‹ La bombarde: contes à chanterChapitre 21 sur 59 · L'HEURE A VENIR · texte numérisé non relu

L'HEURE A VENIR

« Triste enfant dont se creuse la joue, « Tandis qu'au bord des flots orageux « Autour de toi chacun crie et joue, « Pourquoi "rester, seul, fuyant les jeux, « Devant la mer, Tame malcontente !

:< Qu'attends-tu là, d'une vaine attente ?

— Jatlt^nds là ({ue la mer ait tari. » Et de l'enfant tout le monde a ri.

« A rage où dans les bois, loin des grèves,

« Les amoureux se cachent le soir,

" Rlème jeune homme aux yeux lourds de rêve:

« Devant la mer, toi, pourquoi t'asseoir? « A Fàge où deux à deux on est tendre, « Que viens-tu làj solitaire, attendre ?

— J'attends là que la mer ait tari. » Et du rêveur tout le monde a ri.

« Homme au front nu balafré de rides, a Te voici mûr pour les durs combats.

« Pourquoi hanter ces plages arides, « Quand la moisson de vie est là-bas?

« A regarder sans fin l'étendue, « Tu te morfonds vers quelle attendue ?

— J'attends là que la mer ait tari. » Et de l'oisif tout le monde a ri.

« Vieillard qui vas mourir tout à l'heure, « Jouis au moins du beau jour dernier. « L'absurde espoir qui toujours te leurre, (( C'est temps encor de le renier.

« Qu'attends-tu là, le front dans le sable, « Devant la mer, certe, intarissable?

— J'attends là que la mer ait tari. » Et du vieillard tout le monde a ri.

ALJOl. i<l>H LI ET DEMAIN IH

" Ci-gît un fou mort dans sa folie. » C'est l'épi taphe qu'on lui grava.

Et sur sa tombe que tout oublie Depuis longtemps personne ne va.

Sachez pourtant, faux sages, l'entendre : O fou n'était pas un fou, d'attendre.

Car ra vient, l'heure dont on a ri.

L'heure où la mer, certe, aura tari.

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