligence privilégiée, s'est écrié à l'issue de la révolution de 1891 : « La guerre du Pacifique qui nous a donné une richesse fiscale improvisée, nous a aussi apporté de solides germes de corruption. La guerre civile a été une conséquence directe de cette richesse et de son action corruptrice. Lès politiciens peuvent nier ces choses et ils ne les comprennent peut-être pas, parce qu'ils sont constamment dominés par les agitations d'une lutte quotidienne; mais les hommes sains qui considèrent la patrie avant les partis, qui se souviennent du passé et le comparent au présent, trouveront, nous en sommes sûrs, que nos paroles sont l'expression exacte de la vérité. » Comme ces paroles de don Francisco Valdez Vergara sont vraies ! Avec le dénouement de la guerre du Pacifique, tous

les neutres ont pensé' que la richesse passée aux mains du Chili ne devait pas inspirer de méfiance, parce que ses bonnes habitudes de gouvernement, les coutumes sévères et l'extrême économie du peuple, d'une part, et l'exemple de la chute du peuple péruvien, d'autre partj suffiraient à maintenir nos gouvernements dans la bonne voie.

« Les faits proclament quelque chose qui doit nous mortifier beaucoup. Au moins les Péruviens peuventils donner comme excuse de leur prodigalité, à l'époque de la richesse fiscale, le fait de n'avoir pas eu un miroir pour se regarder, ainsi que la brillante tradition de la cour des vice-rois. Mais nous, Chiliens, qui avons été la plus misérable des colonies espagnoles et qui avons vécu, jusqu'en 1879, dans une pauvreté honnête, que pouvons-nous prétexter pour atténuer le fait de nous être livrés à la même orgie financière que les Péruviens? » (La Union, Valparaíso, mars 19 19.)

Quant à la Bolivie, sa situation financière ne saulait être plus solide. La défaite lui a fourni des règles de vie qu'il est souhaitable de ne pas oublier. Son désir fébrile de travailler à des Hgnes de chemin de fer correspond au besoin d'ouvrir des voies de communication qui facilitent le développement de ses énormes richesses.

La victoire a aussi ses inconvénients. L'impérialisme chilien est aussi nuisible ou plus nuisible à son

peuple qu'aux nations voisines. Le sacrifice énorme qu'il exige pour l'entretien d'un formidable train de guerre, rompt l'équilibre de ses finances, produit des gaspillages inévitables et des frais considérables en choses improductives et inutiles.

L'éducation du peuple, échauffe par une vanité nationale fondée sur l'empire de la force, proscrit l'idéal de la justice, et une âme collective, dépourvue de cette base morale, doit être défectueuse et elle est exposée aux dénouements les plus dangereux. Un pays savant, industriel, civilisé, qui possède une race vigoureuse et forte comme l'Allemagne, n'a pu résister à l'élan de l'impérialisme triomphant en 1870. Il a fini par se voir entraîné dans les aventures de 19 14, pour souffrir ensuite ce qu'il souffi'e. Le Chili seraitil l'unique nation qui se puisse affranchir de cette loi naturelle que la Providence impose invariablement et fatalement à ceux qui soutiennent la force ? Où peut aller un pays qui méconnaît tout droit, dont les expansions territoriales n'ont pas de limites, qui nie et usurpe la propriété du voisin, qui commet la cruauté de convertir en cuve une nation sœur en lui fermant les issues qu'elle possédait sur la mer? Croit-il que les victimes vont oublier leurs droits ?

Une pareille orientation ne peut être attribuée au peuple. C'est le calcul d'une caste, d'une classe qui manie cette arme, à la vue d'une lueur hallucinante.

mais qui a un fond infernal, plein de dangers et de conséquences funestes.

Ceci nous remet en mémoire Le Condor aveugU de Leopoldo Lugones : « Les anciens montagnards de l'intérieur du pays, dit-il, pratiquaient un jeu barbare qui était aussi une vengeance contre les condors nuisibles. Quand ils n'en capturaient qu'un, ils lui crevaient les yeux et le remettaient en liberté. L'oiseau affolé, cherchant la lumière dans un furieux vol en spirale, s'élevait • dans les airs jusqu'à ce que, làhaut, détrompé au contact habituel de l'air dont la solitude était devenue pour lui un immense froid sombre, il se précipitait tout à coup, avec un bruit effrayant, dans le vertige de sa propre nuit. C'est ainsi que le matérialisme hautain s'élève au début dans l'ivresse de sa force. Son aveuglement sinistre prétend se surpasser pour se convertir en lumière, par la puissance de son élan. Mais il n'échappera pas à l'isolement qui l'annihile. La nuit et la solitude, il les porte avec lui. Sa propre âme noire est le tombeau où il vient s'abîmer. C'est pourquoi, tant qu'il le peut, il cherche des victimes pour le combler. Il a voulu être le seul. Tunique, le suprême dominateur, et c'est dans ce but qu'il a adopté la terreur, la perfidie, l'avarice ; il a entassé des trésors, il a enchaîné son cœur à l'indifférence devant l'iniquité, qui ajoute l'hypocrisie à la complicité dans le crime. Malgré

cela, il allait se dresser un grand piédestal ou s'assurer un bien-être égoïste devant l'immense douleur solitaire de tous les hommes. Or, il n'avait réussi qu'à se former un cachot, creusé dans sa propre ombre intérieure, comme la cécité du condor rapace auquel les paysans avaient crevé les yeux. »

