‹ La bombarde: contes à chanterChapitre 20 sur 59 · LE ROCHER · texte numérisé non relu

LE ROCHER

C't'tiiit, au voir, au toucher, Un rocher en pur rocher.

Aucune feuille, aucune herbe, A son front chauve et superbe !

Aucun poil «follet vivant De mousse frisée au vent I

IM.inté là comme une borne.

Il se tenait raiJe et morne.

Il avait l'air souid-muet.

Jamais il ne remuait.

136 LA BOMHAUDE

« S'il vit, c'est un imbécile !

« S'il est mort, il est fossile ! »

Ainsi pensaient les passants.

Il leur répondait : « Je sens. »

Il leur disait: « Je suis tendre. »

Mais on ne pouvait l'entendre.

Car, sans desserrer les dents.

Il ne parlait qu'en dedans.

Sur son visage farouche

On ne voyait point de bouche.

Pour crier ses biens, ses maux, Il n'en sortait pas de mots.

En ce champ de pierre aride.

Pas même un sillon de ride

Où pût germer quelque fleur Exprimant joie ou douleur!

aujourd'hui et demain 137

Et pour tous ce rocher doncque Ne fut qu'un rocher quelconque.

Mais un jour, passant par là, Moi, j'ouïs qu'il me parla.

Hocher que ta masse oppresse, On la saura, la détresse.

Hocher que nul n'a compris, On le connaîtra, ton prix.

Hocher qu'on suppose inerte.

J'ai lu dans ton ame ouverte.

J'ai vu tes pleurs s'épancher.

C'était la source, ô rocher !

La source où se désaltère Au-dessous de toi, la terre ;

La source qui sourd plus bas El qu'en toi l'on n'entend pas ;

La source qui par la plaine Est ruisseau, rivière pleine,

Puis fleuve immense et fougueux.

0 rocher ! 0 cœur des gueux !

A UJ ou 111) HLl ET DEMAIN 139

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