‹ La bombe glacée; saynette comique en un acteChapitre 3 sur 7 · L'ADJOINT. — LE VÉTÉRINAIRE · texte numérisé non relu

L'ADJOINT. — LE VÉTÉRINAIRE

LE VÉTÉRINAIRE, s^adrcssant à remployé.

Mais je vas pas à Paris.

l'employé, au dehors.

Où allez-vous ?

LE vétérinaire

A Trépigny-les-Oursins, au mariage de ma fille.

l'employé, au dehors.

C'est votre train. Nous nous arrêtons à Trépigny-les- Oursins pour laisser descendre toutes les vieilles moules de la création.

LE VÉTÉRINAIRE

Excusez, Monsieur, car c'est la première fois que je voyage.

l'employé, au dehors.

Ça se voit !

le vétérinaire^ à lui-même.

A quoi que ça se voit? Si je ne voyage pas, ce n'est pas parce que je n'ai pas d'argent, c'est parce que j'ai peur. Oui, j'ai peur des anarchistes; c'est une idée Hxe chez moi. J'ai consulté un jour une somnambule qui m'a dit : « Monsieur le Vétérinaire, car je suis le vétérinaire de Saint-Ambroise, vous ne mourrez pas dans votre lit : vous mourrez de la main d'un anarchiste. A Saint- Ambroise, il n'y a pas d'anarchistes, mais sur les grandes routes, c'est autre chose, et il a tallu le mariage de ma tille avec le fils dcl'adjoint de Fouilly-les-Oies pour me décider à affronter un voyage de deux heures. Que ne ferait-on pour ses enfants ! {Apercevant et montrant l'adjoint qui ronjîe) Un voyageur! Il a une vilaine mine. Il ronfle d'une façon peu naturelle.

l'adjoint, rêvant.

Du sang ! Du sang !

le vétérinaire, s'assej'ant à l'autre bout du canapé. Il rêve.

l'adjoint, rêvant.

Du sang !

LE vétérinaire

Il parle de sang., ci le train part.

l'adjoint, rrvant.

Oui, oui, mes mains sont pleines de sang.

LE VÉTÉRINAIRE

C'est un assassin.

l'adjoint, rêvant.

Ne touchez pas à la bombe !

La bombe ! C'est un anarchiste.

l'adjoint, rêvant.

Tu me diras des nouvelles de la marmite.

LE vétérinaire

La marmite, il n'y a plus de doute.

l'adjoint, rêvant.

Le couteau, où est le couteau ?

LE VÉTÉRINAIRE

Mes jours sont comptés. Les somnambules ne se trompent jamais !

l'adjoint, rêvant.

Oui, je te dis que c'est une bombe !

LE VÉTÉRINAIRE, SC levawt.

Si je frappais à côté.

l'adjoint, rêvant.

Quant à la marmite, c'est moi qui l'ai préparée !

LE VÉTÉRINAIRE, frappant sur le dos du canapé. Le misérable !

l'adjoint, se réveillant.

Qu'est-ce qu'il y a ?

LE VÉTÉRINAIRE

Rien, rien, monsieur, c'est... c'est un tic nerveux.

l'adjoint, montrant ses paquets.

Faites attention à ne pjs renverser ces deux paquets.

LE VÉTÉRINAIRE

C'est donc fragile ?

JeVous crois. (Montrant le seau) C'est une bombe.

LE vétérinaire

Il avoue.

LE vétérinaire, montrant la marmite.

Et ça c'est une marmite.

l'adjoint Quel cynisme !

LE vétérinaire Et vous la destinez ?

l'adjoint

A la noce de la fille du vétérinaire de Saint-Ambroise.

LE v.c:térinairk, à part.

C'est bien v;a. La main invisible du destin va écrire mon Manéy Thécel, Phares sur la salle du festin de noce.

l'adjoint, montrant le panier,

Ca c'est un Hlet de cochon.

le vétérinaire, à part.

