L'HOMME AUX ÉTOILES
L'herbe était d'un vert vert-de-fiel ; Mais les fleurs y fleuraient le miel.
C'était dans les jardins du ciel.
Et tout en cueillant à main pleine Des fleurs d'or dont flambait la plaine, Il y courait à perdre haleine.
Et tout en courant, dans le vent 11 criait très haut et souvent Au peuple des gueux le suivant :
« Vous dont l'hiver glace les moelles, « Voici de quoi bourrer vos poêles.
'< Ramassez I Ce sont des étoiles. »
Et derrière lui fort et droit
Les jetant, pensait : « S'il y croit,
'< Le vieux transi n'aura plus froid. »
Et lui-même, ivre à ce beau songe, Sûr du trésor où sa main plonge.
Il avait foi dans son mensonge.
Était-ce un mensonge, en effet?
Non. D'un cœur sincère et parfait Lui-même à ces fleurs se chauffait ,
il en avait la main brûlante ;
Et ses pieds, dont séchait la plante,
Braisillonnaient de cuisson lente.
Mais, fussent-ils estropiés, Qu'importaient ses mains et ses pieds ! 0 gueux, guenilleux, guenippiers,
Vous aurez aux plus durs décembres,
Pour vous ravigoter les membres.
Des feux dors, de pourpres et d'ambres.
Oui, oui, car c'est évidemment
De la chaleur en diamant
Qu'il prend pour vous au firmament!
Vous dont l'hiver glaçait les moelles, 0 pauvTes gens, bourrez vos poêles 1 Bourrez-les d'étoiles, d'étoiles!
Aussi quand, las, brûlé, perclus.
Mais fier d'avoir fait tant d'élus.
Il s'arrêta, n'en pouvant plus,
Il dit : « Gloire à moi ! Soit chantée
0 Ta victoire ressuscitée !
« Tu revis en moi, Prométhée.
a Sur le sistre et le tympanon
^< Qu'on célèbre à grands cris mon nom,
o Et parmi les coups de canon
« Annonçant Misère Refaite,
« Que tous les taudis à leur faîte
a Arborent les drapeaux de fête ! »
Mais alors, en se retournant, Il s"aper«;ut que maintenant Personne n'était là, glanant,
Et qu'il se trouvait solitaire Au bout d'une lépreuse terre Qu'un torride soleil altère.
Terre à l'horrible aridité Ardant de ce ciel irrité, Et sur laquelle, en vérité,
Il n'avait fait, le triste hère, Dans sa lamentable carrière Sans nul le suivant par derrière,
Que ramasser péniblement Et que rejeter tout fumant Non pas des fleurs de firmament,
Non pas de quoi beurrer vos poêles, Gueux dont l'hiver glace les moelles, Non des étoiles, des étoiles,
Mais des tas vains, mais des tas fous De chardons aux têtes en clous Et de cailloux et de cailloux !