‹ La bombarde: contes à chanterChapitre 53 sur 59 · LE FIL BLEU · texte numérisé non relu

LE FIL BLEU

La vieille, assise au coin de son feu, Mouille, mouille.

Filez la quenouille, La vieille, assise au coin de son feu, File son fil petit à peu.

Les hommes noirs, en clignant de l'œil, Cogne, cogne, Clouez la besogne.

Les hommes noirs, en chgnant de l'œil.

Au seuil déposent le cercueil.

La vieille a dit : « Hurlii, gogueni ! (' Mouille, mouille, « Filez la quenouille ! »

La vieille a dit : « Hurlu, gogueni ! « Attendez ! je n'ai pas fini. »

Ils ont répondu : « Nous attendrons, « Voire, voire, « Si l'on paie à boire ; »

Ils ont répondu : « Nous attendrons, « Mais donnez à chacun vingt ronds. »

La vieille a dit : « Prenez donc, les gas, « Soûle, soûle, « Rincez-vous la goule ! »

La vieille a dit : « Prenez donc, les gas, « Tout l'argent que j'ai dans mon bas. »

Les croquemorts, l'air tout guilleret, Paie, paie, Videz la bouteille, Les croquemorts, l'air tout guilleret, Sont allés boire au cabaret.

La vieille, avec son âme d'oiseau.

Mouille, mouille, Filez la quenouille, La vieille, avec son âme d'oiseau, S'endort en tournant son fuseau.

Les hommes noirs sont revenus soûls, Cogne, cogne, Clouez la besogne, Les hommes noirs sont revenus soûls.

Au cercueil vide ont mis les clous.

La vieille, assise au coin de son feu. Mouille, mouille, Filez la quenouille, La vieille, assise au coin de son feu. Se réveille petit à peu.

Les croquemorts, cahin-quédébas,

Danse, danse,

La bière en cadence,

Les croquemorts, cahin-quédébas.

Croient porter la vieille là-bas.

Mais rÉternelle, au coin de son feu, Mouille, mouille.

Filez la quenouille, Mais rÉternelle, au coin de son feu.

File toujours son beau fil bleu.

EPILOGUES

VERS LA FOxNTAINE

Sur ma route j'ai rencontré,

Lirloiifu malurette ré,

In homme qui m'a dit: « Mon frère,

Si tu le veux, pour te distraire, • Mon liisloire te conterai, " Lirlonfa maluré.

Oue lu sois un sage juré, " Lirlonfa malurette ré, " Ou bien un fol, c'est même antienne. ' Cette histoire mienne est la tienne.

Tu feras ce que je ferai, " Lirlonfa maluré.

« Quand le vin de vie est tiré, « Liiionfa malurette ré, « Qu'importe ce qu'on foutimasse « Pour boire avec ou sans grimace ?

« Bien ou mal, c'est liron-liré, (( Lirlonfa maluré.

« Or voici, sois-en assuré, « Lirlonfa malurette ré, « Mon histoire, et la tienne, et celle (( De l'existence universelle « Depuis que la vie a viré, « Lirlonfa maluré.

« Depuis que la vie a viré, « Lirlonfa malurette ré, « Elle vire au fil d'une spire « Où tout coule de pire en pire « D'un mouvement accéléré, « Lirlonfa maluré.

*( Au monde quand je suis entré,

« Lirlonfa malurette ré,

« Ma chair et mon âme novices

ÉPiLuiiLi:s 343

« Étaient déjà Ueuris de vices « Dont mes aïeux m'avaient paré, « Lirlonfa maluré.

« Dans le monde ayant admiré, « Lirlonfa malurette ré, « Que chacun se montrait superbe « De ces mêmes vices en gerbe, « J'en ai fait cueillette à mon gré, « Lirlonfa maluré.

« Quand du monde je sortirai, « Lirlonfa malurette ré, « A mes neveux pour héritage « Je dois en léguer davantage.

« C'est la loi du progrès sacré, « Lirlonfa maluré. »

Tel parla l'homme rencontré, Lirlonfa malurette ré, Et cependant, vague et lointaine, Là-bas chantait une fontaine Douce à notre rêve altéré, Lirlonfa maluré.

34i- LA OMBAIIDE

El tous deux d'un pas déluré, Lirlonfa malurette ré, Nous marchions, mouillant nos chemises, Vers la fraîcheur des eaux promises Dont nul n'avait désespéré, Lirlonfa maluré.

KPILOGUES 345

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