Dans le langage anarchiste, cela veut dire un tilct de bourgeois. [Haut] Et il a été luc avec de la dv... ?

l'adjoint, l'interrompant.

Non, avec un couteau. C'est moi qui ai fait l'opération.

le vétérinaire

El vous n'avez pas de remords ?

Oh ! si fait bien. Je vois du sang dans mes rêves !

LE VÉTÉRINAIRK

C'est l'aiguillon du remords. Allons, mon ami, revenez à de meilleurs sentiments, ce que vous avez fait est mal.

l'adjoint, à part.

Il est de la société protectrice des animaux.

LE VÉTÉRINAIRE

Vous ne réformerez pas la société par la violence.

l'adjoint, à part.

Qu'est-ce qu'il dit ?

le VÉTÉRINAIRE

Celui qui se sert de Fépée, périra par l'épée.

l'adjoint Dame, il fallait bien qu'il meure.

LE VÉTÉRINAIRE

Pourquoi, mon ami, pourquoi?

l'adjoint J^vais promis d'apporter un filet de cochon.

LE vétérinaire

Comme Judith, apportant, au camp de l'ennemi, la tête sanglante d'Holopherne.

l'adjoint, dpart.

Qu'est-ce qu'il bafouille encore ? [Haut] Et vous savez, ce n'était pas un cochon ordinaire, c'était un vrai bourgeois engraissé. Il ne pouvait plus remuer.

le vétérinaire, à part.

Pauvres bourgeois ! (Haut) Et pourquoi avez-vous choisi celui-là plutôt qu'un autre ? Il était sans doute décoré ?

l'adjoint

Décoré, non ; primé, oui. Je parie que vous ne sauriez pas vous servir de la bombe.

LE VÉTÉKINAIRE

Certainement non, mon ami, mais n'y touchez pas.

l'adjoint Ah ! elle jettera un froid parmi les assistants.

LE VÉTÉRINAIRE

Certainement, monsieur, certainement. Onseraitrefroidi à moins.

l'adjoint

Et elle est pour cinquante personnes !

LE VÉTÉRINAIRE

Sans approuver vos théories, monsieur, je suis obligé de reconnaître que la science a fait de grands progrés. Dire que dans ce petit seau il y a...

l'adjoint

Oui, monsieur, je peux faire le bonheur de cinquante personnes avec ça.

LE VÉTÉRINAIRE, à ;7tir/.

Le bonheur ! Il a dit le bonheur ! (Haut) Et, serais-je indiscret de vous demander pourquoi vous avez choisi cette noce comme terrain de vos exploits ?

l'adjoint, à part.

Je n'ai pas besoin de lui dire qui je suis, je n'aime pas à me vanter. {Haut) Dame, il laui bien se meure au niveau. Le papa de la mariée est un richard.

LK VK ri.uiN.\iRi:

Ah ! c'est parce que c'est un richard... (i4 /^ar/l La somnambule avait raison : c'est moi qui suis visé.

i,'.\njoiN I Oui, une bombe, s'a lui fera de l'ertet.

— lO — LE VÉTÉRINAIRE

Oh ! certainement.

l'adjoint Il sera épaté !

LE VÉTÉRINAIRE

On le serait à moins.

l'adjoint

Et puis, s'il ne la digère pas, ça l'enverra dans l'autre monde^ ce sera un petit malheur pour lui et un grand bonheur pour les héritiers.

LE VÉTÉRINAIRE, à part.

Vous voyez bien que la somnambule avait raison.

l'adjoint

Oh ! ça va être une fête épatante. Ily a déjeuner, dîner; après le dîner nous allons les faire sauter.

Ah ! c'est après le dîner ?

l'adjoint, â part.

Tiens ! il ne voudrait pas que le bal ait lieu avant le dîner, voyons.

LE VÉTÉRINAIRE

Et vous n'épargnez personne ?

l'adjoint Comment !

LE VÉTÉRINAIRE

Tout le monde sautera ?

l'adjoint Tout le monde, même le vieux vétérinaire.

LE vétérinaire

Surtout.

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