‹ La BombardeChapitre 32 sur 62 · JEANNE-LA-ROGNE · texte numérisé non relu

JEANNE-LA-ROGNE

Sur des rhytlimes boiteux battus en bigorne,

Sur des rimes, tantôt d'opulente trogne,

Tantôt blêmes et borgnes,

Par brèves laisses informes

Aux échos qui sont des coups de corne,

Ceci est l'histoire de Jeanne-la-rogne î

En l'écoutant, buvez, les ivrognes !

'entends les ivrognes du mauvais vin Qui est le bon vin, Du vin que nul n'a goûté en vain, Du vin dont la lie est un vivant levain.

J'entends les ivrognes ardents, Héroïques et imprudents,

Du vin qui mène aux pires accidents,

Les ivrognes outrecuidants

Du vin aux glouglous fécondants,

Du vin âpre qui fait grincer les dents,

Du vin où y a de la poudre dedans.

J'entends les ivrognes toujours en ribote

Du vin que l'orgueil récolte

A pleine hotte,

Sous la pluie et dans la crotte,

Aux vignes sanglantes de la révolte,

Aux vignes sanglantes où l'aube sanglote.

J'entends les ivrognes du vin pareil

A la nef d'espoir qui appareille,

Du vin léger fleurissant les lourds sommeils,

Du vin noir qui deviendra vermeil

Ainsi qu'un rouge soleil,

Le jour prochain du dernier réveil.

Ceci est l'histoire de Jeanne-la-rogne.

En l'écoutant; buvez, mes ivrognes !

C'est par une froide nuit de Xivôse,

Dans un taudis sale où manquaient toutes choses,

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Que Jeanne-la-rogne, sans but et sans cause, Naquit, au hasard éclose, Gomme un bouton de rose.

Elle était déjà rogne, la sagouine !

Avec sa tête de pévouine

Que le délivre encore embéguine,

Elle déchira les babouines

Du pauvre ventre au pertuis de fouine

De sa mère la pauvre gouine.

Et la mère avait beau crier sous l'effort,

En se tordant-je-me-tords,

La petite gale, à peine dehors.

De toutes les forces de son petit corps

Gueulait encore

Plus haut et plus fort.

Gueulait comme un cochon à la mort.

Elle gueulait, d'une gueule avide,

Vers les tétons au bout livide.

Qui étaient vides,

Qui demeuraient flasquement vides,

Qui étaient vides,

Tous les deux vides.

Et la gosseline au suçoir obsédant, Pendue à ces espèces de bas pendants, Qui lui devaient du lait cependant, La gosseline, en grondant.

Avec ses gencives sans dents Tirait dessus, mordait dedans.

Mais en vain elle s'y entêtait.

Peau de balle ! Rien n'en sortait.

C'était du vent, du vent c'était, Qu elle tétait.

Si les verres où vous tétez sont plus pleins Que ceux dont Jeanne-la-rogne se plaint. Buvez-y, mes ivrognes, mes malins, A sa santé videz vos verres pleins, Buvez, ess frères, buvez, les orphelins!

Orpheline elle fut aussi.

Comme vous tous les gueux au cœur transi, Comme on Test quand ou naît ainsi.

Orpheline elle fut aussi, Jeanne-la-rogne dont nul n"eut souci Parmi les voisins sans merci.

Et comment auraient-ils eu les poings ouverts

Et l'àme foutue à Tenvers,

Ces gens aux yeux de cendre, morts et couverts,

Pour celle-là dont les yeux verts

Flambaient de tous les rêves pervers

S'envolant vers

Tous les diables vauverts !

Ah! ses yeux verts, ses yeux mobiles,

Ses yeux qui dardaient de la bile !

On les sentait déjà si habiles

A satisfaire la haine indélébile

Dont tout révolté, qui se venge, jubile !

Ses yeux verts, ses yeux dardant

Des jets de bile ardents.

Ses yeux dont l'éclair au vrillement strident

Fouillait tout jusqu'au plus intime dedans.

