‹ La BombardeChapitre 9 sur 62 · LE BON GILLE · texte numérisé non relu

LE BON GILLE

Ils étaient trois frères jumeaux,

En vérité trois frères, Mais pour les biens et pour les maux

Avaient des goûts contraires, Pierre aimait la lutte et le bruit; François passait souvent la nuit

Le nez dans un vieux livre ; Et le bon^ Gille était de ceux Qui vivent doux et paresseux

Sans même se voir vivre.

Quand tous les trois eurent vingt ans, Leur père prit trois sommes

Et leur dit : « Mes fils, il est temps A De devenir des hommes.

« Dépensez-moi ces trois magots,

« Ainsi que vous ils sont égaux, « Jeu ai fait le partage.

f; Dépensez-les à votre gré !

(' Et selon, je déciderai « A qui mon héritage.

^ L'héritage est à celui-là

« Qui pendant une année f Aura fait le plus beau gala

« De la somme donnée, « En aura, pour le même prix, « Le plus goûté, le mieux appris

« De l'existence liumaine.

<' Allez, chacun avec sa part !

(1 Qu'un bon vent vous guide au départ 1

« Qu'un bon vent vous ramène ! »

Et les trois jumeaux sont partis

Par la campagne verte, Tous trois contents et bien lotis,

Tous à la découverte.

D'abord ils ont fait le chemin Se tenant tous trois par la main,

Chantant landerirette Et Ion lan laire et laire ô gai ; Mais bientôt François fatigué

Soupira : « Je m'arrête. »

Chanter à pied, quel jeu pour Sa

Très haute intelligence 1 Donc vers la ville il s'empressa

Prendre la diligence.

« Là-bas je me ferai, dit-il, « L'esprit de plus en plus subtil,

« Et dans un an, j "espère, « Je n'aurai, farci de savoir, « Qu'à tout répéter pour avoir

« L'héritage du père. »

Et cependant sur le chemin

Vont toujours Pierre et Gille Toujours se tenant par la main,

Cœur joyeux, pied agile.

1 out à coup vient au grand trot Ion, Sonnant dans sa trompe tonton,

Taine, tonton, tontaine.

Un cavalier, sabre au côté.

Et sur la croupe une beauté

Fait rise au capitaine.

« Holà ! dit-elle, compagnons,

« Voulez-vous qu'on vous cogne ?

« Chapeau bas ! Ou gare les gnons !

« Mon mille a de la pogne. »

Mais, à ces mots pleins de mépris, Pierre, grinçant des dents, a pris

Le cheval par la rêne, Et d'un fort poing bien asséné Sur la route a désarçonné

Le soudard et sa reine.

Le cavalier en resta mort

Et la gouge tremblante.

Mais soudain Pierre sans remord

Lui dit : « Belle insolente, « Tu me plais, n'aie aucun émoi « Et remonte en croupe avec moi

« Je suis aussi bon mâle. »

Et sonnant tontaine, tonton, Il vous l'emporte au grand trottou, '

Laissant Gille tout pâle.

Le bon Gille sur le chemin

Reste alors solitaire.

Prend le cadavre par la main

Et doucement l'enterre ;

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