‹ La BombardeChapitre 53 sur 62 · LES TROIS SEMEURS · texte numérisé non relu

LES TROIS SEMEURS

A chaque pas vidant sa main pleine.

Le semeur rose allait par la plaine.

Ce qu'il jetait, les yeux embrasés, C'était un vol joyeux de baisers.

A chaque pas vidant sa main pleine, Le semeur rouge allait par la plaine.

Ce qu'il jetait, son front se fronçant. C'était un flot de gouttes de sang.

0 semeurs fous ! 0 teiTe en démence î Car la moisson suivait la semence ;

1 Et les semeurs ne regardaient pas

L'étrange blé germant de leurs pas.

C'étaient, derrière le semeur rose, Sous un ciel pâle au teint de chlorose,

Des cœurs flétris, spongieux et verts, En champignons où grouillaient les vers.

C'étaient, derrière le semeur rouge, Sous une lune à trogne de gouge.

Des glaives nus, et dont, se dressant, Les becs en pointe avaient soif de sang.

Mais sans rien voir vidant leur main pleine. Les deux semeurs allaient par la plaine.

Et tous les deux, fous, à l'unisson Ils ànonnaient la même chanson.

Une chanson plus intarissable Qu'au sablier du temps n'est le sable.

Une chanson de texte incomplet

Où toujours manque un dernier couplet,

Une chanson qu'on apprend sans livre, Une chanson disant qu'il faut vivre,

Et pour laquelle éternellement

Tous les semeurs vont toujours semant.

Et c'est aussi cette cantilène

Que répétait, vidant sa main pleine.

Le semeur noir au sourire amer Qui s'en allait là-bas sur la mer,

Y zigzaguait, ivre, les yeux vagues.

Et semait là des pleurs dans les vagues,

Lui qui savait, le vieux mécréant, Être un semeur de rien au néant!

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