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XVII

L'cx-inarquise de BIainville,née Iléloïse de Morscnne, avait vingt-sept ans environ; ses traits, sans être régulièrement beaux, étaient doués d'un grand charme, attrayant mélange de bienveillance,de finesse et de fermeté. Une robe très-simple faisait valoir sa taille gracieuse, et quoiqu'il fût encore de grand matin, madame Bonaquet était déjà coiffée avec soin et chaussée avec élégance; son attitude, ses moindres mouvements annonçaient cette dignité contenue, douce et tranquille,résullant de l'inébranlable sûreté de soi-même.

Madame Bonaquet tenait à la main une lettre ouverte lorsqu'elle entra chez son mari.

— Ma chère amie, lui dit le médecin, pendant qu'Anatole Ducormier la saluait profondément, je vous présente un de mes plus anciens et meilleurs amis, dont souvent je vous ai entretenu, M. Anatole Ducormier. — En effet, monsieur, dit la jeune femme en répondant avec .nffabililé au salut d'Anatole, nous avons beaucoup parlé de vous. Je sais combien est sincère et vive votre affection pour mon mari; cela fait son éloge, et le vôtre, monsieur : aussi n'ai-je pas besoin de vous dire que nous serons très-heureux de vous voir souvent ici.

Anatole s'inclina; madame Bonaquet reprit en souriant :

— Je vais d'ailleurs et tout de suite, monsieur, vous demander la permission d'agir avec vous en ancien ami; je viens de recevoir une lettre que, pour des raisons assez

imporlanles, je désirais communiquer à monsieur Bonaquet. — De grâce, madame, dit Anatole Ducormier en s'inclinant de nouveau, pendant qu'Héloïse, donnant à son mari la lettre en question, lui dit d'une voix douce et calme : Veuillez lire ceci, mon ami.

Cette lettre, écrite la veille au soir, était ainsi conçue :

« Je tiens à vous faire savoir, madame, que sur non

initiative la lettre de faiî-e part ci-jointe a été adressée

à tous les membres de la maison à laquelle vous aviez

l'honneur d'appartenir.

» DIANE DE MORSENNE DUCHESSE DE » BEAUPERTUIS. »

» Nous avons l'honneur et le regret de vous faire part de la perle douloureuse et dégradante que notre maison vient d'éprouver, par suite du mariage de madame la marquise de Blainville (née de morsenne) avec une personne indigne de nous appartenir. »

Suivent les signatures.

Après avoir lu celte lettre, pendant que sa femme le suivait du regard, le docteur Bonaquel sourit, et dit à Héloïse :

— Qu'est-ce donc que celle madame de Beauperluis, ma chère amie? — Une de mes cousines, très-jeune, très-jolie et très-honnête femme. Mais, vous le voyez, elle est sous l'empire d'idées assez fausses, résultant non d'un mauvais cœur, mais d'une mauvaise éducation; elle

est fille du prince de Morsenne... — Du prince de Morsenne! dit involonlairemenl Anatole, — Est-ce que vous connaissez M. de Morsenne? lui demanda madame Bonaquet. — Non, madame, répondit Ducormier. Mais M. de Morval, dont je suis secrétaire, m'a chargé de lettres pour le prince de Morsenne; je me suis présenté hier chez lui sans pouvoir le rencontrer, mais il doit me recevoir ce matin même. — Ma chère Iléloïse, reprit le médecin après un moment de réflexion, vous savez mon amitié pour Anatole, j'ai toute confiance en lui. Je viens de lui raconter les diverses et heureuses circonstances de mon mariage. Permettez-moi de lui donner connaissance de celle lettre singulière. D'abord, elle vient fort à propos, quant à une petite discussion que nous avions tout à l'heure, Anatole et moi; puis, cela sera d'autant plus piquant pour lui qu'il doit voir, ce matin même, le père de cette fière duchesse. — Certainement, mon ami, répondit madame Bonaquet en souriant, vous pouvez donner celte lettre à lire à M. Ducormier. Il est, m'avez-vous dit, très-observateur : il trouvera là un curieux trait de mœurs.

Jérôme remit la lettre à Anatole; à peine l'eul-il lue qu'il s'écria :

— L'insolente créature! C'est à la fois stupide et infâme! — Mais non, mais non, reprit Jérôme avec son habituelle sérénité. Il y a dans cette résolution une sorte de courage joint ù un instinct de dignité très-prononcé, dignité fort mal comprise, il est vrai, mais qui cependant, à un certain point de vue, ne manque pas de grandeur. Qu'en pensez-vous, Héloïse? — Je pense, mon ami, répondit madame Bonaquet avec son doux et fin sourire, je pense que cette contre-lei tre de faire pari serait, comme exécution et comme idée, parfaite de tout

point si... — Comment, madame! s'écria Diicormier ei interrompant malgré lui la femme de son ami, voii n'êtes pas révoltée de cette audacieuse insolence? vou partagez l'indulgence de Jérôme? — Permettez, mon sieur, reprit Héloïse en souriant, le choix que j'ai fai étant le plus honorable du monde, le seul défaut de cetl circulaire est d'être écrite à mon sujet... Sauf ce manqu complet d'à-propos, l'idée me semble excellente, et poui rait servir à merveille dans une occasion plus opportune

