‹ La bombarde: contes à chanterChapitre 41 sur 59 · LA B 0 M U A R D E · texte numérisé non relu

LA B 0 M U A R D E

Celles-là n'ont pas en elles Tant de printemps parfumé, Tant d'azur ni tant de Mai.

Grenipille a pour prunelles Deux violettes de Mai.

Grenipille est dru-coiffée De cheveux en or vivant; Les soigne peu ; mais, rêvant.

Paresseuse, ébouriffée, Les laisse peigner au v^nt.

Lui, les frise par bouffée.

D'un souffle les soulevant.

Heureux d'être le servant D'une tant mignonne fée, '■ Il la fait rougir souvent D'un baiser en se sauvant.

GrenipiUe est dru-coiffée De cheveux en or vivant.

t Grenipille est si charmante Qu'à la voir on dit merci.

Même l'amoureux transi Des trahisons d'une amante Se sent le cœur radouci

Et puis plus ne se lamente

Aussitôt que la voici.

Il se demande : « Est-il si

« Prouvé que ma folle mente? »

Et de soucieux ainsi

Il se mue en sans-souci.

Grenipille est si charmante

Qu'à la voir on dit merci.

Grenipille est si jolie

Que tout le monde en est gai.

Lorsque, le corps fatigué,

En plein jour elle s'oublie

A dormir, ou qu'en un gué

L'eau soudain s'est embellie

De ses beaux pieds nus : « Morgue ! »

Dit le bois, «j'ai divagué

« Quand j'avais mélancolie. ;3

Et, vite, en style fugué

Il chante ma mie oh ! gué !

Grenipille est si jolie

Que tout le monde en est gai.

Grenipille ainsi lotie Doit avoir des amoureux?

Elle en a, certe, et nombreux, Et tous offrant garantie Autant qu'ils sont langoureux, Et chacun sans modestie Proclamant qu'il est le preux Pour lui faire un sort heureux.

Mais la même repartie Ils se partagent entre eux :

« Avez-vous le ventre creux ? »

Grenipille ainsi lotie Doit avoir des amoureux.

(( Grenipille suis, dit-elle,

« Toujours grenipillerai.

« Point je ne trouve à mon gré

« Le velours ni la dentelle.

« Jamais riches n'aimerai;

« Ce n'est pas ma clientèle.

« Mais celui que je prendrai

« Pour maître et pour adoré,

« Je veux qu'il ait mine telle

« Que toujours moi-même aurai,

« Mine de miserere.

« Grenipille suis, dit-elle,

« Toujours grenipillerai. »

« Grenipille, es-tu donc folle? »

Disent tous les soupirants.

« Si c'est un gueux que tu prends,

« Le bonheur de toi s'envole.

a Choisis plutôt dans nos rangs.

« Avec nous, c'est couche molle,

« Bons plats, bons vins, et des francs...

— Mais, dit-elle, les pleurants, « Si mon baiser les console,

« Mes plaisirs sont assez grands.

« Je fais qu'on fait mes parents.

— Grenipille, es-tu donc folle? »

Disent tous les soupirants.

« Grenipille, la marmaille « Va venir manger tes seins, « Un tas de mômes malsains « Qui grouilleront dans la paille « Sur les bras pour traversins. »

Elle dit : « Vaille que vaille !

« Je nourrirai mes poussins « D'aumônes ou de larcins.

« Je suis enfant de canaille, « J'eus des aïeux assassins.

« Et vous, êtes- vous des saints?

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