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CHEMINEAU

Par le poussier blanc des routes, Sac au dos, trique à la jnain, Chemineau va son chemin, Chemineau trucliant des croûtes.

Pieds en sang et front en eau, Ah ! chemine, Chemineau !

La graisse point ne le charge :

Il n"a rien dans son bedon Qui rentre sous le cordon De sa culotte trop large.

Plus vidé qu'un yicux tonneau, Ali ! chemine, Cliemineau !

Du ciel lourd on sent descendre Un soleil de plomb qui fond, Et le sol chaud est à fond De braise ardant sous la cendre.

>'oir et cuit comme un pruneau, Ah! chemine, Chemineau !

Quand on a la gorge rêche.

Bon sang ! que le cidre est bon !

Lui, la gargante en charbon,

N'a pas même un peu d'eau fraîche.

Altéré, tel un fourneau, Ah ! chemine, Chemineau !

Jusqu'où faut-il qu'il s'en aille Pour voir charitables gens?

Foutre ! Bougre ! Aux indigents Combien le monde est canaille !

aujolrd'hli et demain 159

La bile en jus de cerneau, Ah ! chemine, Chemineau !

Au roulis de sa bourriquette

La paisande roule au marché.

Elle a beau teint, mine frisquette,

Devantier blanc, bonnet ruche.

Or Chemineau s"est approché,

Geignant d'une voix pitoyable :

« J'ai faim, j"ai soif, j'ai tant marché !

« Donnez laumùne au pauvre diable.

— Passe ton chemin, vagabond Répond la paisande en colère ; Et la bourriquette, d'un bond S'écartant du patibulaire.

L'envoie aussi faire lanlaire Et lui dit : « Fiche-nous la paix.

D'une ruade vers le blaire Dans une mitraille de pets.

Mais Chemineau d'un coup de trique • A l'insolente a riposté, Et la paisande et la bourrique Tombant chacune d'un côté Jambes en l'air ont culbuté, D'où Chemineau, la gueule en fête, A vu du bon vivre à planté Et que la garce était bien faite.

Par terre une jarre de lait, Sur des œufs cassés pêle-mêle Et du beurre en or, ruisselait, Cependant qu'auprès la femelle, Ses souliers montrant la semelle, A rebindaines étalait Entre une fesse et la jumelle Sa boutonnière sans ourlet.

Ainsi soudain à la baguette Chemineau se trouvant servi, Pour la panse et pour la braguette Avait sa pitance à l'envi ; Et le voilà, glouton, ravi De sa double soupe trempée,

Qui tout d'abord s'est assouvi D'œufs et de lait à grand'lippée.

« Filou ! Bringand ! Merligodger ! »

Hurle la femme en Merlusine, Mais ne peut se désempierger Du bat rompu qui l'embousine Et la tient là comme en gésine, Tandis que Chemineau content Lui dit : « Braillez pas tant, cousine ! « Je suis à vous dans un instant. »

Et tout de suite après, mon brave,

Une fois le ventre joyeux,

Vient sur elle et la désentrave ;

Mais c'est pour la rentraver mieux ;

Car la flamme aux reins comme aux yeux.

Il lui fait voir de bonne sorte

Qu'il n'est pas de flacon si vieux

Dont parfois jeune vin ne sorte.

Quand il en eut tout son assez, Laissa la commère pleurante Assise dans ses œufs cassés

Appeler sa bourrique erraute, Mais lui cueillit une amarante Pendant qu'elle se rattifait, Et dit; « Je n'ai pas d'autre rente - A donner au fieu que j'ai fait. »

Avec le lait qui le leste Et le souvenir galant Dont il va se régalant, Cliemineau part d'un pied leste

Ëpousailleur sans anneau, Ali ! chemine, Cliemineau I

Qui sait si la belle en larmes Ne court pas en ce moment Conter son désagrément' Et prévenir les gendarmes ?

Gibier fuyant le panneau, Ah ! chemine ! Chemiueau !

aujolrd'hui et demain 103

Prends les obscures venelles :

Gendarmes on n"y voit pas, Et Ton y fait des repas De meurons et de prunelles.

Au sentier du lapineau, Ah ! chemine, Chemineau !

Ding ! dong ! le Salut gazouille.

C'est le soir ! Cherche un bon coin Où tu dormes dans le foin, Xi-vu-ni-cunnu-j "t'embrouille .

Laus tibi sit Domino !

Ah ! chemine, Chemineau!

Car tu fis bien, pauvre hère, De la voler en passant, La fleur rare, fleurissant Les landes de ta misère.

Sans remords, comme un moineau, Ah ! chemine, Chemineau 1

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