— Pardonnez ma surprise, madame, reprit Anatolt abasourdi de cette dignité calme et impartiale; un t( stoïcisme me confond : approuver l'idée de cette leltr outrageante... — Eh! certainement, mon cher Anatole reprit le docteur Bonaquet, ma femme a raison; car en fin, voyons, suppose un grand peintre, Vandyck ou Ve lasquez, ayant manqué complètement la ressemblanc d'un portrait : n'en resterait-il pas du moins une loil d'un mérite supérieur, grâce au coloris et à la forme

— Soit! où veux-tu en venir, Jérôme? — Eh bien! admets qu'une femme, de quelque condition que ce soit ait fait un choix indigne d'elle et des siens : une protesta tion pareille à celle de cette circulaire, et faite au nom dt toute une famille, serait pleine de dignité. — Encore um fois, Jérôme, lu parles de cet outrage comme s'il ne s'agissait ni de madame ni de toi. — Mais c'est qu'en effet monsieur, reprit-elle en souriant, nous sommes complète ment désintéressés dans la question. Ce n'est pas de nous, à bien dire, qu'il s'agit. — Il (audrait néanmoins, j< crois, ma chère Héloïse, puisqu'il en est ainsi, aller ensemble, l'un de ces soirs, chez ces gens-là? reprit Jérôme Bonaquet avec son inaltérable placidité. Nous irons un< seule fois, bien entendu; mais cela devient maintenan indispensable; qu'en pensez-vous, Héloïse? — J'allais.

mon ami, vous faire celle proposilion, répondit madame Bonaqiiel d'une voix douce el ferme. Nous choisirons, pour celle visite de noce, le plus prochain jour de grande réceplion à l'iiôlei de Morsenne, puisque M. deMorsenne est le chef de ma famille. — Quoi! madame, reprit Anatole tomhanlde surprise en stupeur, vous aurez le courage d'affronter tant d'insolence el de dédain?

Madame Bonaquel ne put s'empêcher de regarder son mari d'un air significatif, comme si elle eût demandé compte des élonnemenls de son ami, dont elle avait eu jusqu'alors une excellente opinion; puis, s'adressant à Ducormier, elle reprit un peu froidement : — Vous devez penser, monsieur, qu'il n'entre ni dans la pensée de M.Bonaquetnidanslamiennede faire en de telles circonstances ce qu'on appelle une bravade. Non, nous voulons seulement accomplir un devoir impérieusement dicté par le respect de soi. Mais, ajouta d'un air affable madame Bonaquel en se levant pour sortir, je ne veux pas gêner plus longtemps les épanchements de deux amis qui sont restés si longtemps éloignes l'un de l'autre. Au revoir, je l'espère, monsieur Ducormier.

Et la jeune femme quitta le cabinet de son mari ea répondant au salut d'Anatole.

Après le départ de madame Bonaquel, Ducormier, se croisant les bras d'un air triomphant, dit au médecin en secouant la tète :

— Eh bien, Jérôme! eh bien? — Eh bien ! quoi, mon cher Anatole? que veux-tu dire? — La voilà donc, celle aristocratie pour laquelle, il y a un quart d'heure, tu te montraissi indulgent, si bénévole! Que m! importe, disaistu, que les tourelles du manoir féodal dominent la vallée ^ pourvu que lnur ombre ne m'ôte ni jour ni soleil! — Oii diable veux-tu en venir? — Où je veux en venir! Com-

