‹ La bombarde: contes à chanterChapitre 5 sur 59 · LES TRISTES NOCES · texte numérisé non relu

LES TRISTES NOCES

Quand tinta Theure attendue au beffroi Qu'on fianrait la fille du bon Roi,

La plus belle du monde, Il arriva tant, tant de fiancés, Que les chemins en furent défoncés

Trente arpents à la ronde.

Elle devait se choisir son époux.

Fût-ce un gueux, gueux plus qu'un pouilleux sans poux.

La chose était promise !

Il en vint donc de tous les acabits, De tous les poils et de tous les habits.

Même des sans chemise.

Le défilé dura pendant cent jours.

Il en passait, il en passait toujours.

C'était comme une armée.

La belle enfant, levant sa blanche main, Faisait ranger sur le bord du chemin

Ceux qui l'avaient charmée.

Gomme elle avait les yeux et le cœur las, Cent jours ensuite elle pris du soûlas,

Puis, l'âme réclaircie, Recommença l'examen lentement, Afin d'élire entre tous son amant

Avec grand' minutie.

Du premier choix dans ce peuple amoureux Étaient restés des bataillons nombreux.

Elle en fit la parade En conscience, en bon ordre, en détail. Elle marquait par un coup d'éventail

Chaque heureux camarade.

Ce nouveau choix prit du temps, vous pensez ! Des jours, des jours, y furent dépensés. Encore une centaine !

Page 1