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LA GOUGE

Dans le grand bois je suis entré,

Tout seul, tout nu, le cœur chaviré.

Dans le grand bois je suis entré

Par une porte rouge ; Et celle qui m'a mis dedans, C'est une femme aux yeux ardents, Riant de ses trente-deux dents Avec une gueule de gouge.

Lirlonfa, malura, maluré,

Dans le grand bois je suis entré Par une porte rouge.

Dans le bois bleu j'ai rigolé, Sauté, couru, de long et de lé, Dans le bois bleu j'ai rigolé

Montrant mon cul sans linge ; Et celle à qui je le montrais, C'est une gosse au minois frais Qui le regardait de tout près Avec de jolis yeux de singe.

Lirlonfa, mistenfli, mistenflé, Dans le bois bleu j'ai rigolé,

Montrant mon cul sans linge.

Dans le bois rose on m'a aimé.

Au mois d'avril, puis au mois de mai,

Dans le bois rose on m'a aimé A m'en vider les moelles ;

Et celle qui m'aimait ainsi,

C'est une folle au poil roussi

Dont les seins flambaient comme si

Leurs deux bouts étaient deux étoiles.

Lirlonfa, gadouma, gadoumé.

Dans le bois rose on m'a aimé A m'en vider les moelles.

Dans le bois vert on m'a saigné, Battant, battu, cognant et cogné.

Dans le bois vert on m'a saigné

Et j'ai saigné les autres ; Et celle qui férocement

Poussait à cet égorgement, C'est une veuve sans amant Dont nous étions tous les apôtres.

Lirlonfa, charpigno, charpigné,

Dans le bois vert on m'a saigné.

Et j'ai saigné les autres.

Dans le bois roux j'ai ramassé, Clopin, dopant, au bord d'un fossé, Dans le bois roux jai ramassé

Les morceaux de mon rêve ; Et celle qui les recollait, C'est un souillon à chapelet.

Vieille nourrice ayant pour lait Le pus blanc d'un abcès qui crève.

Lirlonfa, le miroir est cassé.

Dans le bois roux j'ar ramassé Les morceaux de mon rêve.

Dans le bois mort j'ai sangloté, Cherchant ici, cherchant à côté.

Dans le bois mort j'ai sangloté Sans y trouver personne ; Et celle que mon cœur attend.

Quelque part y râle pourtant, Car j'entends dans l'ombre tintant

Hoqueter le glas qu'on lui sonne.

Lirlonfa, rien de rien n'est resté.

Dans le bois mort j'ai sangloté Sans y trouver personne.

Dans le bois blanc j'ai trépassé, Tout seul, tout nu, tout vieux, tout cassé,

Dans le bois blanc j'ai trépassé Sous un linceul de neige ;

Et celle qui m'a mis dedans,

C'est la gouge aux grands y«ux ardents,

Riant de ses trente-deux dents

Dont le rire me fut un piège.

Lirlonfa, ce qui passe est passé.

Dans le bois blanc j'ai trépassé Sous un linceul de neige.

Dans le bois noir suis enterré.

Tout seul, tout nu, pourri, pourrirai.

Dans le bois noir suis enterré.

Un étron sur ma tombe ;

Et celle qui m'a fait cela,

C'est la gouge aux yeux de gala,

Ses trente-deux dents toujours là.

Dont aucune jamais ne tombe.

Lirlonfa, malura, maluré,

Dans le bois noir suis enterré.

Un étron sur ma tombe.

Lorsque au grand bois je suis entré, Tout seul, tout nu, le cœur chaviré.

Lorsque au grand bois je suis entré, 0 gouge, par ta porte,

Ah ! nom de Dieu, si j'avais su!

Avec le cordon bien tissu

Au bout duquel on m'a reçu,

J'aurais fait, le Diable m'emporte, Lirlonfa, libéra, libéré,

A mon col un nœud bien serré Pour crever à la porte.

TOUJOL-RS 327

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