BON^E AVENTURE, T. 1. Il

ment! celle dédaigneuse duchesse, par sa lettre indolente, ne le force-t-elle pas de rester sous le «;oup d'un outrage écrasant, ou d'aller l'exposer, toi et la femme, aux plus humiliants dédains! Mais, Dieu merci! ces dédains, lu n'iras pas les braver; lu reviendras sur cette résolution que je puis qualifier, maintenant que ta femme n'est plus là, sur celte résolution vraiment absurde, insensée, de vous rendre tous deux chez ce prince, un jour de grande réception, pour... — D'abord, mon ami, reprit le docteur en interrompant Anatole, je ne reviens jamais sur une détermination juste et sage; ma femme est comme moi, sans cela elle ne me serait pas si chère. Nous accomplirons donc ce que nous avons résolu; en cela, les appréhensions de ton amitié égarent Ion jugement; rassuretoi, ce grand monde n'est pas si farouche; il se compose en résumé de créatures humaines; or pour qu'on ait un cœur dans la poitrine et un cerveau dans la tête, on rend forcément hommage à uneaclion digne et ferme. — Jérôme, je t'en supplie, au nom de ton bonheur et de celui de la femme, renonce à ces projets insensés. Aller braver ce monde arrogant, qui se croit solidaire de ce qu'il appelle le honteux outrage fait à la noblesse d'un des siens! Ah! mon ami, tu ne sais pas ce que c'est que ces gens-là; lu les juges d'après ta femme; tu ignores avec quelle sanglante adresse ils manient l'ironie, et de quels traits acérés peut vous percer leur hautain persiflage. Non, non, tu ne la connais pas, mais je la connais, moi! s'écria Anatole Ducormier, comme si un douloureux ressentiment, contenu depuis longtemps dans son cœur, faisait enfin explosion; puis il ajouta avec un accent de haine impossible à rendre : Oh! race infernale! que d'humiliations amèresî que de mépris insolents tu m'as fait dévorer pendant quatre ans! Oh! que de fiel s'est amassé dans mon cœur!

— Anatole! que dis-tu? s'écria Jérôme aussi surpris qu'effrayé de l'expression de sinistre méchanceté qui venait soudain contracter les beaux traits d'Anatole; toi humilié, toi méprisé? Et ces dédains, tu les as subis? — Pardieu! répondit Ducormieravecun éclat deriresardonique. Tu ne connais pas ces gens-là, te dis-jc! Avec eux jamais un acte que l'on puisse relever : ils savent si bien vivre! jamais un mot dont on puisse s'offenser : ils sont si polis! El pourtant leur accent, leur physionomie, leur attitude, tout, jusqu'à leur silence même, est ironie ou dédain, lorsque l'on a le secret de ces natures insolentes, hypocrites et corrompues! — Anatole, ton langage me confond et m'alarme, reprit tristement le médecin; d'après les premières lettres, je te croyais heureux chez ton ambassadeur, puisque tu ne l'avais pas quitté. Comment! tu as souffert, dis-tu, tant d'humiliations, et tu es resté là pendant quatre ans? — Oui, répondit Ducormier avec un mélange d'amertume, de honte et de rage; oui, parce que cela est fatal! oui, parce que dès qu'on a hanté ce monde maudit, toute autre société vous devient insupportable, mordieu! il faut bien l'avouer, et ma haine s'en augmente; l'élégance, le luxe, la grâce, le goût exquis, la poésie de la vie enfin ne se rencontre que là; ailleurs tout paraît mesquin, vulgaire et bourgeois. Je le sais bien, moi! Quelle était ma position chez ces gens-là? Celle d'un secrétaire à gages, une espèce de domestique, supérieur aux autres en cela que je mangeais au bas bout de la table, et que si je sortais en voiture seul avec mon maître, au lieu de monter derrière comme les laquais, je m'asseyais respectueusement sur les coussins de devant. Eh bien! oui, ces humiliations de tous les jours, je les dévorais pour ne pas quitter cette sphère éblouissante, pour assister à ces fêtes splendidcs, à ces bals magnifiques, où j'errais cependant in-

connu, silencieux et dédaigné, contemplant avec une envie ardente et amère tant de femmes charmantes qui n'avaient pour moi ni sourire ni regard, je ne pouvais pas seulement les inviter à danser, ainsi que le faisaient tant de sols titrés et blasonnés. Mon invitation eût passé pour une insolence. Il n'importe! quelquefois, je parvenais à m'élourdir sur la bassesse de ma condition et à me croire de celte orgueilleuse aristocratie, où j'aurais tenu ma place mieux que d'autres, si le sort m'eût fail naître Grillon, Montmorency ou Lorraine... Mais, Jérôme, qu'as-tu à me regarder de cet air chagrin, presque sévère? — Anatole, reprit le médecin d'une voix grave et douloureusement émue, il y a quatre ans, nous nous somm.es séparés. Tu étais bon, candide et loyal; je ne connaissais pas d'âme plus ouverte que la tienne à tous les sentiments élevés; tu es parti pour Londres, heureux d'une position honorable offerte à ton mérite; durant les premiers temps de notre correspondance, lu me faisais part de tes impressions ingénues, pauvre enfant du peuple, ou peu s'en faut, jeté dans ce tourbillon du grand monde; alors, timide et naïf, mais plein de dignité naturelle, tu accomplissais religieusement tes devoirs, et lorsque l'homme qu'à cette heure tu appelles avec tant d'amertume ton maître, et que tu nommais alors ton bienfaiteur, l'engageait, me disais-tu, à rester dans son salon, au lieu d'accepter celle offre remplie de séductions dangereuses, lu préférais passer tes soirées chez toi, dans le doux recueillement de l'élude. — Oui, reprit Anatole avec un sourire sardonique, j'étais en effet très-naïf, trèscandide... alors! — Alors... mon pauvre Anatole, tu étais heureux, tu ne te plaignais pas d'être méprisé... Timide et fier, Iule tenais dans les limites de ta position; peu à peu, ta correspondance avec moi est devenue plus

