‹ La BombardeChapitre 50 sur 62 · PIEDS · texte numérisé non relu

PIEDS

Pieds, tristes pieds au destin muré

Dans la marche ou dans les danses, Tout ce que vous avez murmuré, Nul n'en eut les confidences.

A votre sré, Moi je le dirai.

Petits pieds blancs aux ongles polis, Aux doigts en boutons de roses, Nous ne marchons bien que dans les lits Où l'on nous en fait, des choses !

Petons jolis Sont vite abolis.

Pieds dansant aux sons de tes accords,

Valse folle qui déferles, Pauvres pieds gourds sous le poids des corps, Chaussés de soie et de perles, Nos doigts discords Sont fleuris de cors.

Pieds du richard, -source de profits Pour le docteur qui les panse, Nous souffrons du mal que tu nous fis, Goutte qu'entretient sa panse. Pieds déconfits Aux orteils bouffis.

Pieds des misérables compagnons,

Pieds que jamais on ne lave, Meurtris, fourbus, lourds, noueux d'oignons, Quand à leur métier d'esclave Nous rechignons.

On les paie en gnons.

Pieds lamentables du gueux errant,

Blancs de poudre et noirs de crasse, Un soulier trop petit ou trop grand

Toujours nous blesse et harasse.

Son cuir nous rend Le pas odorant.

Pieds du rêveur aux vœux insensés Qui dans ses vœux se calfeutre, D'être inertes nous sommes lassés.

0 moites chaussons de feutre, Assez ! Assez !

Vous nous glacez.

Pieds nus de l'assassin frémissant Aux libres du bois qui bouge, Quand, son crime fait, il redescend, Dans un mou clapotis rouge, Bottés de sang, Nous allons glissant.

Pieds des tout mignons enfantelets.

Nous venons juste de naître.

0 papas, mamans, caressez-les î

Ils sont beaux, sans rien connaître. Quelques relais, Et nous serons laids.

Pieds des morts à qui semblent ouverts

Tes jardins, ô paix suprême, Hélas ! la vie aux désirs pervers Nous travaille ici quand même, Pieds dont les vers Font des gazons verts.

Pieds que Ton a laissés de côté, Pieds dont le néant t'épate, Nous avons seuls la félicité.

Pieds mort-nés des culs de-jatte, Rêve avorté Qui n'a pas été.

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