Après avoir montré avec une rare éloquence comment tombe le despotisme et comment il s'incline vers l'homme le plus idéaliste et le plus libre du monde, Lugones continue : « Tout matérialisme est désormais condamné; ce qu'on est convenu d'appeler l'honneur militaire et qui est fondé sur la systématisation du pillage et de l'assassinat, s'est effondré avec le dogme d'une « Allemagne invincible ». Le positivisme pédantesque qui étabUt comme un droit la réalité de la force s'est effondré. L'immoralité funeste de deux morales, l'une pour l'individu, l'autre pour la collectivité, s'est effondrée, comme s'effondre le neutralisme, ou soit l'infâme doctrine qui nie la solidarité humaine, devant la seule chose qui la définisse comme un état supérieur : le danger du faible subjugué par l'iniquité. »

Toute cette architecture sur laquelle reposait l'impérialisme allemand s'est écroulée. Pourquoi subsisterait-il au ChiH une succursale de ce régime.^

En attendant, la Bolivie a quelque chose dont elle

LA REQ.UETE DE LA BOLIVIE ' I99

peut se montrer fière devant le monde : c'est son honnêteté, sa justification et sa loyauté. Victorieuse à Ingavi, elle n'a pas attenté aux droits du vaincu pas plus qu'elle n'a exigé des indemnités de guerre. Vaincue dans le Pacifique, elle a maintenu sa loyauté envers l'allié et repoussé des suggestions d'améliorations territoriales réellement séduisantes. Elle a préféré jouer le rôle de la Belgique, plutôt que de se présenter au monde avec une défection comme celle de la Russie. Qu'a obtenu la Bolivie par ce procédé? « le poids de la conscience contre le poids de l'inconscience ». Le génie de l'art oratoire américain, le sénateur Ruy Barbosa, a caractérisé ces deux poids. « Dans cette guerre encore mal éteinte, dit-il, dans cette guerre dont les flammes exhalent encore de la chaleur, il est nécessaire de comparer cette Belgique de 8 millions d'âmes avec cette Russie de 180 millions d'hommes. En dépit de sa mauvaise organisation, celle-ci était un colosse au point de vue militaire. Les plus braves soldats, les généraux les plus brillants ne lui manquaient pas. Mais la corruption, l'ignorance, le fanatisme, avaient brisé les énergies morales nécessaires à son Gouvernement, à sa société, à son peuple, et le monstre armé que son immensité convertissait en Goliath, tomba dans les contingences de la lutte, et fut précipité dans une anarchie où les uns et les autres s'entre-déchirent

SOUS l'empire de la misère, de la faim et du gouvernement de deux étrangers. Tandis que la Belgique qui a lutté contre l'invasion jusqu'à la dernière minute, qui a versé son sang presque jusqu'à la dernière goutte, qui a dû accepter l'hospitalité d'une capitale étrangère, traverse, invincible, sa voie douloureuse, et resurgit de son calvaire, couronnée de lauriers, glorieuse, divine, avec sa nationali;é intacte et son prestige multiplié, et les racines de son avenir bouillonnantes de sève. Il est bien préférable d'être grand par la qualité que par la quantité. »

En rappelant sa loyauté à toute épreuve dans ses relations internationales, la Bolivie peut tenir le même langage. Elle a préféré lutter contre un ennemi supérieur, pour rester fidèle à l'alliance, en repoussant des avantages matériels offerts avec insistance. Elle a préféré la mutilation, l'enserrement, l'annulation de sa personnalité maritime, pour sauver son honnêteté et sa loyauté. Devant le monde entier, elle peut revendiquer les titres d'une victime injustement sacrifice, et un jour viendra où elle resurgira de son calvaire, toute radieuse, glorieuse et honorée comme la Belgique, car elle n'a jamais trahi personne et n'a jamais convoité le bien d'au.trui.

La Bolivie se trouve en face d'un dilemme : ou la Société des Nations lui rendra justice, ou elle épargnera son droit de revanche.