^ 105 -rare; un grand changement s'était opéré dans ton esprit, tu me parlais avec enthousiasme de ce monde dont ton heureux instinct t'avait d'abord éloigné. A cette phase d'enivrement a succédé cliez toi une réaction contraire; tes lettres trahissaient tantôt un découragement profond, tantôt des boutades d'une noire et amère ironie sur les hommes et sur les choses, tantôt enfin, et cela m'avait, je te l'avoue, rassuré, lu faisais un tendre appel à notre ancienne amitié, à nos souvenirs de collège et d'enfance. Puis notre correspondance a cessé de ta part, depuis à peu près une année, ajouta le docteur en soupirant. El je ne m'attendais pas, mon Dieu, à trouver en loi ce changement qui me navre... —Bon Jérôme, reprit Ducormier, sincèrement touché de la grave émotion de son ami, juge-moi sévèrement, c'est ton droit; mais lu crois du moins, n'est-ce pas, que mon ancienne amitié pour toi n'a jamais failli?— Je ne sais, répondit le médecin en secouant la tête, je l'espère... pour moi... et surtout pour loi... — Jérôme... des doutes?... Ah! c'est injuste! — Puisse ton cœur être demeuré le même! puisse la bonté native ne s'être pas altérée par cette misérable vanité... par cette envie haineuse, insensée, d'être d'un monde dont lu ne peux pas êlre, dont lu ne seras jamais... quoi que tu fasses... quoi qu'il arrive... — Allons... toi aussi! reprit Ducormier avec impatience et amertume, toujours ces insolentes distinctions de races... Eh! mordieu, estce que je ne les vaux pas, moi, ces gens-là? — Si, tu les vaux. Bien peu d'enlre eux réunissent comme loi tous les dons naturels, esprit, savoir, beauté, jeunesse, courage; il ne le manque rien, sinon ce que ces gens-là appellent la naissance... mais, que veux-tu? aucune puissance humaine ne fera qu'il y ait eu un sire Ducormier à la croisade... Mais liens, Anatole, je suis honteux poar loi

d'en venir à de pareils raisonnements. Comment! tu ne peux pas te contenter de vivre dans un monde où chacun est classé selon son mérite? N'est-ce donc pas aussi une belle aristocratie que celle du talent? Figure-toi une réunion composée de ces illustres roturiers, poètes, peintres, musiciens, penseurs, savants, philosophes, hommes d'État, dont l'Europe entière, dont les deux mondes, vénèrent les noms célèbres et admirent les travaux; figure-toi un Montmorency, un Créqui, un Luxembourg ou un prince de Lorraine quelconque, n'^iyant pour soi que son nom et sa richesse, voulant lui aussi être de ce monde illustre qui n'est pas, qui ne sera jamais le sien! Le vois-tu, s'étonnant, se révoltant de ce que ces princes de l'intelligence le toisent avec dédain en se demandant: « Qu'est-ce que c'est que ce prince de Lorraine? qu'estce ça vient faire ici? qu'est-ce que ça a produit de célèbre? quelles sont ses œuvres? en quoi est-il illustre? En rien du tout! Mais, alors, qu'est-ce qu'il nous veut, ce monsieur? Qui est-ce qui connaît ça en Europe? Allons donc! ça n'a pas de nom et ça veut frayer avec nous! Il se moque du monde, ce M. de Lorraine! Qu'il nous laisse donc tranquilles et aille vivre avec ses pareils!» Voyons, franchement, Anatole, ne hausserais-tu pas les épaules, si cet homme de titre et de blason s'opiniâtre à vouloir marcherréi^aldeceshommesdegénie?Ne lui dirais-lupas? « Tenez, croyez-moi, prince, au lieu d'être regardé ici comme un roturier assez mal venu, retournez briller parmi vos pairs... » — Oui, reprit Ducormier avec une nouvelle explosion de sardonique amertume; oui, et à ces belles paroles, M. le prince de Lorraine haussera les épaules de pitié, remontera dans son élégante voiture, rentrera dans le splendide hôtel de ses pères, oij il trouvera la plus grande, la meilleure compagnie de France, et

une foule de femmes charmanlcs, qu'il divertira fort, en leur racontant les incroyables figures, les grotesques tournures de ces princes du savoir, crottés jusqu'à l'échiné, de ces ducs et pairs du génie en bonnets de soie noire el en lunettes vertes, curieux échantillon de cette célèbre aristocratie de l'intelligence qui sort de l'Institut avec des soques aux pieds, un parapluie sous le bras, va diner à quarante sous le cachet, et dont les plus grands seigneurs vivent avec la splendeur et l'éclat d'un notaire retiré ou d'unépicierenrichi. — Cequ'il dit là, il le pense! s'écria le médecin d'un ton de compassion douloureuse et comme en se parlant à lui-même; quel changement, mon Dieu! quel abaissement! Quand je songe à notre fanatisme d'autrefois pour tant d'illustres renommées, à notre culte religieux pour le génie, à notre reconnaissance pour les divines jouissances que nous devions à ses œuvres immortelles!

