III KU
D'ailleurs la belle en eut tant de souci Qu'elle y gagna tout net à ce coup-ci Une fièvre quartaine.
Et derechef cent jours il lui fallut Se roposer pour remettre en salut
Sa santé de pucelle.
Et cependant qu'elle délanguissait, Le temps fuyard passait et repassait
Sur son cheval sans selle.
En vain disait le bon Roi par moment : « Tu ne peux pas sempiternellement
« Demeurer fiancée.
— Sois patient, répondait-elle. Va, « Je trouverai ce que mon cœur rêva.
Je ne suis point pressée. »
Du dernier choix cinquante soupirants, Dûment triés, se tenaient sur les rangs,
Tous de beauté complète, Tous excellents, tous dignes du brevet.
Entre ceux-là vraiment elle pouvait
Élire à l'aveuglette.
Mais elle y mit toujours le même soin, Et pour chacun, dès lors, elle eut besoin
De deux grandes journées.
Cent jours encor s'enfuirent à ce jeu.
Et des cent jours sur cent jours, peu à peu
Cela fait des années.
Car les cinquante, alors qu'ils furent vingt, Puis dix, puis cinq, puis trois, le choix devint
De moins en [moins rapide.
Une semaine à chacun il fallait.
Et puis un mois, et puis un an complet.
Le Roi tomba stupide. .
Il n'avait plus sur les lèvres qu'un mot : « Épouse ! Épouse ! » Il voulait un marmot.
Mais elle : « Espère ! Espère ! »
Si bien qu'enfin, très vieux et très dolent, Il trépassa, tout triste, en s'en allant,
De n'être pas grand-père.
Quel âge alors avait en vérité La belle enfant? Je ne l'ai pas compté. Mais sa joue était blême.
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Les gens, voyant se flétrir ses appas, Pris de pitié, disaient : « C'est de ne pas « Savoir celui qu'elle aime. »
Et cependant son miroir lui montrait, En lamentable et fidèle portrait,
Sa beauté défleurie.
Et cependant, de cent jours en cent jours, Le temps galope et galope toujours
Sans qu'elle se marie.
Et cependant toujours elle se croit De clair teint frais et de corsage droit.
Et de jeune frimousse.
Et ne voit pas dans la cour du château (Ju'aux vieux pavés il vient un vieux manteau
Brodé d'herbe et de mousse.
Des trois derniers prétendants réservés L'un maintenant avait les yeux caves.
L'autre la barbe grise.
Seul, le troisième était demeuré beau.
Sur ses cheveux en ailes de corbeau
L'âge n'avait pas prise.
Le môme éclat luisait dans ses regards, Si caressants, avec leurs feux hagards
Au chatoiement d'opale.
D'aucune ride il ne portait l'affront Sur le grain pur et lisse de son front
Tel que du marbre pâle.
Fier et sanglé dans un collant pourpoint De velours noir, il ne fléchissait point
Sous le poids des années.
Et de sa bouche aux propos enjôleurs Le rosier rose était toujours en fleurs
Que rien n'avait fanées.
Ah ! pour le coup, la belle plus longtemps Ne pouvait pas à ses choix hésitants
Accorder de remise.
« Entre tous ceux, dit-elle, que j'aimais, « Vous restez seul et vainqueur désormais. « Voici ma main promise ! »
Mais, comme alors elle tendait sa main. C'est un lambeau de jaune parchemin Qui sortit de sa manche,