LA REaUÊTE DE LA BOLIVIE 201

En sa qualité de député de TAssemblée nationale de 1871, Victor Hugo s'écriait devant la mutilation de TAlsace et de la Lorraine : « Qu'il soit permis à l'Allemagne de se trouver heureuse et d'être fière avec deux provinces de plus et la liberté de moins. Mais nous, nous la plaignons ; nous la plaignons de cet agrandissement, qui contient tant d'abaissement ; nous la plaignons d'avoir été un peuple et de n'être plus qu'un empire. Je viens de dire : l'Allemagne aura deux provinces.de plus. Mais ce n'est pas encore fait, et j'ajoute : cela ne sera jamais fait. Jamais, jamais. Prendre n'est pas posséder. Possession suppose consentement. Est-ce que la Turquie possédait Athènes? Est-ce que l'Autriche possédait Venise? Est-ce que la Russie possède Varsovie? Est-ce que l'Espagne possède Cuba? De fait, oui; de droit, non. Messieurs, à Strasbourg, dans cette glorieuse Strasbourg écrasée sous les bombes prussiennes, il y a deux statues, Gutenberg et Kléber. Eh bien ! nous sentons en nous une voix qui s'élève et qui jure à Gutenberg de ne pas laisser étouffer la civiUsation, et qui jure à Kléber de ne pas laisser étouffer la république. Les Prussiens sont vainqueurs, soit ; maitriseront-ils la France? Non. Dans le présent, peut-être; dans l'avenir, jamais. Se figure-t-on quelque chose de pareil à ceci : la suppression de l'avenir par le passé ? Eh bien ! la suppression de la France par la Prusse,

c'est le même rêve. Non, quelle que soit la lâcheté de l'Europe ; non, sous tant d'accablement ; non, sous tant de rapines, sous tant de blessures, sous tant d'abandon, sous cette guerre scélérate, sous cette paix épouvantable, mon pays ne succombera pas. Non. Faites, princes, mutilez, coupez, tranchez, annexez, volez, démembrez. Vous créez la haine profonde; vous indignez la conscience universelle. La vengeance couve, l'explosion sera en raison de l'oppression. Tout ce que la France perdra, la Révolution le gagnera. Oh ! une heure sonnera — nous la sentons venir — cette revanche prodigieuse. Nous entendons dès maintenant notre triomphant avenir marcher à grands pas dans l'histoire. Oui, dès demain, cela va commencer; dès demain la France n'aura plus qu'une pensée : se recueilUr, se reposer dans la rêverie redoutable du désespoir, reprendre des forces, élever ses enfants, nourrir de saintes colères ces petits qui deviendront grands, forger des canons et former des citoyens, créer une armée qui soit un peuple; appeler la science au secours de la guerre ; étudier le procédé prussien, comme Rome a étudié le procédé punique ; se fortifier, s'affermir, se régénérer, redevenir la grande France, la France de 92, la France de l'idée et la France de l'épée. Puis, tout à coup, un jour, elle se redressera : on la verra ressaisir la Lorraine, ressaisir l'Alsace. Est-ce tout? Non, non.

LA REQ.UÊTE DE LA BOLIVIE 203

saisir Trêves, Mayence, Cologne, Coblentz, toute la rive gauche du Rhin. Et on entendra la France crier : C'est mon tour, Allemagne, me voilà. Suis-je ton ennemie ? Non, je suis ta sœur. Je t'ai tout repris et je te rends tout à une condition : c'est que nous ne ferons plus qu'un seul peuple, qu'une seule famille, qu'une seule république. Je vais démolir mes forteresses, tu vas démolir les tiennes. Ma vengeance, c'est la fraternité. Plus de frontières; le Rhin à tous. Soyons les États-Unis d'Europe, soyons la fédération continentale, soyons la liberté européenne, soyons la paix universelle. Et maintenant, serrons-nous la main, car nous nous sommes rendu service l'une à l'autre; tu m'as déhvrée de mon empereur, et je te délivre du tien. »

Cette noble prophétie s*est fidèlement réalisée après quarante-huit ans d'efforts patriotiques.

La Bolivie, triomphant dans son droit devant un tribunal de paix ou après une sanglante victoire, ne portera pas non plus la haine au Chili, parce que ce n'est pas la vengeance qu'elle cherche, mais la revendication. Une fois qu'elle aura reconquis son droit, elle lui tendra une main fraternelle, elle le remerciera de l'avoir délivrée des gouvernements militaires et le sauvera en même temps de son oligarchie traditionnelle et funeste.

Conclusion

La patrie à qui nous consacrons toutes nos afFec^ tions, nos abnégations et nos sacrifices, mérite aussi le plus grand détachement dans toutes les manifestations de la vie. La moindre déviation dans ses objectifs devient hautement préjudiciable. C'est pourquoi nous ne croyons pas, nous n'avons jamais cru que les partis s'empareraient d'un topique international pour des fins de politique intérieure. Ce serait là le crime le plus abominable.

Qualifier les plus nobles aspirations du patriotisme comme des actes d'hostilité envers les gouvernements est un procédé qui n'est pas nouveau. Il est nécessaire d'éviter les exagérations de ceux qui luttent sur le terrain , ardent de notre journalisme extrémiste et intolérant.

. Nul n'est infaillible. L'opposition ne doit pas déprécier le patriotisme des gouvernements, pas plus que ceux-ci ne doivent mépriser les conseils de l'opinion. La tolérance en cette matière doit être si soigneuse-

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