Puis, prenant entre ses mains les deux mains d'Anatole, Jérôme lui dit avec l'accent de la plus tendre pitié :

— Anatole... mon ami, toi que j'appelais mon frère... Oh! mon Dieu... mais pour railler si misérablement ce qu'il y a au monde de plus sublime : le génie pauvre et illustre! ta raison est donc profondément ulcérée? Pour être devenu si méchant, tu as donc beaucoup souffert? — Oui! s'écria Ducormier, les traits décomposés par la haine el la rage, oh! oui, j'ai soulïert!... Mais ces tortures n'auront pas été vaines!... Patience, patience!... le martyr, un jour, deviendra bourreau!

Il y eut dans l'accent, dans la physionomie de Ducormier,en prononçant ces sinistres paroles, une telle expression de froide férocité, que Jérôme contempla un instant son ami avec une muette épouvante.

XVÎII»

Ducormier rompit le premier le silence, s'apercevanl de l'impression remplie d'angoisse et d'alarme que ses paroles de haineux ressentiment causaient à Jérôme Bonaquel; il lui dit presque avec un accent de remords :

— Accuse mes sentiments... mais du moins pardonne à ma sincérité.

Puis, passant la main sur son front comme pour en chasser de sombres pensées, Anatole ajouta :

— Tiens, Jérôme, oublions cet eutretien; je ne sais quelle fatalité a amené sur mes lèvres les paroles qui t'ont blessé : n'y pensons plus; je l'aimerai malgré ton austère sagesse, tu m'aimeras malgré mes infirmités d'esprit, car ma guérison est impossible; ne parlons donc plus de moi, mais de toi, de ta chère et vaillante femme, et pour en revenir au point de départ de notre entretien, crois-moi, Jérôme, encore une fois, n'expose ni toi ni ta digne compagne aux outrages de cette insolente arislocralif , méprise ses dédains, et mets en pratique les conseils que lu me donnes. — Nos positions sont différentes, répondit sévèrement Jérôme; tu jalouses, In hais cette aristocratie; je ne la jalouse ni ne la hais; tu as provoqué les humiliations dont lu es ulcéré, tandis que l'outrage est venu nous chercher dans notre retraite; ma femme et moi, nous ferons notre devoir sans haine, sans colère, mais avec dignité, fermeté. Ce n'est donc pas de nous qu'il faut s'inquiéter, c'est de toi. — Jérôme... — L'état de ton cœur m'épouvante. — Allons, lu plaisantes. — Tu ne respires

que haine, que vengeance! — Qu'importe, si je l'aime comme autrefois, mon bon Jérôme? — Non, lu ne peux plus m'aimer comme par le passé. L'on aime avec le cœur, et le lien, autrefois candide et bon, est aujourd'hui noyé de fiel; quelle place y peut-il rester pour les sentiments tendres? Anatole, prends garde! tu es sur une pente fatale! Croire que l'on soulTre injustement, c'est presque regarder la souffrance d'autrui comme une juste représaille; et lu as prononcé ces détestables paroles : Un jour le martyr deviendra bourreau! — Je l'ai dit, repril Anatole, dont les beaux traits se contractèrent de nouveau, je l'ai dil et je le répèle. — Va, lu as perdu toute notion du mal! s'écria Jérôme avec indignation. L'orgueil et l'envie t'ont perdu. — Moi? — Oui, car lu te révoltes contre des iniquités imaginaires, oui, car lu t'es dégradé à ce point de subir des humiliations outrageantes plutôt que d'abandonner un monde que tu exècres, mais dont le faux éclat le séduit et donne le vertige. Encore une fois, prends garde, Anatole, prends garde! Je te l'ai dit, à la haine succède la vengeance! tu es doué de toutes les séductions de la jeunesse, de l'esprit et de la beauté; tu peux faire beaucoup de mal... et tout mal s'expie cruellement! — Jérôme, tu es injuste, tu te trompes. J'ai si peu perdu la notion du bien et du mal, je suis encore si sensible à ce qui est honorable et généreux, que, tout à rheure,j'ai éprouvé une jouissance délicieuse en reconnaissant combien toi et ta compagne vous étiez dignes l'un de l'autre. Hier j'ai dîné avec Joseph et sa femme, et je ne puis te dire combien j'étais heureux de les voir si gais, si amoureux! L'aspect de leur bonheur ne m'a pas causé la moindre envie. Eh bien! dis, celui-là qui ressent de si douces émotions à la vue de félicités qu'il doit toujours ignorer, celui-là a-l-il perdu toute notion du bien et du

