‹ La BombardeChapitre 34 sur 62 · LONG-J'Y-VAS · texte numérisé non relu

LONG-J'Y-VAS

0 long-j"y-vas de Prince Charmant î Tu l'auras désiré vainement, Belle, pauvre Belle au bois dormant.

Son page Myrtil est auprès d'elle,

En noir et blanc comme une hirondelle,

Disant : « Le Prince vous est fidèle. »

Et toujours, toujours, encor, encor, Il refait l'illusoire décor Du réveil oii sonnera le cor.

Ah ! le Prince en galant équipage !

Joie ! Amour ! La vie et son tapage ! Sans trêve il dit cela, le bon page.

Mais, depuis qu'il va le répétant, Il a coulé des jours tant et tant î Est-ce possible, ce qu'il prétend?

Attendre ! Attendre ! Quelle folie !

Et la Belle avec mélancolie Soupire : « Serai-je encor jolie"?

— Oui, princesse, eh ! oui, plus que jamais.

— En es-tu sur? — Je vous le promets. » Et c'est, entre eux deux, des si, des mais.

Car il défend son maître sans cesse.

« Le Prince est oublieux. — Ah! princesse,

« L'accuser, lui, de telle bassesse !

— Il ne sait plus qu'il doit par la main

« Venir me prendre. — Il viendra demain.

— Il ne vient pas. — 11 est en chemin.

— Comme il s'attarde aux terres lointaines !

— Il guerroie avec ses capitaines.

— Et s'il y courait des prétentaines?

23i LA BOMBARDE

— C'est VOUS' seule qu'il cherche, — Ah ! Myrlil, " Qu'il cherche mal ! Que ne s'y prend-il (( D'un pas plus vif, d'un œil plus subtil î

— La Heur dont il doit vous faille offrande, « Il n'en fleurit qu'une dans la brande. « Petite est la (leur, la brande est crande.

— Bon page, tu parles doux et beau.

« Mais dans mon cœur chante un noir corbeau.

« .Je sens mon lit devenir tombeau.

« Voilà trop, et trop, et trop d'années « Que mes roses d'espoir sont fanées.

( Je n'ai plus de goût qu'aux solanées.

u Tes propos câlins sont superflus.

f< Aux illusions où je me plus

« Qu'une autre ait foi î Moi, je n'y crois [Aii^

« Moi, je .suis lasse, lasse, rendue,

« De tant de patience perdue.

« J'ai soif de la paix. Elle m'est due.

aujourd'hui et demain 23;

« Adieu, faux, rêve qui me trompas !

« Je veux le sommeil qui ne ment pas, « Le sommeil sans rêves, le trépas. »

Et, dans ce dernier soupir de Wàme Souillant son amour comme une flamme, La Belle au bois dormant rendit Tàme.

Le bon page Faimait tellement Qu'il ne vit pas l'affreux dénoùment.

« Belle, pauvre Belle au bois dormant,

(( C'est par fatigue et par amertume

« Qu'elle prend, dit-il, cet air posthume.

« Sommeil plus profond que de coutume.

« Sommeil sans rêves, qu'elle appela.

« Sommeil qu'elle n'eut point jusque-là, « Sois-lui reposant 1 Et laissons-la ! »

Et, depuis tant d'Avrils, de Décembres, Qu'il vivait reclus aux closes chambres. Le sang lourd, des fourmis plein les membres^

236 LA UOMBARDE

Il pensa pouvoir s'offrir un peu, Pour y rafraîchir sa tête eu feu, D'air libre, d'arbres verts, de ciel bleu.

Oh ! mais, pendant sa jeunesse absente, Comme elle avait poussé, florissante, La forêt! Plus de chemin, de sente!

Pas même une venelle à furet !

Seul, un oiseau s'y retrouverait.

Il s'y perdit, lui, dans la forêt.

Un jour, un jour, une autre journée, Il va d'une course enguignonnée Sans voir la lin de sa randonnée.

Il les regrette, les noirs donjons.

Il va, mangeant des fruits sauvageons.

Buvant l'eau croupie au pied des joncs.

Et des mois, de semaine en semaine, Il erre, sans que rien le ramène Vers le seuil quitté du cher domaine.

« Pourvu, pense-t-il à tout moment,

« Que n'aille pas en me réclamant

« S'éveiller, la Belle au bois dormant ! »

Page, bon page, ne te tourmente !

Envers toi la fortune est clémente.

Ah ! si tu la voyais, la dormante !

Ce n'est plus la Belle que tu crois.

Si tu la voyais, suant d'effrois.

Tes cheveux se dresseraient tout droits.

Quelle épouvantable découverte.

Que cette face bouffie et verte

Avec des vers dans sa bouche ouverte.

Que ces membres sans forme et fluents Où ribotent ces hideux truands Soûls de vins épais, noirs et puants !

Ça, devant quoi le cœur se rebelle, Ça, plein de vermine en ribambelle.

Ça, cette charogne, c'est la Belle !

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