‹ La bombarde: contes à chanterChapitre 40 sur 59 · LES SIX OISEAUX · texte numérisé non relu

LES SIX OISEAUX

Sont partis six petits oiseaux, (Pleurez, les champs, les bois et les eaux!) Sont partis six petits oiseaux Pour faire quoi? L'amour? La guerre?

Je ne sais trop, je ne sais guère.

Ce que je sais, les chers petits.

C'est que, depuis qu'ils sont partis.

Ils ne reviennent guère.

Les deux premiers chantaient des chants, (Pleurez, les eaux, les bois et les champs!) Les deux premiers chantaient des chants Comme rossignols au bocage.

Dans mon cœur ils étaient en cage.

Ils en sont sortis. Mais par où ? Qui diable a bien pu faire un trou Aux barreaux de la cage ?

Les deux seconds, à haute voix, (Pleurez, les eaux, les champs et les bois!) Les deux seconds, à haute voix, De musique toujours nouvelle Emplissaient gaîment ma cervelle.

Ils l'ont quittée, et me voilà Avec le vent au triste la \

Qui geint dans ma cervelle.

Les deux derniers, par les roseaux, (Pleurez, les champs, les bois et les eaux!) Les deux derniers, parles roseaux Où va la barque de mes rêves, Flûtaient comme au-dessus des grèves Flûtent les courlis dans le soir; Et, sans eux, ma barque au musoir S'envase loin des grèves.

Il était six oiseaux méchants, (Pleurez, les eaux, les bois et les champs!) Il était six oiseaux méchants

Qu'à tous les échos je réclame; Car leur départ m'a vidé l'âme.

Si vous les voyez, dites-leur Que j'en ai grand'peine et douleur, La mort dans l'àme.

Dites-leur qu'il est aux abois, (Pleurez, les champs, les eaux et les bois !) Dites-leur qu'il est aux abois, L'orgueil qui leur parlait en maître, Et qu'à leurs pieds on veut le mettre, Ce farouche et stupide orgueil, Ou que sinon, dans le cercueil C'est moi qu'il faudra mettre.

Hélas! tes six jolis oiseaux, (Pleurez, les champs, les bois et les eaux î) Hélas ! tes six jolis oiseaux, Fais de ton cœur leur reliquaire.

Hs sont loin, ils n'entendent guère Ton regret aux cris surperflus.

Hs ne reviendront guère plus, Ils ne reviendront guère.

GRENIPILLE

On rappelait Grenipille.

Grenipille on l'appelait.

Si le nom point ne vous plaît, N'en veuillez pas à la fille.

Le nom est peut-être laid; xMais la fille est si gentille !

D'ailleurs, à l'enfantelet, C'est riiéritage au complet Que lui légua sa famille.

Donc, ce nom, faut qu'elle l'ait Et le garde, tel qu'il est.

On l'appelait Grenipille.

Grenipille on l'appelait.

Grenipille ou bien Misère, C'est même chose en deux mots.

C'est, de hameaux en hameaux, Traîner un ventre qu'on serre, Pour soi-même et les marmots Trucher le pain nécessaire.

Envier leur sort même aux Plus pauvres des animaux, Egrener le noir rosaire Dont tous les grains trop gémeaux Sont des maux, des maux, des maux.

Grenipille ou bien Misère, C'est même chose en deux mots.

Grenipille à la mamelle Connut le bonheur deux ans, Les repas toujours présents, Sa mère étant la gamelle.

Puis, les tétons moins pesants, Sa mère refut femelle; Et la gosse aux yeux luisants Connut les jours mal plaisants Avec l'errante, et comme elle Devint de ces gueux gueusants Aux refus des paysans.

Grenipille à la mamelle Connut le bonheur deux ans.

Grenipille mal famée Tout son soûl grenipilla, Subit tout ce qu'il y a D'angoisse à vivre affamée, De guenilles s'habilla, S'endormit sous la ramée, Sous la bise s'éveilla ; Et, quand même, pareille à I.a fleur la mieux renfermée, Tout le monde émerveilla D'un teint de camélia.

Grenipille mal famée Tout son soûl grenipilla.

Grenipille a pour prunelles Deux violettes de Mai.

Celles qui font embaumé Le silence des venelles Où l'on va, le cœur pâmé D'odorantes ritournelles. Disant : « C'est là que j'aimai », Ces reines du bois charmé,

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