mal? — Ni le bonheur de Joseph ni le mien ne peuvent l'inspirer aucune envie; l'on n'envie que ce qu'on désire. Ces tableaux de félicité intérieure te charment, dis-lu? Oui, comme te charmerait un tableau de Gérard-Dow représentant quelque riante scène de famille; oui, tu l'attendrirais encore, je le crois, à la lecture d'une page louchante et poétique; cela te repose, cela rafraîchit un moment ton àme corrodée par tant de passions acres et mauvaises. Et encore, le jour n'est-il pas loin, peut-être, où ta dédaigneuse ironie ne nous ménagera pas plus, Joseph et moi, qu'elle ne ménageait tout à l'heure ces gens de génie vivant dignement dans leur pauvreté fière. — Moi... me railler de Joseph... et de toi? Moi,., vous dédaigner? Ah! Jérôme, dit Anatole, douloureusement atteint de ce reproche, un tel soupçon n'indigne pas... il blesse... ah! il blesse cruellement le cœur... Laisse-moi...

El Ducormier, se levant brusquement, alla vers la fenêtre pour cacher une larme qui vint mouiller sa paupière. Ses traits exprimaient alors un chagrin si sincère, que Jérôme, heureux et surpris de cette preuve de sensibilité, courut à son ami et s'écria radieux, en serrant avec effusion les mains d'Anatole entre les siennes et le ramenant auprès de lui :

— Je t'ai blessé... dis4u, cruellement blessé au cœur? Oh! tant mieux, tant mieux! je ne l'espérais plus! Joies du ciel! il reste donc encore quelque fibre saine dans ton ôme ulcérée! ton retour au vrai, au bien, est donc possible! Anatole... mon ami... mon frère... du courage! Abandonne ce monde brillant et futile où tu n'as trouvé que haine et souffrance! viens habiter ici avec nous, en frère; viens retremper ton cœur à une source pure, laisse-nous te guérir... tu verras avec quels soins, avec quelle tendre çpilicilude, nous fermerons les plaies delà pauvre âme.,.

— Bon Jérôme, reprit Anatole profondément attendri, toujours... toujours le même cœur! Ah! je devrais peutêtre t'écouter... — Accepte, accepte! que peux-tu regretter? Le grand monde? Eh bien, ajouta le docteur en souriant, tu appelleras ma femme madame la marquise tanl que tu voudras, cela le fera illusion; et si tu ne trouves pas chez nous ces splendeurs qui t'enivraient, tu trouveras du moins toutes les jouissances du cœur et de l'esprit, nous emploierons au bien les dons brillants qui te distinguent. Allons, Anatole, c'est dit : lu acceptes, n'est-ce pas? Il y a dans celle maison deux jolies petites chambres à louer, toutes meublées, je les arrête aujourd'hui pour toi; tu quittes Ion ambassadeur, et avant un mois je me charge de te trouver un emploi fructueux, honorable; j'ai mon projet, je connais ta valeur. — Tiens, Jérôme, reprit Ducormier après quelques moments de silence, je ne puis te dire la saine et douce impression que me causent tes paroles; elles m'apaisent, elles me détendent, elles me font espérer... Oui, peut-être celte vie de famille... partagée avec loi, aurait pour moi un charme réparateur;., il me semble que je m'y sentirais renaître... Ah! pourquoi la fatalité m'a-t-elle fait connaître une autre existence!

— Eh! justement pour l'en démontrer le néant, mon ami; rude et excellente épreuve si tu veux en profiler. — Oui... et cependant renoncer... — Allons, frère! tu es ému, tu hésites; un dernier effort, tu es à nous, et le repos, le bonheur, la dignité de la vie sont assurés. — Oui, reprit Anatole d'un air pensif et cédant à la généreuse influence du docteur, tu dis peut-être vrai. — Il n'y a pas de peutêtre, Anatole, je dis vrai, je dis juste! — Ah! Jérôme, tu dis vrai, plus vrai que tu ne le penses; je te devrai mon salut; cœur et esprit, vois-lu, tout se dégradait, se corrompait en moi. Si lu savais aussi à quelle école j'ai

