LE ROCHER
C'était, au voir, au touchei% Un rocher en pur rocher.
Aucune feuille, aucune herbe, A son front chauve et superbe !
Aucun poil follet vivant De mousse frisée au vent !
Planté là comme une borne, Il se tenait raide et morne.
Il avait l'air sourd-muet.
Jamais il ne remuait.
f< S'il vit, c'est un imbécile !
« S'il est mort, il est fossile ! »
Ainsi pensaient les passants.
Il leur répondait : « Je sens. »
Il leur disait: « Je suis tendre. >.
Mais on ne pouvait l'entendre.
Car, sans desserrer les dents, Il ne parlait qu'en dedans.
Sur son visage farouche
On ne voyait point de bouche.
Pour crier ses biens, ses maux, Il n'en sortait pas de mots.
En ce champ de pierre aride, Pas même un sillon de ride
Où pût germer quelque fleur Exprimant joie ou douleur!
Et pour tous ce rocher doncque Xe fut qu'un rocher quelconque.
Mais un jour, passant par là, Moi, j'ouïs qu'il me parla.
Rocher que ta masse oppresse, On la saura, la détresse.
Rocher que nul n'a compris, On le connaîtra, ton prix.
Rocher qu'on suppose inerte.
J'ai lu dans ton âme ouvert».
J'ai vu tes pleurs s'épancher.
C'était la source,- ô rocher !
La source où se désaltère Au-dessous de toi. la terre ;
La source qui sourd plus bas Et qu'en toi l'on n'entend pas ;
13^ LA HOMBAUDE
La source qui par la plaine EsL ruisseau, rivière pleine,
Puis fleuve immense et fougueux.
0 rocher ! 0 cœur des gueux !
aujourd'hui et demain