L'HEURE A VENIR
a Triste enfant dont se creuse la joue, « Tandis quau bord des flots orageux « Autour de toi chacun crie et joue, « Pourquoi rester, seul, fuyant les jeux, « Devant la mer, l'àme raalcontente !
« Qu attends-tu là, d'une vaine attente ?
— J'attends là que la mer ait tari. » Et de Fenfant tout le monde a ri.
« A lïige où dans les bois, loin des grèves,
« Les amoureux se cachent le soir,
a Blême jeune homme aux yeux lourds de rêves,
« Devant la mer, toi, pourquoi t'asseoir? « A rage où deux à deux on est tendre, f Que viens-tu là, solitaire, attendre ?
— J'attends là que la mer ait tari. » Et du rêveur tout le monde a ri.
« Homme au front nu balafré de rides, « Te voici mûr pour les durs combats.
« Pourquoi hanter ces plages arides, « Quand la moisson de vie est là-bas ? « A regarder sans fin Téiendue, « Tu te morfonds vers quelle attendue ?
— J'attends là que la mer ait tari. » Et de Toisif tout le monde a ri.
« Vieillard qui vas mourir tout à l'heure, « Jouis au moins du beau jour dernier. (' L'absurde espoir qui toujours te leurre, « C'est temps encor de le renier.
(' Qu'attends-tu là, le front dans le sable, " Devant la mer, certe, intarissable?
— J'attends là que la mer ait tari. » Et du vieillard tout le monde a ri.
« Ci-gît un fou mort dans sa folie. •> C'est l'épitaphe qu'on lui grava.
Et sur sa tombe que tout oublie Depuis longtemps personne ne va.
Sachez pourtant, faux sages, l'entendre : Ce fou n'était pas un fou, d'attendre.
Car ça vient, l'heure dont on a ri, L'heure où la mer, certe, aura tari.