- on —

vécu! Employé subalterne de ces hommes d'Élal grands seigneurs ou parvenus, gens sans foi, sans principes, sans mœurs; effrontés hypocrites qui prêchent les plus saintes vertus et vivent journellement dans la crapule ou la débauche; exécrables ambitieux qui, pour s'arracher ou conserver le pouvoir, boivent toutes les hontes, parjurent tous leurs serments! Je les méprisais, ces misérables; mais encore plus méprisable et misérable qu'eux, car voulant, par vanité, me rendre nécessaire, je ne reculais devant rien, tantôt servant leur basse et jalouse ambition, tantôt instrument de leur diplomatie secrète, où la vénalité le dispute à l'ignominie, j'acceptais sans rougir ces missions corruptrices, toujours désavouées, car elles dés* honorent autant celui qui achète que celui qui se vend! L'infamie du corrupteur égale celle du corrompu? — Toi, mon Dieu! toi, un si honteux métier? — El ce n'est pas tout; ces dépravations de l'esprit amènent la dépravation de Pâme. Aht Jérôme, que ces aveux, loin de t'épouvanler, le rassurent. Je ne te dévoilerais pas ainsi le passé si je ne voulais rompre à jamais avec lui. — Oh! je le crois, je le crois! — Eh bien! oui, Jérôme, tu disais vrai. Je devenais méchant, froidement méchant. Tiens, hier, j'étais allé par désœuvrement au bal de l'Opéra. Le hasard m'a mis au bras une jeune femme, une duchesse; je ne sais comment, elle m'avait remarqué; mais, me trouvant les dehors d'un homme bien élevé, elle m'avoua, dans son insolence ingénue, qu'elle n'avait pas douté un instant que je ne fusse, ainsi qu'ils le disent, un homme du monde. Profondément blessé, je ne trahis aucun ressentiment, me vantant au contraire de ma roture; je luttai d'arrogance avec cette femme arrogante. Son esprit, sa tournure élégante, et, s'il faut l'avouer celle dernière faiblesse, son haut rang, faisaient sur moi une vive impression, mais je

feignis l'indifférence, presque le dédain; puis, devinant bientôt que son orgueil de race lui tenait lieu de vertu, je lâchai, à force de paradoxes et de verve, de lui peindre la plus ignoble débauche sous des couleurs séduisantes, espérant ainsi jeter dans son âme de détestables germes que le premier caprice sensuel pouvait faire éclore. — Mais c'était hcfrrible! s'écria Jérôme, mais c'était infâme! — Oui, oui, bien infâme, car du moins, me disais-je, si mes paradoxes portent coup, cette hautaine créature sera tôt ou tard dégradée, avilie, perdue, et sa perle me vengera du dédain de ses pareilles! Oui, je pensais cela,., oui, je voulais cela... reprit Anatole Ducormier avec un remords sincère; et maintenant que le sentiment du juste et du bon se réveille en moi sous l'influence de ta sagesse et de ton amitié, je dis comme toi, Jérôme: C'était indigne, c'était infâme!... Puisse ce pénible aveu me mériter ton pardon!

A ce moment la pendule du cabinet du médecin sonna dix heures.

—Dix heures! dit vivement Ducormier en se levant, j'oubliais mon rendez-vous. Il faut que je te quitte, mon ami; c'est à peine si j'arriverai à temps chez le comte de Morsenne. — Encore tes princes! dit le médecin avec appréhension. Que vas-tu faire là? à quoi bon celle visite? n'es-tu pas disposé à revenir à nous? abandonne donc ces gens-là! <— Impossible, mon ami, de manquer mon rendez-vous avec M. de Morsenne... je dois lui remettre des lettres très-importantes, il m'attend ce malin. — Eh! morbleu! qu'il l'attende! Meis tes lettres à la poste. — Ce n'est pas tout, mon ami : M. de Morval l'ambassadeur, de qui je suis secrétaire; m'a chargé pour le prince d'une mission verbale. Or, tout en quittant M. de Morval, et j'y suis décidé, très-décidé. ne puis me dispenser de remplir

jusqu'au bout les devoirs de ma place. — C'est juste. — Mais ne crains rien, mon cher Jérôme, dès aujourd'hui j'écris à M. de Morval que je renonce à mon emploi. — Ainsi, Anatole, reprit le médecin d'une voix grave, presque solennelle, tu me promets, tu me jures sur ta foi d'honnête homme de suivre ta généreuse résolution, de venir vivre ici, avec nous, en famille? Tu me le' jures? — Mon ami, reprit à son tour Ducormier d'une voix solennelle, que je perde à jamais ton estime et ton amitié, que je sois regardé comme le plus lâche, comme le plus ingrat des hommes, si je parjure la promesse que je te fais librement ici, avec une reconnaissance profonde, car il me semble qu'à ta voix tendre et austère, je m'éveille d'un mauvais songe. Merci donc à toi, mon ami, mon frère! reprit Anatole en se jetant avec effusion dans les bras de Jérôme, lu m'auras sauvé des périls que tu ledoutais pour moi, et de ceux que tu ne soupçonnais pas. — Eh bien, maintenant que je ne doute plus de ta résolution, reprit Jérôme les yeux humides, après avoir répondu à l'étreinte de son ami, écoute une idée qui m'est venue tout à l'heure. — Explique-toi. — A mon sens... une femme digne de toi devrait être à la fois le prix et le complément de ta conversion... en un mot, je voudrais te marier le plus tôt possible. — Jérôme... tu es fou? — Je suis très-sage... car je ferais deux heureux. Tu as vu mademoiselle Duval? — Cette nuit, j'ai pu à peine distinguer ses traits. — Un ange! mon ami... dix-huit ans... belle comme une vierge de Raphaël, un cœur d'or, fille d'un colonel d'artillerie; une dot convenable, et quant à son esprit, à ses talents... — Une de ses amies, que j'ai souvent vue à Londres, m'a bien des fois parlé de mademoiselle Duval comme d'une personne accomplie; mais en vérité, ce projet si soudain... — Écoute, Anatole, cet ange... peut d'un