Ses yeux de singe impudent

Volaient les choses rien qu'en les regardant.

Et ses doigts

N'étaient pas moins adroits

Que ses yeux de singe aux regards étroits.

Ses yeux qui disaient à ses doigts :

« Prends, tu en as le droit.

« Car ce que tu prends, on te le doit. »

Aussi prenait-elle, allez, mes gas, Prenait à droite, à gauche, en haut, en bas, Ne s'en privait pas, Prenait au tas.

A huit ans, pas plus grosse qu'une botte.

Une botte d'échalote

A six liards la botte.

Celte petite gaupe en marmotte.

Cette petite garce, ce bout de crotte,

Cheffesse d'une bande qui barbotte,

Etait déjà la reine des pégriottes.

Et quand un pante l'attrapait à voler

Dans sa poche où elle aquigeait ses clefs,

Elle se débarrassait du rafale

En se mettant à hurler

Au milieu du populo rassemblé :

« C'est un vieux qui voulait me violer! »

De Jeanne-la-rogne enfant telle est l'histoire, De Jeanne-la-rogne, voire,

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Qui n'était pas Jeanne-la-poire.

Buvez, mes ivrognes, buvez à sa gloire !

Le bien mal acquis ne profite jamais,

Disent les bourgeois aux crânes en sommets.

Tout de même et mais.

Il lui profita, je vous le f>romets,

A elle, ah ! mais !

Ainsi besognant sa besogne Au nez des flics et au cul des cognes, Nourrie et frusquée à la foire d'empogne, Elle devint gironde, Jeanne-la-rogne.

A sa girondesse, buvez, mes ivrognes !

Elle prenait de belles couleurs

En roses tendres aux jolies pâleurs,

Et ses yeux ensorceleurs,

Ses yeux voleurs.

Ses yeux receleurs,

Ses yeux de singe, se changeaient en fleurs.

Ils étaient verts encore et cependant bleus, D'un bleu changeant et délicieux.

Ses yeux,

A la fois couleur des vagues et des cieux,

Ses yeux,

A la fois ingénus et vicieux,

Ses yeux.

Dont les mots silencieux

Rendaient écartâtes les riches messieurs.

Ohé ! Ohé ! les suiveurs de filles,

Les jeunes godelureaux et les vieux drilles 1

Ohé ! les fils de famille I

Ohé 1 les pères de famille !

Montrez patte hlanche où l'or jaune brille,

Si vous voulez qu'on soit- gentille 1

Et dans le garno ou le sapin, Propice à poser un lapin, Pense tout bas le pante aux yeux de youpin), Dans le garno sale ou l'ignoble sapin Cher au bourgeois qui rêve le chopin D'un pucelage pour un morceau de pain.

Survient le frangin marloupin Fouteur de paings.

Payez, casquez, les gens de la haute î Montres, bijoux, qu'on les leur ùte!

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Fallait pas venir. C'est de votre faute.

Ah ! ce qu'on les flaupe et ce qu'on les saute !

Videz vos poches pour emplir les nôtres !

Casquez, payez, les gens de la haute !

Sans quoi, les unes après les autres,

On vous défonce les cotes.

Et Jeanne-larrogne leur rigole au nez.

Buvez, mes ivrognes, buvez, chopinez 1 Buvez, les marions, buvez à ses nénés 1

Ce qu'on y boit, à ses jolis seins.

Ce n'est pas, mes crapoussins,

Du petit lait que boivent les petits saints ;

Ce n'est pas non plus de l'huile de ricin ;

C'est, contre tous les tafs malsains.

Le noir vaccin ;

C'est de l'eau d'af qui vous rend assassin.

Les matous à qui son amour s'attache.

Elle veut qu'ils aillent la queue en panache,

Que leur gueule sache

Crier « mort aux vaches »,

Qu'à nul danger ils ne disent macache.

Qu'ils risquent leur tête comme on crache,

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