LA HO M H A II 1) E
Ilélas I oui, bon page, page aimant.
Mieux vaut ne pas la revoir vraiment, La Belle, la Belle au bois dormant.
Mieux vaut emporter dans ta pensée.
Par tous tes souvenirs encensée, Sa claire imaae de fiancée.
Ainsi toujours tu la re verras.
Hors de la dentelle de ses draps Sortant ses mains pour tendre les bras,
Dans un sourire, à demi levée.
Vers cette apparition rêvée Dont tu lui promettais l'arrivée.
Bon page qui par des mots amis En des songes si bien lendormis, Est-ce ta faute, si le promis
Ne fut pas fidèle à sa future ? Xon î Seul il mérite la torture De la contempler en pourriture.
Fuis donc ! Va-t'en, bon page, bien loin 1 De tant d'horreur ne sois pas témoin 1 Meurs plutôt toi-même en quelque coin !
Meurs comme une bête qui se terre I Et qu'il fasse seul son inventaire, Le mauvais Prince retardataire I
Tant pis pour lui, s'il n'est pas venu Cueillir à temps l'amour ingénu Qu'il a cruellement méconnu !
Tant pis, s'il a, pour ses capitaines, Trop fait la guerre aux terres lointaines, Trop couru de folles prétentaines !
Il n'avait, en des galops plus prompts,
Qu'à se hâter à coups d'éperons
Vers nous, oui, vers nous qui l'espérons.
Vers nous, le vieux monde à l'agonie, Pour qui l'attente n'est qu'avanie Et dont la patience est finie,
Vers nous, devant qui toujours, encor.
On refait l'illusoire décor Du réveil où sonnera le cor,
Vers nous, guettant sans fin le tapage Du cher Prince en galant équipage Si longtemps promis par le bon page,
Vers nous qui, dans nos cœurs en lambeaux Entendant chanter les noirs corbeaux, Sentons nos lits devenir tombeaux,
Vers nous, vers nous, vieux monde qui pleure, Tandis que coule L'heure après l'heure Sans montrer l'Avenir qui nous leurre,
Vers nous, pauvre Belle au bois dormant,
Qui l'aurons désiré vainement,
Ce long-j'y-vas de Prince Charmant!