jour à l'autre perdre sa mère et se trouver ainsi seule au monde; car sa mère est veuve, quoique la pauvre femme garde le foi espoir d'apprendre un jour que son mari n'est pas mort. — En effet, l'amie de mademoiselle Duval m'a souvent parlé, à Londres, des doutes que la famille du colonel Duval conserve sur sa mort. — Espoir insensé, te dis-je. Aussi, dans l'inquiétude que me causait l'avenir de cette pauvre enfant, que j'aime comme ma fille, Héloïse et moi, nous avions d'abord songé à marier mademoiselle Duval. — A qui donc? — A un neveu de feu M. de Blainville. — Comment! à un grand seigneur! Voyez-vous, monsieur Jérôme, ajouta Ducormier en souriant, quel aiistocrate vous êtes! — Écoute-moi donc! Ce jeune homme est plein de cœur : il a hérité des biens de son oncle, grâce au désintéressement de ma femme. Depuis longtemps il éprouvait pour elle une vénération que la reconnaissance a encore augmentée; aussi, lorsque Héloïse lui a parlé de mademoiselle Duval en lui vantant ses mérites et sa beauté, il a répondu que si mademoiselle Duval lui plaisait, il serait enchanté de ce mariage et do pouvoir donner ainsi à ma femme une preuve de déférence pour ses désirs. — Je l'avoue, celte conduite est remplie de délicatesse. — Je devais ces jours-ci proposer ce parti inespéré à madame Duval, mais sa grave indisposition de l'autre nuit m'en a empêché. Heureusement aucun engagement n'est pris; d'ailleurs, en y réfléchissant, je craindrais que ce jeune homme n'eût cédé moins.à son inclination qu'au désir de prouver sa gratitude à ma femme; je préférerais donc mille fois le voir épouser madame Duval... Juge quelle joie, nos deux ménages n'en faisant qu'un! Hein? qu'en dis-tu? — Ma foi, mon cher Jérôme, reprit Anatole après quelques moments de réflexion, je pense comme toi, les demi-mesures sont toujours insuffisantes,

el un heureux mariage, conlraclé sous les auspices el sous ceux de la femme, consoliderail peul-êlre ma conversion en occupanl mon cœur el fixanl mon avenir. Mademoiselle Duvai m'a paru d'une rare beaulé, son amie m'en a dil lout le bien imaginable, la pensée de réunir nos deux ménages me ravit, el si j'avais la chance de plaire à mademoiselle Duval el à sa mère... je... — Taistoi, hypocrite, dil gaiement le docteur Bonaquel en interrompant son ami. Tiens, je crois que lu me rendras fou dejoieî... Maintenant, sauve-toi, el cours chez ton prince, je voudrais l'en voir déjà revenu. Tantôt nous reparlerons de nos projets avec Héloïse el toi, puisqu'il est convenu que tu nous restes... que tu loges ici... — N'est-ce pas ma maison de santé? répondit Anatole en souriant. N'es-tu pas mon médecin, mon sauveur? — Ainsi, reprit le docteur Bonaquel en se frottant les mains, je vais tout de suite arrêter les deux chambres; elles sont meublées... ce soir même lu l'y installes. — En quittant le prince de Morsenne, je cours à mon hôtel, el l'envoie ici mon bagage. — Et ce soir nous pendons la crémaillère : lu viens dîner avec nous. — Parbleu! j'y compte bien. — Dis donc, Anatole, une idée, une excellente idée... — Voyons, tu es en train. — Je vais écrire à ce brave Fauveau; il sera des nôtres; il amènera sa gentille petite femme. D'après ce que j'ai conté d'elle à Héloïse, elle en raffole; car rien de plus rare et de plus charmant que le naturel, lorsqu'il s'y joint, comme chez Maria Fauveau, le meilleur cœur el la plus riante vertu. — Bravo, Jérôme, ton idée est parfaite, la fête sera complète... Nous parlerons dui vieux temps. Tiens, de ce jour, de cette heure, je mej sens renaître, revivre, je respire... Oui, je me sens meilj leur, je m'en aperçois à l'attendrissement croissant qu( j'éprouve... C'est bêle, mais c'est comme ça.

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